Malgré la crise alimentaire mondiale, Estere Chiperenga dispose de suffisamment de nourriture pour nourrir sa famille de huit personnes. Photo : Malcolm G. Fleming/Oxfam
Comment certains petits producteurs peuvent-ils encore nourrir leur famille ?

Malawi : vaincre la crise alimentaire mondiale

En mai 2008, Malcolm Fleming, l’un de nos représentants média en Écosse s’est rendu au Malawi, où il a discuté avec une famille pauvre qui a appris à gérer ses réserves de nourriture, grâce à un programme gouvernemental.

Aujourd’hui, dans les pays comme Haïti ou l’Indonésie, les familles ont des difficultés à remplir les assiettes, et dans la plupart des cas elles n’y parviennent pas, à cause de la hausse spectaculaire du prix des denrées alimentaires.
Toutefois, et cela est probablement une surprise, Estere Chiperenga a suffisamment de nourriture pour sa famille de huit personnes.

Estere est une grand-mère d’une quarantaine d’années et travaille comme agricultrice dans une petite exploitation de Wruma, une zone rurale dans le district de Phalombe dans le sud du Malawi. Je l’ai rencontrée il y a quelques jours lorsque je me suis rendu dans son village pour la rencontrer ainsi que ses voisins, afin de discuter de la manière dont le Malawi a réussi à « aller à contre-courant » de la crise alimentaire mondiale.

La famille d’Estere est l’une des plus pauvres dans une communauté rurale pauvre au sein d’un pays se plaçant au 13ème rang des pays les plus pauvres au monde. Toutefois, bien qu’ayant dû faire face à des pénuries dans le passé, cette année, elle a pu me montrer des sacs de maïs, denrée de base ici, qu’elle garde en réserve chez elle.

Cependant, du maïs supplémentaire qui n’a pas encore été mis en sac, attend dans sa petite réserve en briques où elle stocke la nourriture. En temps normal, Estere et son mari parviennent à récolter quatre ou cinq sacs de maïs par an. Cette année, elle estime qu’elle pourra récolter 15 sacs. Avec cette nourriture supplémentaire, elle est sûre de pouvoir nourrir sa famille et d’avoir du surplus qu’elle pourra vendre pour obtenir un précieux revenu.

Alors qu’est-ce qui a permis aux familles comme celle d’Estere de parvenir à cette position, alors que partout ailleurs, le monde est face à une crise alimentaire probablement la plus grave de l’histoire ? Il y a seulement quelques années, le Malawi a été confronté à sa propre crise, avec des sécheresses conduisant le pays au bord de la famine, rendant les distributions alimentaires comme celles organisées par Oxfam et le Programme Alimentaire Mondial essentielles à la survie des populations.

Aujourd’hui, alors que cette distribution alimentaire est toujours disponible pour les plus vulnérables, des centaines de milliers de familles comme celle d’Estere disposent de réserves de nourriture pour les mois à venir. Ce changement est le résultat d’un programme d’aide agricole (agricultural inputs program) mis en oeuvre par le gouvernement du Malawi, avec le soutien d’agences donatrices et du gouvernement britannique.

L’un des principaux volets de ce programme a été les subventions dédiées aux engrais, permettant aux pauvres agriculteurs, cultivant généralement de petites parcelles de 0,4 hectare, d’acheter et d’utiliser de l’engrais, et ainsi d’améliorer considérablement leurs récoltes. Plus de deux millions de familles ont bénéficié de ce programme, et avec l’établissement de la sécurité alimentaire nationale, le Malawi est maintenant un exemple à suivre pour les autres pays du sud de l’Afrique.

Bien sûr il y a toujours des problèmes et remplir les assiettes est toujours compliqué, mais dans un pays qui ne doit pas chercher bien loin pour trouver des difficultés, le cas du Malawi est une véritable réussite qui est d’autant plus remarquable compte tenu de la crise de plus en plus importante régnant partout ailleurs. S’attaquer à cette crise a été l’objectif de la réunion d’urgence de l’ONU à Rome en juin 2008.

Alors que les responsables politiques, les diplomates et les représentants officiels se sont réunis pour discuter du meilleur moyen de réagir face à ce problème, Oxfam a appelé ces derniers à mettre en œuvre un plan d’action mondial coordonné pour subvenir aux besoins immédiats de 300 millions de pauvres dans le monde entier.

L’une des actions que les gouvernements doivent toujours mener est de suivre l’exemple du Malawi et de soutenir les petits agriculteurs du monde en voie de développement.

Dans l’UE et aux États-Unis, les agriculteurs bénéficient de subventions considérables depuis des décennies. Dans le monde en voie de développement, dans les pays comme le Malawi, il ne faut pas grand-chose pour permettre de grands changements pour des familles comme celle d’Estere Chiperenga.

Publié à l’origine sur BBC News Online, le 3 juin 2008