En Amérique centrale, le Honduras est le pays qui connaà®t le plus de contaminations au VIH. Une mobilisation générale y est donc nécessaire pour y endiguer l'épidémie. Dans certains villages, les campagnes de prévention se mènent chaque semaine sur les marchés agricoles.
Nous n'organisons pas nous-mêmes de programmes sur le VIH/SIDA”, témoigne José Martinez, sous-directeur du Centre Hondurien pour la Promotion du Développement Communautaire (CEHPRODEC, partenaire d'Oxfam- Solidarité). “Nous sommes plutôt actifs dans les campagnes du sud du Honduras, alors que la plupart des contaminations ont lieu dans le nord du pays et dans les villes. Mais à§a ne signifie pas pour autant que nous ne faisons rien sur la question du SIDA. Nous soutenons les activités du réseau hondurien sur le SIDA, et nous prenons part à des actions.”
“Plus de la moitié des nouvelles infections VIH touchent les femmes”, poursuit Martinez. “Cela est notamment dà» au grand nombre de contaminations qui ont lieu dans les maquilas, ces entreprises étrangères qui font travailler de jeunes femmes pour des salaires de misère. Plusieurs éléments y favorisent les contaminations : une concentration de personnes vivant dans des conditions de grande pauvreté, un manque d'éducation et d'information des femmes sur le VIH/SIDA, un manque de moyens de révention, une promiscuité extrême...”Du fait de ce haut niveau de contamination, le Honduras bénéficie d'une aide importante d'organisations comme ONUSIDA. Mais l'implication du gouvernement est encore loin d'être optimale, même si des avancées sont réalisées.“L'accès aux traitements antirétroviraux (ARV) est un droit théoriquement prévu, mais le laxisme du gouvernement empêche de faire appliquer ce droit. Il y a toutefois de nombreuses campagnes, et l'idée qu'une personne atteinte par le VIH/SIDA a aussi des droits fait son chemin au sein de la population. Les gens commencent à comprendre qu'une personne séropositive ne peut être exclue, mais est quelqu'un de malade qui a besoin de soins”.
Eugenia Ponce, une agricultrice dont la coopérative est soutenue par CEHPRODEC, témoigne des actions de sensibilisation sur le VIH/SIDA. “J'ai moi-même été informée sur le VIH/SIDA durant la formation de secouriste tenue dans ma coopérative. Chaque semaine, je me retrouve sur un marché fréquenté par dix à quinze mille personnes. On y trouve un point d'information sur le VIH/SIDA. Tout le monde peut y obtenir de l'info, y parler de prévention, recevoir des dépliants ou des préservatifs...A chaque nouveau cas de contamination rapporté dans notre quartier, le centre donne des informations et des formations complémentaires. C'est important que ce centre soit présent chaque semaine au marché, car il y a beaucoup de visiteurs. On trouve également de l'information sur la faà§on de préparer les aliments de la faà§on la plus hygiénique possible. Il n'existe pas de meilleur endroit pour cela qu'un marché ! Malheureusement, le matériel fait souvent défaut, il y a trop peu de brochures pour diffuser dans les campagnes.”
Comment diable un point d'info sur le SIDA atterrit-il sur un marché agricole? “Nous voulions mettre en place un grand marché agricole hebdomadaire”, explique José Martinez, “afin que les producteurs soient en contact direct avec les consommateur et n'aient plus à vendre l'ensemble de leur production à des grossistes. Ces derniers paient bien trop peu et cachent des informations pour faire plus de profit. Pour lancer notre projet de marché, nous avons cherché des partenaires. Lors d'une réunion, une infirmière a pris la parole. Elle cherchait une faà§on d'informer les gens de faà§on régulière sur les soins de santé, la malaria et d'autres questions de santé. C'est de là qu'est partie l'idée de faire de notre marché un marché de l'alimentation, de l'artisanat et des soins de santé.Chaque semaine, notre marché propose donc des soins, de l'information sur la malaria, sur le VIH/SIDA, sur l'hygiène, etc. On peut également s'y faire prendre sa tension. L'expérience que nous offre ce “multimarché” semble fructueuse. Même les autorités ont pu le constater. A tel point qu'aujourd'hui, il y a des projets gouvernementaux de soutien à la mise en place de “multimarchés”. Une bonne nouvelle donc !”