Darfour: Appel de personnalités africaines à l'Union Africaine

Publié le : 2 juillet 2007

Les dirigeants africains se réunissent cette semaine à Accra au Ghana, la terre de Kwame Nkrumah pour discuter du futur de l’organisation politique commune, l’Union africaine. Le sommet sera dédié à un seul sujet : le projet de gouvernement continental dont rêvaient les pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine : Nkrumah, Senghor, Nyerere, Nasser...

Les pères fondateurs seraient heureux de voir que l’Afrique va dans la bonne direction, mais ils ne seraient pas très contents de ce que l’on voit aujourd’hui sur le terrain. Le sommet se tient à un moment où des millions d’Africains sont harcelés, violés, tués en toute impunité sur le sol africain. Quatre ans durant, des hommes, des femmes et des enfants ont été tués dans la région du Darfour dans l’Est du Soudan. La violence est maintenant en train de s’étendre au Tchad.

Les populations du Darfour sont toutes africaines- qu’elles soient Fur, Masalit arabes ou de quelque autre tribu- et elles souffrent. Des civils africains sont tués. Des gardiens de la paix africains sont assassinés. Des travailleurs humanitaires africains sont visés et attaqués. Au lieu d’attendre que l’Occident ou l’ONU agissent, ce Sommet doit apporter une solution africaine aux problèmes africains. Les dirigeants africains doivent envoyer un message clair à tous ceux qui sont impliqués dans le conflit pour leur dire que ce qui se passe maintenant ne saurait être toléré plus longtemps, et que si cela continue les responsables seront tenus de rendre compte.

A son crédit, l’Union africaine a envoyé une force pour protéger les populations, mais celle-ci n’a pas réussi à arrêter la tragédie. Les 7000 membres du personnel de cette force font de leur mieux, mais ils n’ont pas les moyens de faire la différence et sont eux-mêmes souvent ciblés. Dix gardiens de la paix africains ont été tués au Darfour depuis le mois de février.

On estime que plus de 200.000 personnes ont été tuées ou sont mortes du fait du conflit. Plus de 2 millions de personnes ont été chassées de leurs maisons par les forces gouvernementales, les milices et autres groupes armés. En 2007 seulement, quelque 140.000 autres ont pris la fuite. La crise est en train de devenir une crise régionale, avec la rapide hausse du nombre de Tchadiens déplacés qui s’ajoutent aux 240.000 réfugiés du Darfour. Au Tchad, c’est le même modèle : viols, tueries, destruction de propriété. Au mois de mars, environ 400 personnes ont été tués dans les villages de Tiero et Marena par des milices. L’armée tchadienne n’a pas réussi à protéger ses citoyens. Ces derniers ont besoin de protection pour prévenir d’autres massacres.

Nous ne pouvons pas dire que nous ne savons pas. Chaque jour, les medias nous disent combien la situation qui était déjà désastreuse s’est détériorée encore au cours de la dernière année. Et pourtant, rien n’a été fait pour améliorer les conditions sur le terrain. Malgré plusieurs accords de paix entre le Soudan et le Tchad, les civils continuent de souffrir d’abus. Nous entendons, voyons et lisons des témoignages sur des personnes qui ont tout perdu. Les ONG réussissent à stabiliser la situation, mais cela ne devrait pas être un permis pour croiser les bras et regarder. Elles ont même averti qu’elles ne pourraient peut être pas continuer plus longtemps si la sécurité ne s’améliore pas. Les réfugiés et les déplacés doivent retourner chez eux et reprendre une vie normale. Vivre dans les camps ne constitue pas une option à long terme. Mais ils ne peuvent rentrer en ce moment sans risquer leurs vies.

Les pays africains ont non seulement une raison, mais un devoir de faire quelque chose car cela se passe sur notre sol. Les Africains sont fatigués de voir leurs dirigeants  croiser les bras et attendre que l’Occident agisse. De Dakar à Nairobi, de Tunis au Cap, le mot est le même : trop, c’est trop.

L’Union africaine n’a pas le droit d’échouer. A sa création, nos leaders avaient promis de promouvoir la paix et la stabilité politique, la bonne gouvernance et la prospérité économique. En regardant le Rwanda, où le monde n’a pas réagi au moment où environ un million d’Africains étaient tués, ils avaient promis que cela ne se reproduirait jamais plus. Ils ont la possibilité de tenir leur promesse au Darfour. Les dirigeants africains qui se rencontrent cette semaine doivent prendre des engagements fermes pour arrêter les massacres et protéger les civils. La politique du «  business as usual » ne va pas arrêter une politique d’assassinats ciblés.

Ce sommet offre une chance extraordinaire. Ce serait un moment de rupture pour une Union africaine agissant sans attendre les Nations Unies ou les gouvernements occidentaux. Les dirigeants africains doivent être prêts pour prendre toutes les mesures nécessaires pour éliminer les racines du conflit dans le continent. Dans le passé, les dirigeants africains ont su rester fermes et ont fait d’énormes sacrifices pour combattre le régime de l’Apartheid en Afrique du Sud.

La tragédie du Darfour constitue l’opportunité parfaite pour les dirigeants africains pour faire preuve de leadership. Ils ont le soutien de tous les individus, les institutions et les gouvernements qui croient au caractère sacré des droits humains et à la sainteté de la vie humaine. Ils doivent savoir que la communauté internationale va soutenir leurs efforts pour faire respecter le droit inaliénable des citoyens s’ils montrent la voie.

SIGNATAIRES

  • Archevêque Desmond Tutu
  • Salif Keita (Chanteur, Mali)
  • T Thandiswa Mazwai (Musicienne, Afrique du Sud)
  • Jimmy Dludlu (Musicien, Afrique du Sud)
  • Rachid Taha (Chanteur, Algérie)
  • Zola (Chanteur, Afrique du Sud)
  • Mohamed Mounir (Chanteur, Egypte Soudan)
  • Angélique Kidjo, (Chanteuse Mali)
  • Emmanuel Jal (Chanteur, Soudan)
  • Chimanda Adichi, (Ecrivaine, Nigeria)
  • Tegla Loroupe (Athlète, Kenya)
  • Baaba Maal (Chanteur, Sénégal)
  • Djimon Hounsou (Acteur, Bénin) 
  • Gamal Nkrumah (Ecrivain, Egypte Ghana)

 

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