Crise alimentaire: après le Sommet de Rome beaucoup reste à faire !

“Une crise comme celle-ci nécessite la mise en œuvre d'un plan ambitieux.”
Jeremy Hobbs
directeur d'Oxfam Internationale
Publié le : 5 Juin 2008

Le sommet de l'ONU tenu à Rome cette semaine fut une première étape importante face à la crise alimentaire. Mais une réaction plus ambitieuse s'impose, déclare Oxfam.

« Admettre que l'on a un problème est un premier pas. Les dirigeants des pays riches ont reconnu l'importance de soutenir l'agriculture après 25 années de délaissement. Ils se sont engagés à immédiatement débloquer des fonds pour venir en aide à ceux qui en ont besoin. Mais une crise comme celle-ci, nourrie par tant de facteurs, nécessite la mise en oeuvre d'un plan ambitieux. Les pays riches ne peuvent continuer à fermer les yeux face à leurs propres politiques commerciales et agricoles » déclare Jeremy Hobbs, Directeur exécutif d'Oxfam International.

Le communiqué final reconnaît que les agrocarburants sont à la fois source d'opportunités et de défis, et recommande davantage de recherches sur leur impact. Mais pendant ce temps, les agrocarburants continueront de porter atteinte à des millions de gens. De récentes études estiment que la demande en agrocarburants contribue à hauteur de 30% à la flambée des prix mondiaux. Oxfam appelle donc l'UE et les États-Unis à abandonner leurs objectifs en matière d'agrocarburants.

Le communiqué suggère également que la conclusion d'un accord à l'OMC permettra de résoudre la crise. Oxfam s'insurge contre cette affirmation. Avec les propositions actuellement sur la table à l'OMC, les pays en développement ne bénéficient d'aucune flexibilité leur permettant de faire face à la volatilité des marchés et aux fluctuations des prix.

« Conclure un accord commercial dans son état actuel sera néfaste pour les petits agriculteurs et les consommateurs. Les règles commerciales doivent protéger les pauvres, que les prix soient faibles ou élevés. Les pays en développement doivent avoir la capacité de nourrir leur population et de soutenir les paysans les plus démunis et marginalisés afin qu'ils bénéficient des prix actuellement à la hausse. La crise que nous vivons illustre avec force que le statu quo n'est plus une option. Une réforme profonde du système commercial s'impose », poursuit Hobbs.

Le groupe de travail des Nations Unies – mis en place pour résoudre la crise – doit écouter les représentants des 400 millions de petits agriculteurs des pays en développement. Ces paysans nourrissent leurs concitoyens et jouent un rôle important dans le développement économique de leurs pays. Leurs représentants doivent donc être pleinement intégrés dans l'élaboration des solutions à la crise.

Près de 6 milliards de dollars ont été promis cette semaine. Soit moins de la moitié des 14,5 milliards qu'Oxfam estime nécessaire pour venir en aide – d'ici la fin de l'année – aux 290 millions de personnes menacées par la flambée des prix. En outre, certains points restent flous. Ces 6 milliards sont-ils des fonds additionnels ? Seront-ils ôtés d'autres engagements existants ? Et quel est le calendrier prévu pour leur déboursement ?

« C'est désormais aux pays du G8 et à leurs ministres des finances de reprendre le témoin et d'assumer leurs responsabilités. Réunis la semaine prochaine au Japon, ces pays – les plus puissants au monde – doivent fournir davantage de fonds pour faire face à l'impact immédiat de la crise.  Mais ils doivent aussi s'attaquer à certaines causes plus profondes, en abandonnant notamment leurs objectifs en matière d'agrocarburants et en accordant plus d'aide à long terme en faveur de l'agriculture », conclut Hobbs.

Notes aux rédactions

1.  Les montants promis cette semaine incluent :

  • France : 1 milliard d'euros (1,5 milliard de dollars US)
  • Espagne :  500 millions d'euros (800 millions de dollars US)
  • Banque Islamique de Développement : 1,5 milliard de dollars US
  • Banque mondiale : 1,2 milliard de dollars US
  • Banque Africaine de Développement : 1 milliard de dollars US

2.  Les 290 millions de personnes en danger sont les individus les plus pauvres des 53 pays les plus affectés (les 49 Pays les Moins Avancés, plus le Tadjikistan, le Zimbabwe, le Kenya et les Territoires palestiniens occupés). L’estimation des 14,5 milliards de dollars se base pour sa part sur une aide moyenne de 50 dollars accordée à ces personnes en 2008. Ce montant de 50 dollars se base quant à lui sur l’expérience d’Oxfam et sur de nombreuses études relatives aux besoins alimentaires individuels à travers le monde.