Les gouvernements doivent agir rapidement et investir davantage dans le soutien à l’agriculture.

Hausse des prix des denrées alimentaires : questions et réponses

Les prix des denrées alimentaires sont repartis à la hausse, atteignant en janvier des records, les cours ayant dépassé ceux enregistrés durant la crise alimentaire de 2007-2008. La flambée des prix avait alors fait passer le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde au dessus de la barre du milliard, soit un sixième de la population mondiale. De nouveau, des millions de vies sont aujourd’hui menacées.

Quel est le problème ?

Les cours des produits alimentaires ont récemment dépassé les niveaux de ceux atteints au plus fort de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008. Les populations de par le monde commencent à ressentir les effets de cette hausse. Des émeutes ont éclaté en Tunisie, en Egypte, en Algérie, entre autres, en partie dues à la hausse des prix des denrées alimentaires. L’envolée des prix des produits alimentaires a fait sombrer des millions de personnes dans les pays en voie de développement encore plus gravement dans la faim et la pauvreté. Et le niveau élevé des prix n’est pas le seul problème. L’évolution des cours étant imprévisible, les consommateurs ne peuvent compter sur des prix stables et les producteurs ne sont plus en mesure de planifier leurs investissements avec certitude. 

Dans quelle mesure les prix se sont-ils envolés ?

Depuis le mois de juillet 2010, les prix de nombreux produits agricoles ont augmenté considérablement. Les cours du maïs ont augmenté de 74% ; ceux du blé de 84% ; ceux du sucre de 77% et ceux des huiles et matières grasses de 57%. Les cours du riz sont fort heureusement restés à peu près stables, avec une hausse inférieure à 4% en décembre 2010 par rapport à l’année précédente. Les prix de la viande et des produits laitiers sont également plutôt stables mais restent à des niveaux très élevés. L’indice des prix communiqué par l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) en décembre 2010 s’élève à 3,4%, soit le plus fort taux jamais enregistré par cette organisation depuis qu’elle a mis en place ce outil de mesure de l’évolution des prix en 1990. 

Quelle sont les principales causes de la flambée des prix ?

Les causes sont multiples et les points de vue divergent sur leurs effets respectifs. Toutefois, les principaux facteurs identifiés sont :

  • Une production réduite en raison du mauvais temps, lui-même probablement en partie dû au changement climatique (comme par exemple l’extrême sécheresse et les inondations qui ont frappé l’Australie et la Russie)  ;
  • Des restrictions à l’exportation et des réactions de panique des acheteurs (généralement causées par des chocs en lien avec les conditions climatiques) ;
  • Une demande croissante tant en biocarburants (qui détourne des terres de la production alimentaire) qu’en denrées alimentaires (particulièrement en viande) ;
  • Des causes financières telles que la dépréciation du dollar, le bas niveau des taux d’intérêt et la spéculation ;
  • L’augmentation du prix du pétrole qui renchérit le coût des engrais et des transports.

Qui sont les gagnants ?

Les grandes entreprises de négoce en produits alimentaires ont fait part de bénéfices en hausse ; les supermarchés, les entreprises de semence et d’engrais enregistrent également de bons résultats. Certaines grandes entreprises agroalimentaires, opérant sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement et bénéficiant d’une position forte sur les marchés, sont bien placées pour récolter les fruits de cette hausse des prix.

Qui sont les perdants ?

Les populations vulnérables des pays en développement (ainsi que les populations pauvres des pays développés) sont touchées le plus durement. Les personnes déjà dans des situations précaires sont les plus vulnérables : paysans sans terre, résidents de bidonvilles, travailleurs agricoles… Lorsque la consommation diminue, ce sont généralement les femmes et les enfants qui en sont les premières victimes, les hommes se donnant la priorité dans de nombreux foyers.

Pourquoi les petits agriculteurs n’en profitent-ils pas ?

Les prix élevés des produits alimentaires représentent clairement une menace pour de nombreuses personnes dans les pays en développement, mais ils pourraient aussi offrir des perspectives intéressantes pour celles et ceux qui vivent de l’agriculture. Pourtant, de nombreux agriculteurs pauvres ne sont pas en mesure de tirer profit de la hausse des prix pour diverses raisons, parmi lesquelles l’accès limité à la terre, à l’eau et à des éléments indispensables tels que les engrais ou encore les conséquences des catastrophes naturelles et des conflits. De nombreux paysans pauvres n’ont qu’un seul acheteur, qui fixe lui-même les prix. Ils sont particulièrement exposés aux aléas climatiques, ont rarement les moyens de stocker leurs denrées et ont souvent un accès limité aux marchés faute de routes et d’infrastructures adéquates.

Les ouvriers agricoles sont encore moins à même de profiter de la hausse des prix. Ces travailleurs sont particulièrement vulnérables, n’ayant souvent que des contrats à court terme avec peu de possibilités de faire valoir leurs droits. En tant que consommateurs et consommatrices, ils et elles subissent les prix élevés mais n’ont que peu d’espoir d’obtenir un meilleur salaire.

Les catastrophes climatiques survenues récemment ont-elles joué un rôle ?

Il n’est pas possible pour le moment d’établir un lien direct entre des intempéries spécifiques et le changement climatique. Cependant, la plupart des scientifiques s’accordent sur le fait que la planète connaîtra de plus en plus des phénomènes climatiques extrêmes et imprévisibles, en raison du changement climatique. L’an dernier, plusieurs chocs climatiques dévastateurs se sont produits et ont eu d’énormes conséquences sur la production alimentaire. Aux mois de juillet et août 2010, la Russie a connu l’une des pires sécheresses depuis des décennies qui a détruit environ 25% des récoltes de blé ; les exportations ont été interdites, provoquant la panique des acheteurs et une envolée des prix. En Australie, en janvier 2011, les inondations ont causé des dégâts considérables dans l’Etat du Queensland, producteur important de blé et de sucre.

Quelle différence y a-t-il entre la récente flambée des prix et celle de 2007-2008 ?

Nous ne sommes pas encore dans une situation de crise comme en 2007-2008. La situation actuelle présente des similitudes, mais il y a quelques différences :

  • les stocks mondiaux de céréales sont bien plus importants aujourd’hui qu’en 2007-2008
  • La hausse des prix n’est pas encore mondiale. Dans une bonne partie du continent africain, les prix sont stables grâce à de bonnes récoltes. 
  • Nous ne sommes pas encore confrontés à des restrictions sur les exportations telles que celles imposées en 2007-2008, un des facteurs clés de la hausse des prix
  • La hausse des prix concerne l’ensemble des denrées alimentaires mais, pour le moment, les aliments de base, en particulier les céréales, qui sont consommés par de nombreuses populations parmi les plus pauvres, restent à des prix inférieurs aux records atteints en 2007-2008.  

Que va-t-il se passer ?

Les prix des produits alimentaires risquent de continuer à grimper jusqu’en milieu d’année, à moins que les gouvernements interviennent. Plus cette hausse durera longtemps et plus le risque de connaître une crise alimentaire majeure, de la même ampleur que celle de 2007 voire pire, est grand. Si les récoltes s’avèrent bonnes dans certains pays, les prix pourraient commencer à baisser. Mais l’incertitude demeurera un problème. 

Que devraient faire les gouvernements ?

Les gouvernements, tant des pays développés que de ceux en développement, doivent agir vite pour éviter une envolée incontrôlable des prix. Les gouvernements doivent donc :

  • lutter contre la volatilité des cours des produits alimentaires, par un soutien et des investissements croissants dans l’agriculture vivrière - par le biais, entre autres, d’aide pour l’achat d’engrais et de semences, de prêts - afin de garantir que la production de 2011 sera suffisante pour répondre aux besoins ;
  • aider les personnes pauvres, directement touchées par les conséquences des cours élevés et fluctuants, à travers des programmes de protection sociale.
  • A long terme, il faut s’attaquer aux causes structurelles de la flambée des prix des denrées alimentaires en donnant aux pays en développement des marges de manœuvrepour mettre en oeuvre des politiques en faveur de la production nationale, des investissements agricoles (centrés sur les petits exploitants et les femmes) et de l’adaption au changement climatique. Les pays riches doivent débloquer suffisamment de moyens financiers pour satisfaire les besoins à court et à long termes. 

Oxfam demande aux Etats de consacrer plus d’argent à l’agriculture et à la protection sociale mais, les budgets étant restreints, quelles sont les coupes budgétaires que les gouvernements devront faire pour débloquer ces fonds ?

En 2008, le pourcentage de l’aide financière mondiale totale consacrée à l’agriculture est pasé de 18 % à seulement 4 %, malgré des éléments démontrant que les dépenses agricoles génèrent des bénéfices en termes de réduction de la pauvreté et des inégalités, de promotion d’une croissance durable et de protection de l’environnement. Oxfam croit fermement que l’aide financière globale devrait augmenter, conformément aux promesses des pays développés. L’aide devrait également être mieux ciblée et mieux coordonnée, afin d’accroître son efficacité. Par exemple, les sommes consacrées aux consultants pourraient être réduites.

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