Unes femmes à Mtamba, Tanzanie. Crédit: Aubrey Wade/Oxfam
Les plus pauvres sont touchés le plus durement par ces effets

Les agrocarburants ne sont pas la réponse aux changements climatiques

“Dans le contexte actuel de crise alimentaire, l’agriculture doit avant tout assurer la sécurité alimentaire”
Publié le : 27 Juin 2008

Les agrocarburants ne sont pas la réponse aux changements climatiques, ni à la crise pétrolière. Oxfam publie aujourd’hui son rapport « Une autre vérité qui dérange ». Il évalue les politiques actuelles en matière d’agrocarburants en apportant une attention particulière à leur impact sur les pays du Sud.


Le rapport établit que la politique en vigueur mène à l’insécurité alimentaire et à l’inflation, et ne répond en aucune manière aux crises climatique et pétrolière. Les plus pauvres sont touchés le plus durement par ces effets. La hausse mondiale des prix alimentaires serait également due, à hauteur de 30%, aux évolutions que connaît le marché des agrocarburants.

Pas une solution


La demande croissante en agrocarburants accroît en réalité les problèmes climatiques. Les cultures destinées aux agrocarburants, comme l’huile de palme, prennent la place des puits de carbone que sont les forêts et les sols tourbeux. L’utilisation de ces sols pour les nouvelles cultures est responsable d’une augmentation des émissions de gaz à effet de serre. Oxfam estime que l’objectif de 10% de consommation d’agrocarburants fixé par l’UE augmentera les émissions de telle sorte qu’en 2020 elles seront 70 fois supérieures aux émissions que l’UE espèrait éviter en ayant recours aux agrocarburants.


Le rapport établit également que les agrocarburants ne représentent pas non plus l’instrument adéquat pour diminuer la dépendance alimentaire des pays riches. Même si l’ensemble de la production mondiale de sucre et de grain était transformée en éthanol, nous ne pourrions baisser notre consommation d’essence et de diesel que de 40%. Les autorités ne peuvent pas utiliser les agrocarburants comme prétexte pour repousser la prise de mesures urgentes en matière d’énergie et de transport. Souvent moins chères, des mesures telles que l’investissement dans les transports publics et l’utilisation intelligente de l’énergie doivent parvenir à réduire la demande toujours croissante en carburants fossiles. Les pays riches doivent aussi mettre fin aux subsides et avantages fiscaux liés à l’utilisation d’agrocarburants.


La production d’agrocarburants a souvent lieu, dans le Sud, dans des conditions écologiques et sociales qui laissent à désirer. Le rapport montre, au moyen d’un certain nombre d’exemples, comment sont bafoués les droits liés à la terre ainsi que les normes fondamentales régissant le travail. Une telle production extensive, sans souci de durabilité et destinée à l’exportation vers les pays riches, n’est pas susceptible d’aider les pays en développement. Dans le contexte actuel de crise alimentaire, l’agriculture doit avant tout assurer la sécurité alimentaire.

Une production pour le Sud


La production à petite échelle d’agrocarburants, non destinée à l’exportation mais bien à répondre à un manque énergétique en région rurale, est bien plus envisageable. Oxfam recommande aux pays en développement d’être très prudent en ce qui concerne les politiques liées aux agrocarburants. Toutes les conséquences économiques, écologiques et sociales de telles décisions doivent être analysées en détail. Les entreprises également sont appelées à prendre leurs responsabilités. Avant le démarrage de leurs projets, elles doivent informer suffisamment les communautés locales et obtenir leur assentiment. De plus, les projets menés doivent contribuer au meilleur approvisionnement énergétique des régions rurales reculées.


Les pays riches doivent rapidement revoir les objectifs fixés en matière d’utilisation d’agrocarburants et procéder au gel immédiat de toute nouvelle initiative en la matière. L’Europe a encore la possibilité d’adapter sa politique en matière d’agrocarburants, dans le cadre de la Directive Energie Renouvelable, à une vision axée sur le développement durable. Les implications sociales doivent faire partie de cette démarche au même titre que les aspects écologiques. En juillet, le projet de Directive sera voté au sein de deux commission du Parlement européen. L’UE espère encore arriver à une décision en la matière avant la fin de cette année.

Notes aux rédactions

Le Rapport "Une autre vérité qui dérange".