Des antipaludéens à l'épicerie

Comment l’AMFm met en danger la santé publique

Publié le : 24 Octobre 2012
Auteur: 
Mohga M. Kamal-Yanni, Responsables des questions de santé et VIH, Oxfam Grande-Bretagne

Les dernières avancées dans la lutte contre le paludisme constituent un grand pas pour le développement. Grâce à l’aide extérieure et au financement interne, la proportion d’enfants dormant sous une moustiquaire en Afrique sub-saharienne est passée de 2 % à 39 % ces dix dernières années. Cela a considérablement réduit le nombre de décès dus au paludisme dans de nombreux pays, notamment en Namibie, au Swaziland, en Éthiopie, au Sénégal et en Zambie, où la mortalité a reculé de 25 à 50 %.

Pourtant, à tout juste quarante mois de l’échéance des objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), ces progrès sont menacés par le soutien de certains donateurs au programme Affordable Medicines Facility–malaria (AMFm). Ce programme, administré par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme depuis 2008, subventionne fortement le traitement le plus efficace contre le paludisme, les combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine (CTA), et promeut la vente de ces médicaments via des fournisseurs privés informels, dont des commerçants et des vendeurs. Mais alors que la phase pilote de l’AMFm touche à sa fin, les donateurs disposent désormais de preuves tangibles des limites de cette forme de subvention et des risques d’un déploiement à plus grande échelle, ainsi que de l’existence de meilleures options pour obtenir des résultats pour les personnes pauvres.

Ce document revient sur les limites et les failles de l’AMFm et explore les changements du paysage du paludisme qui rendent cette initiative obsolète. Il apporte également des éléments en faveur d’approches alternatives pouvant produire de meilleurs résultats sanitaires pour les personnes pauvres. Lors des réunions du Conseil d’administration du Fonds mondial et d’Unitaid prévues fin 2012, il est essentiel que les donateurs prennent une décision basée sur les faits et mettent un terme aux solutions non pertinentes telles que l’AMFm.

Principales recommandations

Pour l’AMFm :

  • Lors de sa réunion en novembre, le Conseil d’administration du Fonds mondial doit décider de mettre un terme à l’AMFm ;
  • Unitaid et le département du Royaume-Uni pour le développement international (les principaux financeurs de l’AMFm) doivent cesser leur financement au terme des engagements actuels (fin 2012) ;
  • si les pays pilotes souhaitent poursuivre la distribution de CTA par le biais du secteur privé, ils devront le faire sur la base d’attributions financières normales du Fonds mondial ou d’autres donateurs.

Pour déployer le traitement antipaludique à plus grande échelle :

Les donateurs doivent investir dans un partenariat public-public entre agents de santé communautaire et centres de soins de santé élémentaires, avec un accent particulier sur la formation et l’encadrement.

Cette approche allie les avantages des méthodes communautaires et de celles du secteur public, tout en évitant toute mise en danger de la santé publique associée à l’implication du secteur privé informel. Elle offre en outre une approche de santé publique permettant de prendre en charge la plupart des fièvres non liées au paludisme. Les points de vente professionnels et réglementés du secteur privé, tels que les pharmacies, peuvent combler les éventuelles lacunes, généralement dans les grandes villes et les villes moyennes.

Cette approche s’appuie sur ce qui fonctionne. Elle a déjà été mise en oeuvre dans des pays tels que l’Éthiopie, la Zambie, le Rwanda et d’autres.

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