Distribution d'aliments à Jacmel. Crédit: Oxfam
Oxfam encourage la production locale, identifiée comme un véritable vecteur de développement

Haïti-Séisme : Oxfam encourage la production agricole

“Quand on vit dans une telle situations on est prêt à accepter tout ce qu’on offre. Mais c’est mieux si on reçoit ce qui vient de chez soi ”
Monrocher Antoine
agriculteur, 72 ans

Le porte-parole d'Oxfam en Haïti, Peleg Charles, témoigne du projet novateur qu'Oxfam est en train de lancer pour fournir assistance alimentaire en rebatissant les moyens d'existence dans les zones sinistrées d'Haïti.

C’est avec une agréable surprise  que Monrocher Antoine constate qu’il y a essentiellement des produits agricoles locaux dans le kit qu’il vient de recevoir. En effet, dix mille kits du même genre sont distribués dans plusieurs villes du pays. Oxfam favorise cette approche afin d’encourager la production locale, identifiée comme un véritable vecteur de développement socio-économique et de décentralisation.

Monrocher Antoine, 77 ans, vit dans une section communale de Jacmel, dénommée Zoranger. Lui, sa femme et ses huit enfants font parti des 3,5 millions de sinistrés recensés par la Direction de protection civile haïtienne suite au tremblement de terre du 12 janvier, leur maison étant détruite.
La présence de Monrocher dans le Centre social Lakonbit de Jacmel, tout près de l’école des infirmières de l’Université Notre Dame dans le Sud-est, s’explique par le fait qu’il attend de participer à une distribution de nourriture sèche organisée par MIDADE . Sa toute première, deux mois après le tremblement de terre.

Quand on vit dans ces situations on est prêt à accepter tout ce qu’on offre. Mais c’est mieux si on reçoit ce qui vient de chez soi », relate le vieil homme, son chapeau de paille dans sa main gauche, tout en jetant un coup d’œil à l’igname faisant partie du kit.

Depuis le tremblement de terre du 12 janvier, l’aide alimentaire arrive tous azimuts vers le pays dévasté. Si cette aide a, dans l’immédiat, sauvé un nombre important de vies, elle risque toutefois d’avoir un effet pervers sur l’économie haïtienne en général et sur les agriculteurs en particulier. Ces derniers, ne produisant en effet que pour une consommation locale et étant privés de moyens techniques et économiques pour conserver leurs denrées sur une longue durée.

Voilà qui justifie l’achat par Oxfam de denrées produites par des cultivateurs locaux pour les redistribuer à d’autres vivant surtout dans des zones rurales affectées par le séisme. « Avant le tremblement de terre, je pouvais vivre de l’agriculture, mais la saison des récoltes n’était guère agréable. Maintenant, je vis de l’indulgence des autres », raconte le paysan, les yeux rivés sur le fond de la cour.

Cette phrase résume la tragédie des paysans. Ces derniers doivent compter à chaque saison sur la clémence de la nature. Le pire, c’est qu’ils n’utilisent que des procédés traditionnels peu performants souvent archaïques pour faire leurs plantations. « Quand vous utilisez des semences de mauvaise qualité, la récolte ne peut être bonne ; un processus de sélection et parfois même de traitement s’impose si vous ne voulez pas que vos rendements aillent de mal en pis», commente l’agronome Philippe Mathieu, représentant de Oxfam-Québec, bureau Haïti.

Pour réduire la vulnérabilité de ces agriculteurs, Oxfam de concert avec d’autres organismes dont l’Agence de Coopération Canadienne,  supporte depuis décembre 2008 un projet dénommé : « Appui à la relance de la production agricole et à l’accroissement de la sécurité alimentaire ». Ce projet doit permettre à 40 000 agriculteurs et agricultrices et leur famille dans les 6 départements concernés de renforcer la sécurité alimentaire dans le pays et d’améliorer durablement leur situation économique.
Pour renforcer leurs productions, ces cultivateurs reçoivent des kits d’outils agricoles, ayant chacun une houe, une serpette, une pioche, une machette, et une manche de pioche. Ils reçoivent également une formation technique agricole et une formation en élevage de petits cheptels de caprins et de volailles en étroite collaboration avec le MARNDR et avec l’aide des ONGs IICA, Veterimed. Et enfin, des semences, des engrais chimiques et organiques faits à partir de compost et de fumier leur sont accordés.

« SUCO engage un agronome pour la coordination du projet de distribution d'intrants agricoles. Cette ressource humaine est indispensable pour la bonne marche des différentes campagnes agricoles (appui technique, coordination auprès des associations paysannes, entre autres) », explique le responsable de SUCO, une ONG œuvrant dans l’agriculture et partenaire de Oxfam en Haïti dans le cadre du projet mis en place en décembre 2008.


Ainsi, bénéficiant de l’expertise de ses partenaires locaux dont SUCO, CARE, PCH et des projets comme le PADELAN, le PROBINA et le PADL-SMA et autres,  Oxfam met à la disposition des planteurs des intrants agricoles et des petits animaux d`élevage qui favorisent l’accès des agriculteurs et agricultrices aux intrants de qualités et à des caprins et volailles améliorés. Elle intervient aussi dans le curage et la réhabilitation de systèmes d`irrigation. Dès lors, les productions seront suffisantes pour couvrir les besoins alimentaires de 200 mille personnes et pour dégager des bénéfices financiers par l’écoulement des excédents.


Les premiers jets de ce programme ont permis à Oxfam d’acheter aux paysans, aux prix du marché,:

  • 78 tonnes de riz TCS,
  • 26,86 tonnes de haricots noirs,
  • 54,48 tonnes de maïs moulu,
  • 239 sacs d’ignames,
  • 404,5 douzaines de banane,
  • 246 sacs de manioc,
  • 9700 sachets de cassaves et
  • 10 366 pots de beurre d’arachides.

« Cette manière de faire, permet d’injecter de l’argent rapidement dans le monde rural qui reçoit actuellement une forte pression de la part des populations qui se déplacent de la ville vers la campagne », ajoute le représentant d’Oxfam-Québec en Haïti.


Ce programme permet à 40 mille cultivateurs et cultivatrices de voir l’avenir avec plus de sérénité. « Un agronome m’a visité la semaine dernière. Il m’a demandé de préparer (un) quelques centièmes de terre et il me donnera des intrants au début de la saison pluvieuse. Une fois la récolte prête, je pourrai la vendre et… » raconte le vieillard, souriant.
Peleg CHARLES ..

En savoir plus

Visionnez  la vidéo: Reconstruire Haïti: priorité à l'emploi, à l'éducation puis aux habitations

Téléchargez le rapport: Haïti : Une occasion unique pour un nouveau départ

Explorez La carte de nos actions sur le terrain

En détail: Que fait Oxfam sur le terrain ?