« Tras-tornado » : le théâtre pour sensibiliser, au Salvador

“Nous voulons impliquer les membres des communautés dès le début du projet et identifier avec eux les problèmes qu’ils sont en train de vivre. De cette façon les communautés prennent elles-mêmes le processus en charge.”
Carlos Umaña
Dramaturge et metteur en scène de "Tras-tornado"

Par le biais d'une pièce de théâtre élaborée de façon participative avec les membres de 58 communautés du Salvador, 22 000 personnes ont été sensibiliées aux thèmes de la gestion des ressources en eau et de la végétation afin d'atténuer les conséquences négatives des changements climatiques et d'encourager la protection de l'environnement.

Les élèves de l'école de la communauté Los Sánchez, à Cacaopera, dans le département de Morazán, ont pu découvrir à travers des chansons, des acrobaties et un peu d'humour, une histoire qui invite à la réflexion et à la discussion. Près d'une centaine d'élèves ainsi que leurs parents et leurs enseignant-e-s ont pris plaisir à regarder la pièce de théâtre Tras-tornado, laquelle parle des changements climatiques, de ses causes et de ses conséquences.

Le niveau d’accès aux services d'approvisionnement en eau et assainissement au Salvador reste faible, de nombreuses personnes étant contraintes de s’approvisionner à des sources d'eau impropres à la consommation. Cela a des conséquences négatives sur la santé et la productivité, particulièrement pour les personnes qui habitent des zones rurales et ont de faibles revenus. Les ressources en eau sont considérablement polluées et une grande partie des eaux résiduelles sont déversées sur des sites non adaptés.

C’est pour cette raison que le Projet « Eau et génération de revenus » pour les populations de zone tropicale sèche au Salvador, initié par One Drop et mis en œuvre en collaboration avec Oxfam, vise à promouvoir une gestion intégrale de l'eau à travers quatre composantes, dont les arts sociaux et l'éducation populaire. Cette pièce de théâtre - tout comme les autres composantes du projet - a été créée avec les bénéficiaires de la zone d´intervention. Celle-ci reprend ce qu’ils et elles avaient à dire sur les problèmes et les solutions pour les combattre.

Quel lien entre eau et arts scéniques ?

« L'art est nécessaire... Ici [dans les communautés de Cacaopera et Corinto, département de Morazán, où est mené ce projet], les espaces sont différents, les scènes sont inconfortables, il y a beaucoup de dispersion, mais malgré cela, les personnes sont ouvertes et désireuses d'écouter, de partager... », confie Carlos Umaña, dramaturge et metteur en scène de cette pièce de théâtre.

Comme il l'explique, Tras-tornado est le fruit d'un processus de consultation de la population, au cours duquel les familles se sont réunies pour discuter de leurs problèmes et conflits liés à l'eau. Sur la base de ces échanges, un « arbre des problèmes » (qui permet d'identifier, représenter et analyser les besoins selon une méthodologie participative) a été constitué, un diagnostic culturel a été réalisé et l'ensemble des ces travaux ont donné naissance à une pièce de théâtre. Le but de ce processus est d’impliquer les habitants des communautés dès le début et d’identifier les problématiques auxquelles elles et ils sont confrontés. De cette façon, les communautés prennent elles-mêmes le processus en charge.

En eaux troubles

Le titre Tras-tornado est un jeu de mots en espagnol (trastornado signifiant bouleversé, troublé ou dérangé et tornado, tornade) qui exprime à la fois la folie qui gagne les personnages en quête de terres et les dégats causés par une tornade, avec pour thème sous-jacent le changement climatique et ses conséquences sur les populations et leurs moyens de subsistance.

L'histoire raconte la fin de l'humanité, dans un monde bouleversé par les changements climatiques, conséquences des actions humaines. Quatre survivants voyagent dans un bateau qu’ils ont eux-mêmes construit en quête de terre ferme. Ordures non-recyclées, pollution de l'eau par des déchets toxiques, mauvais rapports avec les terres cultivables et manque de conscience de la nécessité de protéger l'environnement sont quelques-uns des thèmes dont les survivants discutent, à la recherche des coupables du désastre qu’ils et elles sont en train de vivre.

« La faim nous était montée à la tête et la soif avait asséché notre raison », chante un jeune, tout en jouant de la guitare. Sur le bateau qui le porte, à la recherche d'une terre, Aristides, l'un des personnages, déplore avoir tout perdu : sa famille, sa maison, son champ mais aussi sa sagesse. L'humanité avait exterminé toutes les ressources naturelles et la terre avait disparu après une immense tornade.

Le but de cette pièce est d'utiliser l'art comme outil de sensibilisation. « C’est ce qu’on appelle de l’art avec un but : aider à la prise de conscience et à la recherche d’une solution », conclut Umaña.

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El Salvador

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