CULTIVONS : questions et réponses

Luz Evelia Godines Solano, coffee farmer, in Nicaragua. Credit: Pablo Tosco/Oxfam

Sur quoi porte la campagne CULTIVONS ?
Comment pourrons-nous nourrir une planète avec 9 milliards d’habitants ?
D’après Oxfam, les petits propriétaires agricoles pourraient-ils vraiment remplacer l’agriculture industrielle ?
Oxfam nous demande-t-elle de modifier nos habitudes alimentaires, par exemple de ne plus manger de viande ou de manger moins ?
Que pense Oxfam de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture et l’alimentation ?
Oxfam préconise-t-elle l’agriculture biologique ? Et si non, pourquoi ?
Quel rôle les entreprises agroalimentaires jouent-elles actuellement dans le système alimentaire ?
Qu’attend Oxfam de la part du secteur privé et des entreprises agroalimentaires ?

Sur quoi porte la campagne CULTIVONS ?

Actuellement, près d’une personne sur huit dans le monde ne mange pas régulièrement à sa faim. Cette situation est inacceptable. Cette campagne vise à transformer notre système alimentaire défaillant afin qu’il réponde aux besoins de toutes et tous, dès aujourd’hui. Il s’agit également de garantir que notre système soit adapté à un avenir où il sera encore plus difficile de nourrir tout le monde en raison de ressources limitées, des défis environnementaux tels que le changement climatique et de l’augmentation de la population. Nous devons nous attaquer à ces défis sans plus tarder afin d’en minimiser les conséquences néfastes sur les individus.

Notre mot d’ordre est CULTIVONS, car :

  • Nous devons cultiver plus de denrées alimentaires. Ceci implique de donner aux petits producteurs et petites productrices les moyens de les cultiver eux-mêmes et de relever le défi de nourrir 9 milliards d’individus d’ici 2050. Les pays pauvres doivent développer leur économie et les investissements dans l’agriculture à petite échelle en sont la clé. Les gouvernements doivent garantir un accès aux terres pour les petits exploitants et surtout les petites exploitantes qui, souvent, sont celles qui rencontrent les plus grandes difficultés à en devenir propriétaires.
  • Nous devons permettre à la planète de renouveler ses ressources naturelles, par exemple les forêts, l’atmosphère, les terres fertiles, le monde animal et la biodiversité.
  • Nous devons trouver notre chemin hors de la crise et vers la coopération en bâtissant un système mondial de gouvernance alimentaire pour faire face aux crises alimentaires et à la volatilité des prix.
  • Nous devons cultiver un mouvement mondial en faveur du changement, un appel à l’action, pour que la pression populaire entraîne les transformations que nous souhaitons.

Comment pourrons-nous nourrir une planète avec 9 milliards d’habitants ?

C’est dans les pays les plus pauvres et les plus exposés à l’insécurité alimentaire que se concentrera la majeure partie de la croissance de la population entre aujourd’hui et 2050 ; ceci constitue un défi important dans la lutte contre la faim. Toutefois, le plus important n’est pas le nombre d’individus, mais plutôt ce qu’ils consomment et comment ils consomment. Nous atteignons déjà, avec 7 milliards d’habitants, des niveaux de consommation insoutenables.
Nous devons nous concentrer sur la mise en place de systèmes durables en matière de production et de consommation. Cela nous permettrait de nous resituer dès aujourd’hui au sein des limites de notre planète, et de laisser une marge de manœuvre aux générations futures pour leur permettre de satisfaire leurs justes besoins de production et de consommation.

D’après Oxfam, les petits propriétaires agricoles pourraient-ils vraiment remplacer l’agriculture industrielle ?

Dans les pays en développement, 500 millions de petites exploitations permettent de subvenir aux besoins de près de deux milliards d’individus, soit près du tiers de l’humanité. Les grandes exploitations industrielles présentent généralement de meilleurs rendements, mais cela s’explique par leur accès privilégié aux terres, à l’eau, aux financements, aux technologies de pointe, aux nouvelles pratiques, aux investissements et aux subventions octroyées par les fonds publics – et non par leur taille. Une fois tous ces facteurs de productivité pris en compte, il ressort que les petites exploitations sont tout aussi efficaces, voire même plus.

Oxfam nous demande-t-elle de modifier nos habitudes alimentaires, par exemple de ne plus manger de viande ou de manger moins ?

Actuellement, sous l’effet de l’augmentation des revenus et de l’accélération de l’urbanisation, les individus mangent moins de céréales et plus de viande, de produits laitiers, de poisson, de fruits et de légumes. Ce régime « occidental » utilise bien plus de ressources rares : terres, eau et atmosphère, alors même que les consommateurs des pays industrialisés gaspillent des quantités colossales de nourriture, probablement de l’ordre de 25 %.

Un changement sans précédent en faveur d’habitudes alimentaires plus durables doit avoir lieu, aussi bien dans les pays industrialisés que dans les pays émergents. Nous ne prônons pas le « végétarisme », mais il semble clair qu’il faille diminuer la quantité totale de viande rouge consommée dans de nombreux pays riches, par exemple.

Que pense Oxfam de l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (OGM) dans l’agriculture et l’alimentation ?

A ce jour, les Organismes génétiquement modifiés n’ont pas rempli leurs promesses en matière d’augmentation des rendements et n’ont pas transformé les moyens de subsistance des petits exploitants. L’obsession de ceux qui recherchent absolument des « remèdes miracles » et d’autres solutions rapides telles que les OGM, même si l’industrie agro-alimentaire semble leur apporter leur appui, ignore le problème plus général, et bien plus important, dont souffre l’agriculture à petite échelle : le sous-investissement chronique et la marginalisation généralisée par les gouvernements, les organismes internationaux et le secteur privé.

Cela ne signifie pas pour autant que les OGM ne rempliront jamais leurs promesses ou qu’ils n’ont aucun rôle à jouer. Toutefois, de nombreuses autres possibilités se sont révélées efficaces pour augmenter la capacité de production de l’agriculture à petite échelle et celles-ci devraient être considérées de manière prioritaire.

Oxfam préconise-t-elle l’agriculture biologique ? Et si non, pourquoi ?

L’agriculture biologique peut certainement faire partie de la solution. Les pressions exercées sur les terres, les ressources en eau et les écosystèmes peuvent être minimisées grâce à des pratiques qui stimulent les rendements, utilisent les sols et l’eau de manière plus raisonnable et réduisent le recours aux intrants externes – c’est le cas des techniques biologiques. Ces dernières pourraient également permettre de réduire sensiblement l’empreinte carbone de l’agriculture.

Cependant, les investissements destinés aux petites exploitations agricoles devraient être adaptés au contexte particulier des exploitants et exploitantes. Par exemple, les engrais chimiques pourraient être utiles dans les situations où les engrais biologiques sont rares. Les interventions d’Oxfam ont deux facettes : nous travaillons auprès des exploitants et des exploitantes pour réhabiliter leurs sols en y reconstituant la matière organique, mais nous les aidons aussi à accéder aux engrais non biologiques qui fournissent à leurs cultures le reste des nutriments dont elles ont besoin. Au bout du compte, nous travaillons avec les exploitants et les exploitantes pour qu’ils augmentent leur productivité tout en évoluant vers des pratiques recourant le moins possible aux intrants externes.

Quel rôle les entreprises agroalimentaires jouent-elles actuellement dans le système alimentaire ?

Elles définissent les règles du système – souvent aux dépens des producteurs pauvres. Il ne faut pas sous-estimer la responsabilité du secteur privé dans l’établissement des règles qui régissent les relations entre les individus et les marchés. Entre 300 et 500 entreprises – commerçants, transformateurs, fabricants et détaillants – contrôlent 70 % des choix et décisions du système alimentaire mondial, y compris ceux concernant les ressources essentielles telles que les terres, l’eau, les semences, les technologies et les infrastructures. En établissant les règles qui régissent chaque étape des chaînes alimentaires qu’elles dirigent – en terme de prix, de coûts et de normes – elles déterminent qui supporte le plus gros des coûts et le plus gros des risques. Elles soutirent la majeure partie de la valeur créée le long de la chaîne, tandis que les coûts et les risques sont repoussés en aval, sur les acteurs les moins puissants – généralement les agriculteurs et les ouvriers agricoles tout en bas de l’échelle.

Qu’attend Oxfam de la part du secteur privé et des entreprises agroalimentaires ?

Oxfam estime que le secteur privé peut jouer un rôle favorable pour aider à vaincre l’insécurité alimentaire et pourrait tirer de grands profits en trouvant des solutions aux défis que nous rencontrons. Cela signifie d’établir des relations commerciales qui réorientent la valeur créée vers les femmes et les hommes pauvres, grâce à des modalités justes et stables en matière de tarification, et qui facilitent l’accès aux compétences, aux crédits et aux infrastructures. Cela implique également d’appuyer les mesures gouvernementales visant à combattre l’insécurité alimentaire.

L'opération La face cachée des marques, dans le cadre de la campagne CULTIVONS, vise plus particulièrement les grandes entreprises du secteur agroalimentaire, évalue leurs performances selon différents critères, mobilise les consommateurs et leurs clients et encourage ces entreprises à s'améliorer pour prendre la tête de notre classement.