Une agricultrice du village de Palavakkam dans le Tamil Nadu. Crédit: Atul Loke/Panos for Oxfam
Les pluies arrivent quand il ne faudrait pas, et ne viennent pas quand il faudrait

Tsunami: Les prévisions d’un avenir meilleur, Inde

“Au mois de juillet, si le vent souffle fort, il y aura de bonnes pluies. S’il souffle doucement, non.”
Padmanaban
agricultrice à Sengapadai

À la suite du tsunami, Oxfam a mis en place un programme de recherches visant à améliorer la qualité de ses programmes et politiques dans ce cadre, et à partager des expériences qui pourraient être utiles à d’autres ONG lors de futures situations d’urgence.

Les progrès réalisés par un village en Inde qui a participé à une étude sur la pluviométrie illustrent l’importance de la recherche pour aider les communautés agricoles à s’adapter au changement climatique – et l’importance de relier ce type de projets à des programmes de lutte contre la pauvreté.

Les agriculteurs du village de Sengapadai, en Inde, se fient à eux-mêmes pour savoir ce qui les attend. Ce sont en quelque sorte des diseurs de bonne aventure, qui cherchent loin dans le passé pour prévoir l’avenir. En utilisant des méthodes mûries sur des milliers d’années, ils regardent le mouvement des étoiles, suivent l’effet du vent un jour donné du mois ou de l’année, et observent soigneusement le comportement des plantes et des animaux. Et chaque année la question la plus mystérieuse à laquelle ils essaient de répondre est : Quand est-ce que viendront les pluies ?



S’ils calculent mal, les conséquences peuvent être graves. Dans les années passées, cela a signifié que des familles ont repoussé non seulement des mariages, mais aussi des soins médicaux. Des enfants ont arrêté l’école, terminant par là leur formation scolaire. Ils ont mis en gage leurs bijoux, qui constituent leurs économies – et même les colliers qui sont le symbole de leurs mariages. Et, comme le dit Jakkammal, 51 ans : « Une mauvaise année, on ne fait qu’un repas par jour. »



Il ne pleut pas comme il faudrait


Le spectre des mauvaises récoltes plane d’une façon encore plus menaçante actuellement, comme un agriculteur le dit : « Il ne pleut pas comme il faudrait ».



Les pluies arrivent quand il ne faudrait pas, et ne viennent pas quand il faudrait – les méthodes de prévision météorologiques traditionnelles ne peuvent pas s’adapter au rythme du changement, et elles perdent leur capacité de prédiction.



« Le schéma des pluies s’est grandement modifié au cours des 10 dernières années », dit Jeeva Rathinam, un autre agriculteur. « Avant cela, nous pouvions planter correctement, et nous ne plantions qu’un type de graines dans les champs. Maintenant nous devons en mélanger plusieurs et attendre de voir celles qui vont sortir. »



« Les variations pluviométriques que subissent actuellement ces agriculteurs sont incohérentes avec leurs connaissances au sujet de la manière dont fonctionne la nature », dit Hari Krishna, directeur du programme de recherches d’Oxfam en Inde.



En d’autres mots, les changements climatiques sont arrivés à Sengapadai.



Les chercheurs et les agriculteurs collaborent


Le centre ACEDRR (Advanced Center for Enabling Disaster Risk Reduction) de la fondation DHAN, un partenaire d’Oxfam, se consacre à aider les communautés à s’adapter aux modifications du schéma climatique. La chercheuse B. Arthirani, elle-même fille d’agriculteurs, a rassemblé et analysé 40 années d’informations sur la pluviométrie locale, et une journée étouffante de mai 2008, les agriculteurs de Sengapadai se sont rassemblés pour en écouter les résultats.



Les pluies qui autrefois arrivaient de façon prévisible en juin, leur a-t-elle dit, peuvent maintenant être attendues fin août. Elle a alors fait une proposition : retarder les semences de cacahuètes jusqu’à une période comprise entre le 10 et le 16 août.



Une discussion animée s’en est ensuivie. Décaler pour suivre les pluies pourrait rendre certaines récoltes plus vulnérables aux invasions de mauvaises herbes et de nuisibles, et les agriculteurs ont discuté des avantages et des inconvénients des divers plans. Mais une heure plus tard, tout le monde s’était mis d’accord : la meilleure façon d’équilibrer tous les facteurs serait probablement de planter du blé en septembre.



Cela n’est pas de la recherche comme on en fait dans les universités, où les études sont faites à une distance confortable des agriculteurs qui sont sur le terrain, et où les recommandations parviennent aux villageois par voie hiérarchique. La discussion qui a eu lieu ce jour-là, initiée par la suggestion bien étayée de B. Arthirani à propos de ce qu’il fallait semer, et quand, s’est terminée par un plan pratique qui reposait sur des connaissances venant à la fois de l’intérieur et de l’extérieur de la communauté. L’étude de l’ACEDRR, dit B. Arthirani, « n’est pas un processus à sens unique ».



Les membres de la communauté ne sont pas simplement considérés comme des bénéficiaires, a expliqué Hari Krishna. « Ici, ils sont partenaires de la recherche. Ce sont eux qui connaissent le mieux leur sol, leur ciel, leur eau et quelles sont les récoltes qui conviennent à leurs besoins. »



Une ironie douloureuse


En dehors de la salle de réunion, une génisse errait sur la route en cherchant quelque chose à brouter, et un chariot à bœufs passait avec un chargement de fourrage. Des femmes transportant du bois pour faire du feu et de l’eau sur leurs têtes marchaient le long de la rue principale poussiéreuse, sous le brûlant soleil de midi – et au loin un homme était debout, jusqu’aux genoux dans l’eau d’une mare, éclaboussant d’eau ses bœufs qui avaient probablement travaillé dur toute la matinée dans les champs.



Les carburants fossiles et leurs agréments – une diminution du travail dur – semblaient avoir complètement évité ce village. Il n’y avait aucune voiture ou tracteur en vue, et en dépit de la température brûlante, personne n’allait rentrer chez soi pour y trouver l’air conditionné ou des boissons réfrigérées. Il est ironiquement douloureux de constater que parmi ceux qui sont le moins responsables des changements climatiques, nombreux sont ceux qui sont parmi les plus vulnérables à ses conséquences.



Nous pouvons manger trois repas


Le DHAN s’attaque à la vulnérabilité sur deux fronts : la recherche orientée sur les catastrophes de l’ACEDRR contribue à garantir que le schéma pluviométrique modifié n’aboutisse pas à des pertes catastrophiques au niveau des récoltes, alors que les programmes de développement du DHAN visent à améliorer la résistance sur d’autres plans – aider ces mêmes agriculteurs à s’organiser en groupes d’entraide permettant de faire des économies et d’investir ; créer des fédérations qui ont un véritable pouvoir sur le marché ; et aider les agriculteurs à pouvoir obtenir des semences de haute qualité, des assurances abordables, et trouver des prêteurs à des taux de deux pour cent d’intérêt au lieu de dix.



C’est une approche qui fonctionne. Dès novembre, il a été clair que passer des cacahuètes au blé a été un grand succès. Mais il y a des signes visibles partout que la sécurité de cette communauté s’est améliorée – le sourire confiant de Jakkammal est très convaincant. L’époque où une mauvaise récolte plongeait la communauté dans les dettes est la faim semble terminée. « Depuis que nous avons rejoint le DHAN, dit-il, nous pouvons manger trois repas. »

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