Les pays riches font face à une « crise de crédibilité » alors que leurs leaders tentent de s’attaquer aux crises mondiales

“Nous sommes à mi-chemin de la date butoir des objectifs du Millénaire pour le développement le monde contemple une défaite.”
Max Lawson
Conseiller politique d'Oxfam
Publié le : 13 Juin 2008

La crédibilité des ministres des Finances du G8 sera évaluée ce week-end, au moment où le monde attend une action urgente de plus grande envergure pour faire face à la pauvreté au niveau mondial, dans un contexte de modifications climatiques et d'inflation des prix alimentaires.

Oxfam International dévoile aujourd’hui son rapport "Crise de crédibilité – nourriture, pauvreté et modifications climatiques – un programme pour les leaders des pays riches", expliquant que la priorité la plus urgente des ministres est de combler les 30 milliards de dollars qui manquent à l’aide extérieure. Ne pas répondre à cette attente coûtera cinq millions de vies, dit Oxfam*. À Gleneagles en 2005, les leaders du G8 ont promis d’augmenter de 50 milliards de dollars les niveaux d'aide d'ici à 2010.

Le rapport est publié au moment où les ministres des Finances du G8 se retrouvent à Osaka les 13 et 14 juin pour discuter du développement en Afrique et de la crise alimentaire, parmi d’autres problèmes. Oxfam déclare qu’après des années de promesses non tenues, les gouvernements des pays riches ne peuvent plus se soustraire aux promesses qu’ils ont déjà faites s’ils veulent atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement, et garder intacte leur crédibilité.

L’auteur du rapport d’Oxfam, Max Lawson, dit : « Nous sommes à mi-chemin de la date butoir des objectifs du Millénaire pour le développement, et au lieu de se diriger vers une victoire, le monde contemple une défaite. »

Il explique : « Ce sont les mêmes ministres qui ont dépensé plus d’un billion de dollars en six mois pour renflouer leurs propres banques, mais qui ne peuvent pas trouver une fraction de cette somme pour sauver des millions de vies. Avec la récession économique qui rôde, ils ne doivent pas faire payer aux pauvres le prix du reniement de leurs promesses. »

« Les ministres des Finances doivent proposer des augmentations ambitieuses de l’aide au cours du G8 de cet été, afin de tenir leurs promesses et de relever le défi des crises mondiales en cours, de manière à garantir un meilleur avenir pour tous. »

Au sujet de la crise alimentaire, les leaders du G8 doivent aussi s’engager à fournir une assistance financière et à faire en sorte que tout l'argent – y compris les 6 milliards de dollars promis lors du sommet de Rome la semaine dernière – vienne s’ajouter aux engagements d’aide existants.

Oxfam fait également remarquer que la situation est similaire pour les changements climatiques – dans ce domaine, une grande partie de l’argent promis pour aider les communautés pauvres à affronter les effets des modifications des conditions météorologiques est simplement prise sur les budgets d’aide existants, ou transformée en prêts.

« Les pays pauvres doivent faire face à une triple injustice », dit Vicky Rateau, chef de la délégation d’Oxfam International au G8 de cette année au Japon. « Non seulement ils doivent payer pour la pollution des pays riches, mais le peu d’argent qui est destiné à les aider est détourné de l’aide qui est déjà promise et tellement nécessaire. Et enfin, le comble de l’injustice est qu’on leur demande de rembourser cet argent avec des intérêts. »

Oxfam propose un programme pour le G8 de cette année, qui comprend :

  • Un appel au G8 pour l’arrêt de l’utilisation de nourriture comme carburant, et pour une aide aux agriculteurs pauvres : un accord sur le gel de tous les nouveaux objectifs relatifs aux biocarburants, et une réévaluation urgente des objectifs existants, ainsi que le démantèlement des subventions et des exemptions de taxes qui favorisent le détournement de la production agricole. Oxfam estime que 14,5 milliards de dollars sont nécessaires pour mettre en place une assistance immédiate pour au moins 290 millions de personnes menacées par l’augmentation du prix des denrées alimentaires, ainsi qu’un plan à long terme d'investissement massif dans les systèmes agricoles des pays en voie de développement. On ne sait pas bien si les 6 milliards de dollars promis au sommet de Rome sont en plus, ou proviennent d'engagements existants, et quelle est la chronologie prévue pour leur mise en œuvre.
  • Le Japon, la France et l’Allemagne doivent augmenter leurs dépenses destinées à l’aide pour atteindre 0,7 % de leur investissement national brut. En 2005, les pays riches ont promis d’augmenter l’aide de 50 milliards de dollars annuellement jusqu’en 2010. Depuis lors, ils ont fait très peu pour atteindre cet objectif, il manque la somme énorme de 30 millions de dollars. Les donneurs riches doivent améliorer la qualité de leur aide et accepter qu’elle soit surveillée par les Nations Unies.
  • Des fonds doivent être débloqués pour offrir des services publics de haute qualité – santé, éducation, eau, hygiène – dans les pays en voie de développement. Les pays du G8 doivent apporter leur soutien à des projets qui permettront d’embaucher 4,25 millions de travailleurs de santé, dont le rôle est indispensable dans la guerre contre la pauvreté.
  • Une action urgente est nécessaire immédiatement, pour réduire les émissions et par conséquent minimiser l'impact des modifications climatiques. Le G8 doit donner l'exemple aux autres pays riches, en réduisant les émissions de carbone chaque année d'ici à 2015 au plus tard***. Des fonds doivent être mis à disposition des pays pauvres, pour leur permettre de s’adapter aux conséquences des modifications climatiques, en plus des aides et sous forme de subvention. Il faut que de l’argent soit mis à disposition par le fonds des Nations Unies, afin qu’il puisse être dépensé là où il est le plus nécessaire.

Vicky Rateau conclut : « Si aucune action n’est menée pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de façon importante, non seulement ce sera un pas en arrière dans le combat contre le réchauffement climatique, mais les conséquences sur les plus pauvres au monde seront dévastatrices. Cela pourrait effacer toutes les avancées qui ont été faites au cours des dernières décades pour vaincre la pauvreté. »

Notes aux rédactions

* D’après les derniers chiffres de l’Organisation mondiale de la Santé et d’ONUSIDA, Oxfam a calculé que le manque de 30 milliards de dollars – confirmé en avril 2008 par l’OCDE – pourrait suffire à prodiguer les soins de santé vitaux pour les enfants, les mères et les personnes atteintes par le VIH et le SIDA, et sauver cinq millions de vies en 2010 seulement, ainsi qu’inverser la propagation du VIH et du SIDA.

** Oxfam estime que 50 millions de dollars sont nécessaires – en plus des engagements concernant l’aide – en financement destiné à l’adaptation afin que les pays pauvres – qui sont déjà ceux qui ressentent le plus fortement les conséquences, puissent mieux s’en sortir.

*** Oxfam pense que de manière à rester aussi loin que possible en dessous des deux degrés Celsius, les pays riches doivent réduire leurs émissions de 25 à 40 % au-dessous des niveaux de 1990 d’ici à 2020, et au niveau mondial les émissions doivent retomber à 80 % au-dessous des niveaux de 1990 d’ici à 2050.