Fields overgrown with flor de muerto in Guatemala. Photo: James Rodriguez/Oxfam
Two out of three indigenous children in Guatemala are malnourished

Guatemala : les agriculteurs pauvres ont faim

Siriaco Mejia est optimiste. Son amie Gloria Gonzalez affirme qu'il a toujours le sourire, même lorsqu'il a des ennuis. Son attitude est tout simplement positive.

Mais même Siriaco ne pouvait voir sous un jour favorable sa situation au moment des récoltes, fin 2009 : après avoir planté son maïs et ses haricots dans son champ, les récoltes n'ont rien donné, pour cause de pluies insuffisantes. La plupart des années, il récolte une tonne de maïs ; cette année, Siriaco n'en a récolté que le dixième.

« On pouvait voir les épis de maïs, mais lorsqu'on les ouvrait, la plupart était complètement vide, » explique Siriaco, debout au milieu de son champ. « Cette année, nous n'avons presque rien récolté. »

Siriaco Mejia

L'agriculteur guatémaltèque Siriaco Mejia a perdu près de 90 % de sa récolte de maïs en 2009 à cause du manque de pluies. Photo: James Rodriguez/Oxfam America

Siriaco a fait tout ce qui était en son pouvoir à part faire pleuvoir, y compris fertiliser deux fois son champ, une opération très onéreuse. Mais maintenant que l'agriculteur de 42 ans a presque fini sa récolte, son champ est rempli de mauvaises herbes jaunes et brillantes. Certains les appellent « flor de la muerte » (fleurs de la mort).

Siriaco explique qu'il ne peut plus rien cultiver pour l'instant et qu'il doit attendre la prochaine saison de plantation, en juin 2010.

« Nous espérons qu'il pleuvra, » ajoute-t-il. « Sinon, nous risquons de mourir. »

Pénurie alimentaire chronique

Le Guatemala présente le taux le plus élevé de malnutrition parmi les enfants de moins de cinq ans en Amérique latine : près de 50 % selon le Programme alimentaire mondial. Ce taux est encore plus élevé chez les enfants indigènes : près de 70 %. Au cours d'une visite récente dans la région de Siriaco, Francisco Enriquez, un spécialiste des moyens de subsistances durables pour Oxfam au Guatemala, a constaté que la plupart des familles avaient perdu entre 80 et 100 % de leurs récoltes.

Cette pénurie alimentaire a lieu dans un pays à la végétation luxuriante qui exporte des millions en canne à sucre, ananas, bananes et café. Malgré cette abondance, les Guatémaltèques pauvres, qui appartiennent principalement au peuple maya indigène, connaissent régulièrement des pénuries alimentaires. Les magasins regorgent de nourriture qui reste hors de portée des plus pauvres.

Biocarburants et café remplacent maïs et haricots

La plupart des terres les plus plates et les plus fertiles sont utilisées pour les cultures d'exportation, telles que le café, la canne à sucre et, plus récemment, les biocarburants.

« Le pays produit de moins en moins de maïs et de haricots chaque année, » explique Francisco Enriquez. Il ajoute que le gouvernement « n'encourage pas les dépenses qui bénéficieront spécifiquement aux agriculteurs. (…) Ils doivent investir dans la production de nourriture ; sinon, lorsque surviennent inondations ou sécheresses, leur situation se transforme en crise sévère. »

Le manque de précipitations à Baja Verapaz pourrait constituer le type de crise sévère que redoute Francisco Enriquez.

Créer des choix

Gloria Gonzalez rencontre un promoteur de santé à Cubulco au Guatemala.

Gloria Gonzalez of ASECSA meets with a health promoter in Cubulco, Guatemala. Photo: James Rodriguez/Oxfam America

« Nous aimerions que les personnes aient d'autres choix que l'émigration, » déclare Gloria Gonzalez. Afin d'aider les agriculteurs à traverser l'hiver, Oxfam travaille aujourd'hui avec l'Association des services de santé communautaire, connue sous son acronyme espagnol ASECSA (où travaille Gloria Gonzalez), et avec l'Institut de formation pour le développement durable.

Ces organisations fourniront des outils et des graines pour aider les familles à faire pousser des légumes et améliorer leur nutrition, et elles aideront les familles à nourrir et soigner leurs petits animaux d'élevage tels que les poulets, les cochons et les canards. Oxfam aide aussi à financer le réseau de promoteurs de santé de l'ASECSA, qui donne des conseils nutritionnels aux familles avec de jeunes enfants afin de réduire la malnutrition et la mortalité infantiles.

« Toutes ces choses aideront les gens même après la fin du projet, » ajoute Francisco Enriquez, qui travaille depuis dix ans au Guatemala avec l'ONU et Oxfam. « Ils seront dans une meilleure position pour survivre à une autre sécheresse. » Les activités d'assistance agricole et de service communautaire bénéficieront à près de mille familles. Oxfam a engagé 266 000 dollars dans le projet.

Originalement publié par Oxfam Amérique.

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