Les marques de vêtements de sport hors jeu !

Publié le : 18 Mai 2006

Alors que les campagnes publicitaires des marques de sport font rage à quelques jours de l'ouverture de la coupe du monde de football en Allemagne, à l'autre bout de la chaîne, les droits des femmes et des hommes qui produisent vêtements et chaussures de sport ne sont toujours pas respectés. Lorsque ces travailleurs essaient de s'organiser dans le but d'améliorer leurs conditions de travail et de vie, ils doivent faire face à des actes d'intimidation et à des renvois abusifs.

Nike paie 13 millions d'euros par an à l'équipe nationale du Brésil et Adidas paie 1,5 million par an à Zinédine Zidane. En même temps, un travailleur asiatique qui produit les chaussures pour ces stars du ballon rond reçoit 47 cents par heure, soit 3,76 € par jour.

Face à ce constat, Oxfam-International vient de publier un rapport sur la liberté d'association dans l'industrie des équipements sportifs en Asie. "Offside! Labour rights and sportswear production in Asia" examine les actions menées par 12 marques de sports dans le but d'assurer, chez leurs fournisseurs, le droit des travailleurs à s'organiser et à négocier collectivement pour de meilleurs salaires et des conditions de travail décentes.

Ces marques sont Adidas, Asics, Fila, Kappa, Lotto, Mizumo, New Balance, Nike, Puma, Reebok, Speedo et Umbro. Dans cette industrie caractérisée par des salaires très bas et des conditions de travail déplorables, les femmes et les hommes qui s'organisent et négocient collectivement ont plus d'influence pour améliorer leur situation.

Le rapport conclut que ces 12 entreprises sont incapables d'assurer le droit des travailleurs à s'associer et à négocier collectivement. Certaines compagnies – Reebok, Puma, Adidas, Nike, Asics et Umbro - prennent des initiatives positives dans le but d'améliorer les conditions dans les usines.

Malheureusement, leur approche du droit d'association des travailleurs reste faible. D'autres entreprises n'ont rien fait. Parmi elles, Fila est la lanterne rouge. Malgré de sérieuses violations du droit du travail rapportées à l'entreprise, Fila ignore les appels des syndicats et organisations de défense des droits des travailleurs qui désirent dialoguer avec la compagnie afin d'aborder ces problèmes.

Des pratiques d'achat contraires au respect des codes de conduite

Les entreprises multinationales de l'industrie de l'équipement sportif ne peuvent créer seules les conditions du respect du droit des travailleurs de s'organiser. Les gouvernements, par la législation, ont également un rôle à jouer.

Pourtant, les gouvernements des pays asiatiques, dans lesquels sont implantées les usines étudiées, font souvent preuve d'une extrême prudence dans la régulation des comportements de ces entreprises. Ils ont peur qu'elles délocalisent leur production et leurs investissements. Pour agir en faveur des droits des travailleurs, les multinationales doivent donc s'engager à diminuer cette pression exercée sur les gouvernements.

En 2004, la campagne "A vos marques, prêts, signez! " - qui a réunis au niveau international la campagne Vêtements Propres, la Confédération Internationale des Syndicats Libres, la Fédération Internationale des Travailleurs du Textile, de la Confection et du Cuir (ITGLWF) et Oxfam – a proposé à la Fédération Mondiale des Industries d'Equipements de Sport (WFSGI) et aux entreprises membres un programme de travail visant à améliorer le respect des droits des travailleurs dans ce secteur.

Les principales recommandations étaient :

  • Créer un système de plaintes accessible et confidentiel pour les travailleurs
  • Proposer de l'information et des formations indépendantes pour les travailleurs à propos de leurs droits
  • Assurer la transparence de la chaîne de sous-traitance et des actions menées pour améliorer les conditions de travail
  • Assurer des relations commerciales stables avec les fournisseurs et des pratiques d'achat (prix et délais) raisonnables
  • Signer un accord cadre avec la ITGLWF afin de faciliter le droit des travailleurs à s'organiser et à négocier collectivement.

En outre, ce rapport recommandait aux marques de sport de :

  • Donner la priorité aux usines syndiquées dans leur chaîne de sous-traitance
  • Interdire, ou de fortement diminuer, l'embauche de travailleurs pour des durées très courtes
  • Garantir, en cas de fermeture d'usine, que les travailleurs reçoivent ce qui leur est dû et qu'il n'y ait pas de discrimination à l'encontre des travailleurs syndiqués quand ils postulent chez d'autres fournisseurs
  • Ne pas délocaliser, ni augmenter la production dans les zones franches où le droit des travailleurs de s'organiser n'a pas de force légale

Les entreprises multinationales devraient également faire tout ce qui est en leur pouvoir pour supprimer les obstacles à la participation des femmes aux syndicats. Elles représentent 80 % de la force de travail dans l'industrie de l'équipement de sport. Les entreprises doivent insister pour que les travailleuses soient traitées sans discrimination.

Les avancées vers ces objectifs ont été fort limitées. Quelques compagnies – Reebok, Puma, Adidas, Nike, Asics et Umbro - ont fait des progrès en faveur d'une plus grande transparence. Elles ont collaboré avec des syndicats et organisations de la société civile pour former des travailleurs à propos de leurs droits . Elles ont également tenté de prévenir les discriminations envers les membres de syndicats dans certaines usines.

Malgré les progrès réalisés par ces entreprises dans certaines usines, les pratiques d'achat de ces multinationales (prix, délais et stabilité de la relation commerciale) vont malheureusement à l'encontre de leurs exigences sociales envers leurs fournisseurs. D'un côté, elles demandent de ne pas dépassés un maximum d'heures supplémentaires, de ne pas avoir recours au travail forcé, de garantir la liberté d'association, des salaires décents et de ne pas harceler ni abuser les travailleurs. De l'autre, elles exigent des délais de livraison extrêmement courts, une flexibilité maximale su les commandes, des prix toujours plus bas et elles imposent des amendes en cas de dépassement des délais.

Ces demandes contradictoires amènent le management des fournisseurs à simuler le respect du code de conduite en formant les travailleurs à mentir sur les condition de travail lors des inspections, en tenant un double registre du personnel, en mentant sur le nombre d'heures supplémentaires prestées et en faisant nettoyer l'usine juste avant l'inspection. Les travailleurs sont donc mis sous pression. Ils sont forcés de faire beaucoup d'heures supplémentaires, payés à un salaire très faible, harcelés, intimidés voir menacés s'ils tentent de s'organiser.

Dans certains cas, les multinationales du sport ont persuadé un fournisseur de permettre aux travailleurs de former un syndicat, mais ces mêmes entreprises ont ensuite stoppé leurs commandes à ce fournisseur. Nike et Puma ont récemment agi de la sorte avec l'usine Lian Thai en Thaïlande.

La plus grande contradiction entre les intentions et les actes des grandes marques de sport est sans nul doute leur décision de s'approvisionner majoritairement dans des pays ou dans des zones franches, qui refusent de donner un statut légal au droit des travailleurs de s'organiser. La tendance croissante chez les fournisseurs asiatiques d'embaucher des travailleurs sous des contrats à très court terme constitue une autre contradiction. En effet, les travailleurs embauchés sous ce régime "flexible" sont extrêmement prudents vis-à-vis de l'action syndicale car ils craignent le non-renouvellement de leur contrat par l'employeur. Sur ce dernier point, les marques de sport demandent à leurs fournisseurs de respecter les lois locales. Seul Reebok va plus loin et possède sa propre politique limitant les possibilités d'employer des travailleurs sous des formes de contrats trop courts et trop flexibles.