Photo : Louise Hancock/Oxfam

Afghanistan : témoignages d'élèves et enseignantes sur l'éducation des filles

Aujourd'hui, près de 2,7 millions de filles afghanes sont scolarisées, soit 480 fois plus qu'en 2001, année de la chute des Talibans. Mais malgré ces chiffres très encourageants, les Afghanes doivent encore surmonter de nombreux obstacles pour pouvoir bénéficier d'une éducation : 

  • la qualité de l'enseignement est très variable
  • les écoles pour filles sont souvent pauvres et sous-équipées
  • près d'un demi-million de filles officiellement scolarisées ne vont pas régulièrement à l'école. 

Oxfam demande donc au gouvernement afghan et aux donateurs internationaux de faire en sorte que les filles puissent continuer à aller à l'école et d'améliorer l'enseignement qu'elles reçoivent. Nous avons recueilli les témoignages, ci-dessous, d'une élève et de deux enseignantes qui racontent leur combat pour le droit de toutes et tous à l'éducation.

Meena Amiri, 17 ans, va à l'école à Mazar-e-Dharif, dans la province de Balkh, au nord de l'Afghanistan

"J'ai toujours voulu aller à l'école mais pendant longtemps mon père ne m'a pas laissé y aller, parce qu'il disait que nous n'avions pas les moyens, raconte Meena. Mais les garçons, eux, n'ont généralement pas de problèmes. Les gens traitent les garçons et les filles différemment. Les familles ne voient pas d'inconvénient à ce que les garçons soient instruits mais elles rechignent à envoyer leurs filles à l'école."

Meena avait seulement 14 ans quand elle et ses deux sœurs ont dû quitter l'école après que leur père avait perdu son emploi. Elle se souvient encore comme elle était malheureuse d'être contrainte de rester à la maison une année entière alors que son frère continuait d'aller à l'école. "J'étais vraiment très triste. Je pleurais tout le temps. Pendant un an, j'ai eu l'impression d'être en prison. Je ne pouvais plus respirer. Ma vie semblait tellement limitée."

Au bout d'un an, son père a finalement cédé sur l'insistance du directeur du centre de la communauté qui l'a imploré de laisser Meena retourner à l'école et a proposé de payer pour les fournitures scolaires dont elle aurait besoin.

"Quand mon père, en personne, m'a emmenée à l'école, je me suis sentie comme un oiseau échappé de sa cage. J'étais de nouveau libre."

Ses deux sœurs, elles, ont décidé de ne pas retourner à l'école. Mais aujourd'hui, l'une d'elles suit de temps en temps des cours d'alphabétisation dans le centre communautaire local, tandis que l'autre apprend la couture.

"Je suis retournée à l'école car je voulais aider mon père à subvenir aux besoins de la famille. Je voulais être sûre que mes petites sœurs n'auraient pas à abandonner l'école parce que nous n'avions pas les moyens. Je voulais aussi servir mon pays et pour cela, je devais apprendre à lire et à écrire."

Aujourd'hui, Meena veut devenir avocate et plaider pour plus de justice en Afghanistan, plus particulièrement pour les femmes. Elle croit fermement que les filles devraient être instruites au même titre que les garçons.

"Nous sommes dans un pays détruit par la guerre. Les gens accordent plus de valeur à l'éducation des garçons qu'à celle des filles. Mais en tant qu'être humain, nous avons toutes et tous le droit d'aller à l'école. Les familles doivent changer d'attitude et faire ce qui est juste. Tout comme les garçons, les filles ont le droit d'étudier et d'apprendre. Je pense même que les filles sont plus importantes pour l'avenir de l'Afghanistan. Ce sont nous, les filles, qui nous occupons du foyer et du pays. 

 

Nafeesa Ghyasi, 56 ans, proviseure du lycée pour filles Hashim-e-Barat, dans la ville de Mazdar-e-Sharif, au nord de l'Afghanistan. Cela fait 32 ans qu'elle enseigne. Elle occupe le poste de proviseure depuis 8 ans.

"Nous devons faire face à deux grands défis en Afghanistan, explique Nafeesa. Le premier est l'insécurité. Il y a peu d'endroits en paix où les filles peuvent aller facilement à l'école. Le deuxième est le manque d'écoles, de livres, de chaises, de tables et d'enseignant-e-s qualifié-e-s. C'est pour ces raisons que le chemin de l'école est souvent fermé aux filles." 

"Par exemple, dans mon école, seize classes ne disposent pas de salles pour assister aux cours. Nous n'avons pas de salle de conférence, pas de laboratoire, pas de bibliothèque, pas de jardin d'enfants et aucun endroit où les filles pourraient se faire à manger. Les salles de classe sont bondées. Il n'y a pas assez de place pour tout le monde.

"Quand il fait froid, nous devons donner les cours sous des tentes. Nous les rangeons dans les bureaux quand le temps s'adoucit."

"La guerre joue aussi un rôle. Tant qu'il y aura la guerre quelque part en Afghanistan, je ne serai pas à l'aise. Les élèves sont très affectées par les nouvelles du conflit. Mais nous avons l'obligation, femmes et hommes, d'étudier. Historiquement, les gens en Afghanistan ont toujours été intéressés par les études. Mais la guerre a détruit toutes les infrastructures ici. Nous essayons aujourd'hui de reconstruire. Nous ne voulons pas être ignorantes. L'ignorance mène au conflit."

"Deux choses doivent changer. Tout d'abord, le ministère de l'Education n'est pas capable de nous donner ce dont nous avons besoin, comme des écoles ou même des livres. Une fois qu'il en sera capable, nous pourrons améliorer la qualité de l'éducation. Ensuite, la situation sécuritaire doit s'améliorer : même à Mazar, nous vivons dans la peur permanente."

"Les choses se sont un peu améliorées ces dernières années. Les enseignant-e-s sont aujourd'hui payé-e-s régulièrement. Mais la communauté internationale pourrait faire davantage pour nous aider. Peu importe où nous vivons : le développement devrait être égal. Quand vous investissez dans une province, vous devriez investir de façon égale dans les autres, même si elles sont en paix."

 

Amenah Pedram, 45 ans, mère de huit enfants à Mazar-e-Sharif. Elle est professeure depuis vingt-six ans et, depuis dix ans, enseigne l'histoire et la géographie à l'école pour filles Nash.

“Le gros problème ici, c'est que c'est une école mixte, estime Amenah. Nous avons 4 000 élèves et pas assez de salles. Le matin, les garçons et les filles viennent mais l'après-midi seules les filles ont cours. C'est difficile car beaucoup de personnes ne sont pas ouvertes d'esprit et n'acceptent pas que les filles et les garçons assistent aux cours en même temps. Nous avons besoin d'une école spécialement destinée aux filles mais, à l'heure actuelle, nous n'avons pas le choix."

"Beaucoup de filles assistent encore aux cours dehors, sous des tentes ou à l'air libre. Quand il fait froid, nous regroupons plusieurs classes dans une même salle ou nous faisons cours dans les couloirs. Beaucoup de filles abandonnent l'école à cause de ce manque d'espace."

"Celles qui restent à l'école assistent seulement à quelques heures de cours. Ce n'est pas suffisant pour une éducation digne de ce nom. Le système dans son ensemble doit changer. Le gouvernement doit investir plus dans l'éducation. Si les gens sont instruits, cela bénéficiera à la société entière."

Dernière mise à jour : 03/10/2011 

En savoir plus

> Lire le rapport : Des enjeux élevés : l'éducation des filles en Afghanistan

> L'intervention d'Oxfam face à la crise en Afghanistan

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