Femmes défilant pour la Journée mondiale de l'alimentation au Salvador
Un millier de femmes ont défilé pour la Journée mondiale de l'alimentation au Salvador

El Salvador : des femmes défilent pour la sécurité alimentaire

“Si je suis en sécurité sur le plan de l’alimentation, j’ai tout ce qu’il me faut : une nourriture saine et variée, un terrain, la santé et l’éducation.”
Maria Marta Henríquez
Mère de famille et paysanne

Une alimentation saine et un mode production durable : telles étaient les deux principales revendications de plus de mille femmes qui ont défilé à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation au Salvador.

Pendant une semaine, avec pour point d’orgue la journée du 15 octobre, des femmes issues de milieu rural de huit pays d’Amérique latine – Paraguay, Pérou, Colombie, El Salvador, Honduras, République dominicaine, Guatemala et Mexique – ont uni leurs forces pour faire entendre ce même message :

« Nous, femmes rurales, changeons le monde, cultivons la terre, produisons la nourriture. Nous demandons des investissements dans la terre, de la reconnaissance et de la justice ! »

« Je n’appartiens à personne d’autre que moi-même. J’ai appris à me battre pour mes propres droits et pour les droits des femmes autour de moi », affirme Maria Marta Henríquez, l’une des 250 participantes du second congrès des femmes rurales au Salvador.

Faire entendre la voix des paysannes

Femmes rurales, congrès du Salvador
María Marta Henríquez.

Organisé à San Salvador par l’Alliance pour la défense des droits des femmes rurales et la campagne d’Oxfam CULTIVONS, cet événement offrait l’occasion à des femmes comme Henríquez, mère de famille et paysanne, de présenter leurs demandes aux membres de l’Assemblée nationale et aux représentants du gouvernement.

Henríquez milite plus particulièrement pour une alimentation saine et bonne pour elle et sa famille et pour des modes de production durable.

« Si je suis en sécurité sur le plan de l’alimentation, j’ai tout ce qu’il me faut : une nourriture saine et variée, un terrain, la santé – mes enfants et mes petits-enfants ne seront pas malades parce qu’ils mangeront sainement – et l’éducation, explique Henríquez. Pour moi, la souveraineté, c’est la garantie d’être en sécurité sur le plan alimentaire et d’être propriétaires de nos terres et de nos vies. »

Pour une production locale durable

Grâce à la formation qu’elle a suivie auprès de plusieurs institutions, Henríquez sait comment fabriquer des engrais biologiques, préserver le sol et élever des abeilles pour produire du miel.

Elle bénéficie également d’un programme gouvernemental qui fournit aux familles les plus pauvres l’équivalent de 150 dollars d’engrais et 3 dollars de semences de maïs. Mais d’après Henríquez, cela ne contribue pas réellement à la sécurité alimentaire, la situation redevenant difficile une fois le programme terminé.

Selon elle, les femmes rurales ont besoin de semences indigènes qui permettent d’assurer un mode de production durable : elles peuvent non seulement être plantées et produire mais aussi générer des nouvelles semences utilisables pour la saison suivante.

Les caprices du climat

La variété des semences n’est pas sa seule préoccupation : les paysannes comme Henríquez doivent aussi faire face à des conditions météorologiques de plus en plus imprévisibles.

« Cette année, nous avons perdu nos récoltes à cause de la sécheresse. L’année dernière ce sont tous mes haricots qui ont été perdus à cause de la dépression tropicale 12E », déplore Henríquez. Lors de cette tempête, il est tombé 1,5 mètre d’eau en neuf jours. « J’ai fait un emprunt pour pouvoir investir à nouveau et quand la sécheresse est arrivée, j’étais en pleurs parce que je ne savais pas comment j’allais pouvoir rembourser mon prêt. Grâce à Dieu, la banque est venue étudier ma situation et a annulé mon prêt. »

Un travail de longue haleine

Malgré les nombreux obstacles auxquels ses collègues paysannes et elle-même sont confrontées, Henríquez reste convaincue que tout le travail qu’elles font au sein de l’Alliance pour la défense des droits des femmes rurales portera ses fruits.

« Si nous réutilisons des semences indigènes, nous allons pouvoir produire davantage et de façons durable, soutient-elle. Avec des systèmes d’irrigation et de stockage de l’eau pour la saison sèche, avec l’accès aux informations sur ce qu’il se passe dans le pays – en économie, éducation, santé – et l’accès aux connaissances sur la préservation des sols et la protection de l’environnement, nous aurons tout ce que nous espérons : une vie digne et la santé.

Henríquez parle avec l’autorité d’une femme autonome et indépendante. Elle est convaincue qu’en s’exprimant et qu’en s’engageant dans le combat pour les droits des femmes, les choses changeront.

« Même si je ne vois pas les changements pour lesquels je me bats aujourd’hui, d’autres les verront ; et cela me procure une grande satisfaction. »

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