Famille Gharab, à Abreen, près de Batroun, Liban
La famille Gharab vit dans une seule pièce, sans eau ni électricité, à Abreen, près de Batroun

Les réfugiés syriens s’enfoncent dans la pauvreté et dans un endettement incontrôlé

“Tout est vraiment plus cher ici. Retourner à l’université coûte de l’argent, si je le faisais, nous n’aurions alors plus assez d’argent pour survivre.”
Hadir Jasem
Réfugiée syrienne au Liban
Published: 21 November 2013

Une nouvelle enquête d’Oxfam menée auprès des réfugiés syriens révèle une très faible scolarisation des enfants et la crainte dans laquelle vivent les adultes de ne jamais retrouver un emploi ou de ne pas pouvoir rembourser leurs dettes.

Cette étude qui porte sur plus de 1 500 personnes offre un compte-rendu, des plus détaillés à ce jour, des sévères difficultés économiques que rencontrent les réfugiés ayant fui la Syrie pour le Liban.

D’après cette nouvelle étude commandée par Oxfam et réalisée le mois dernier par le Centre de Recherche et d’Innovation de Beyrouth (BRIC), les familles de réfugiés syriens s’enfoncent de plus en plus dans l’endettement, vivant dans des lieux exigus et surpeuplés, avec peu de perspectives d’emploi.

Les familles les plus chanceuses, soit moins de 20 %, doivent se contenter d’emplois temporaires subalternes. Considérant le fait que chaque personne avec un travail doit subvenir aux besoins d’au moins cinq personnes, ces familles doivent ensuite faire le meilleur usage de chaque centime gagné.

25 % de la population au Liban

Les Libanais font preuve d’une générosité incroyable en continuant à offrir un lieu sûr aux personnes ayant fui la Syrie. Toutefois, alors que les réfugiés syriens représentent aujourd’hui environ 25 % de la population du Liban, les pressions sur le marché du travail libanais en particulier se font ressentir.

Témoin, Hadir Jasem, 21 ans, qui a fui avec sa famille au Liban il y a 2 ans, désespère de retrouver sa maison en Syrie et de reprendre ses études. Aujourd’hui, les 200 dollars par mois qu’elle gagne en tant qu’auxiliaire d’enseignement sont la seule source de revenu de sa famille de 13 personnes.

« Tout est vraiment plus cher ici. Retourner à l’université coûte de l’argent, si je le faisais, nous n’aurions alors plus assez d’argent pour survivre », déclare-t-elle.

Des dépenses deux fois supérieures aux revenus

L’étude révèle que les personnes dépensent en moyenne plus de deux fois ce qu’elles gagnent. Le revenu mensuel pour les familles de réfugiés représente environ 250 dollars, tandis que la moyenne de leurs dépenses s’élève à 520 dollars, comprenant des frais mensuels, comme le loyer (250 dollars), et la nourriture (jusqu’à 275 dollars). Les réfugiés ont souligné qu’avoir un toit au-dessus de leur tête impliquait un coût exorbitant. Plus de 20 % vivent dans des conditions difficiles, dans des tentes, des cabanes de fortune, des magasins et des sous-sols d’entrepôts, faute de pouvoir se permettre de louer un appartement.

Pour joindre les deux bouts, beaucoup déclarent avoir dépensé tout l’argent qu’ils avaient apporté de Syrie (370 dollars en moyenne). Nombreux sont ceux qui empruntent de l’argent à des amis et des membres de la famille, dont certains encore en Syrie où le coût de la vie est beaucoup plus bas. Un cinquième des sondés ont répondu avoir vendu des bijoux de familles afin de subvenir à leurs besoins. Certaines familles ajoutent également que des commerçants et propriétaires libanais bienveillants leur ont permis de contracter des crédits malgré l’incertitude d’un remboursement.

« Une bataille quotidienne pour survivre »

Nigel Timmins, qui coordonne la réponse d’Oxfam à la crise syrienne depuis Beyrouth, déclare : « Les réfugiés syriens font face à une bataille quotidienne pour survivre dans un pays où les emplois et les logements bon marché sont rares. La perpétuelle chasse à l’emploi réduit considérablement les espoirs des réfugiés ».

« La concurrence est rude pour tous les types d’emplois, entre les réfugiés désespérés et les Libanais en situation de pauvreté qui se sentent évincés du marché du travail. Les emplois saisonniers dans l’agriculture, par exemple, se raréfient avec l’approche de l’hiver, rendant la situation encore plus difficile ».

Un endettement et une paupérisation croissante

Quelques réfugiés ont déclaré qu’ils étaient aidés par les agences des Nations Unies ou des ONG telles qu’Oxfam. Mais à moins d’une injection massive de fonds, les réfugiés syriens seront confrontés à une paupérisation croissante, survivant uniquement à coup d’emprunts et de crédits. Or, aujourd’hui, seulement 61 % des fonds demandés par les Nations Unies pour répondre à la crise syrienne ont été réunis.

Un des aspects les plus tragiques de la situation des réfugiés au Liban est l’avenir désespéré des enfants. L’étude a révélé que seulement 25 % des enfants sont scolarisés. Une génération d’enfants syriens passe ainsi à côté d’une éducation pourtant indispensable.

Les parents craignent de ne pas être à la hauteur de leurs responsabilités, leurs enfants ne pouvant plus bénéficier de l’éducation. Alors même que les écoles publiques libanaises sont gratuites, beaucoup de familles de réfugiés sont incapables d’assumer des dépenses supplémentaires, notamment les coûts de transport, si les écoles ne sont pas à proximité.

Angoisses et perte de dignité

« Comme la crise se prolonge, les parents s’inquiètent qu’il ne s’agisse que du début du cauchemar et se demandent si leurs vies et celles de leurs enfants reviendront un jour à la normale », déclare Timmins.

La situation désespérée des réfugiés va bien au-delà des problèmes d’argent, de logement ou de scolarité. Ils parlent de l’angoisse et de la douleur liée à la perte de dignité, la perte d’amis, l’isolement ou la colère de certains membres de la famille, le manque d’estime de soi, les mauvaises conditions de vie et de santé.

Pour une solution politique durable

« Pour le moment, il n’y a pas d’espoir pour la majorité des réfugiés. Ils ont de faibles perspectives de revenu régulier et beaucoup vivent avec la peur de ne pas retrouver de travail demain ou la semaine prochaine. Cela pourrait d’ailleurs prendre beaucoup de temps avant qu’ils ne puissent à nouveau subvenir aux besoins de leurs familles. Seule une solution politique durable à la crise en Syrie leur permettra d’enfin revenir à une vie normale », déclare Timmins.

Oxfam et d’autres organisations humanitaires collaborent étroitement avec le gouvernement Libanais pour évaluer les possibilités de développer des moyens de subsistance tant pour les réfugiés que pour les Libanais vulnérables. Cela peut inclure des programmes de travail rémunéré en espèces, dits « argent contre travail », des plans d’épargne, des formations professionnelles et des stages, ainsi que le développement des opportunités de formation et le renforcement des organisations communautaires.

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L'action d'Oxfam face à la crise en Syrie

Notes to Editors

  1. Le rapport complet est disponible en anglais : Survey on the livelihoods of Syrian refugees in Lebanon. Des résumés en français et espagnol seront publiés ultérieurement.
  2. Des photos et vidéos disponibles sur demande.
  3. Oxfam a confié au Beirut Research and Innovation Center (BRIC) la réalisation d’entretiens et la création d’un questionnaire pour mieux évaluer les besoins des réfugiés syriens et préparer les opérations de secours essentielles à leur survie pendant leur présence dans les pays voisins. Les données ont été recueillies auprès de 320 personnes interrogées, comprenant 260 chefs de familles, représentant 1 591 membres de familles, 50 membres de groupes de réflexion et de nombreux fonctionnaires municipaux et personnels des ONG.
  4. 77 % des ménages déclarent avoir contracté des dettes. En moyenne, les économies apportées au Liban par les réfugiés interrogés étaient de 371 dollars par ménage.
  5. Les plus grandes craintes des personnes interrogées sont : la pauvreté pour 61 % des sondés, rester un réfugié (55 %) et le manque de dignité dans le travail (29,6 %).
  6. À la mi-novembre 2013, plus de 815 000 réfugiés syriens ont été enregistrés ou étaient en attente d’enregistrement au Liban ; on estime que beaucoup d’autres personnes ont franchi la frontière mais n’ont pas encore été enregistrées.

Contact Information

Pour de plus amples informations ou un entretien avec Nigel Timmins, en charge de la réponse d’Oxfam à la crise syrienne, merci de contacter :

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