Tchad: l'ONU incapable de protéger les civils

“Le Tchad mérite mieux que des sparadraps.”
Roland Van Hauwermeiren
Directeur d’Oxfam Grande-Bretagne au Tchad
Publié le : 10 Septembre 2008

Dans un rapport rendu public aujourd’hui, Oxfam prévient que la force de protection sous mandat des Nations unies dans l’Est du Tchad est incapable de faire face à l’insécurité générale qui laisse un demi million de personnes vulnérables à la merci d’attaques et d’exactions. Un an après les débuts de la mission, la composante de police n’est toujours pas opérationnelle et les troupes européennes sont à la peine face au désordre et au banditisme grandissant.

"Mission non-accomplie : les populations civiles demeurent en danger à l'Est du Tchad" évalue l’efficacité de la force de protection onusienne un an après sa création et décrit une mission marquée par de graves retards dans son déploiement, des obstacles bureaucratiques et un manque de coordination. Il en ressort que près d’un demi million de personnes vulnérables qui ont dû fuir leurs foyers à cause du conflit au Darfour et au Tchad ne sont pas suffisamment protégées et sont exposées quotidiennement aux attaques, aux vols et aux viols.

Vide sécuritaire

La mission, mandatée par le Conseil de Sécurité des Nations unies en septembre 2007, est constituée d’une composante de police, la MINURCAT, en charge de la sécurité à l’intérieur des camps de réfugiés et des sites de personnes déplacées, et d’une force militaire européenne (EUFOR), en charge de la sécurité générale. A ce jour, seuls 320 policiers tchadiens ont été formés afin d’assurer la sécurité mais doivent encore être déployés. Ce vide sécuritaire et judiciaire entraîne une recrudescence des attaques contre les travailleurs humanitaires et les populations civiles par des  bandits pouvant voler et tuer sans craindre de représailles.

« Après avoir fui la violence au Darfour et au Tchad, ces gens croyaient avoir trouvé un refuge, mais l’Est du Tchad est un territoire instable qui échappe à la loi ; ces personnes vivent désormais enfermées dans les camps, dans un état de peur permanente. Chaque jour, des gens sont confrontés au vol de bétail, à des attaques, des vols et des viols. Ils ont peur d’aller cultiver leurs champs ou de ramasser du bois de chauffe. Les troupes de l’EUFOR font leur travail en s’efforçant de contenir la violence, mais elles ne peuvent y parvenir seules et ont besoin de toute urgence du soutien de la composante de police de la mission qui avait été promise » a déclaré Roland Van Hauwermeiren, le directeur d’Oxfam Grande-Bretagne au Tchad.

Le rapport, basé sur des entretiens avec des réfugiés et des déplacés, des experts régionaux et des travailleurs humanitaires, conclut que l’EUFOR, qui est presque entièrement déployée, a permis à de nombreuses personnes de se sentir davantage en sécurité en patrouillant le long des routes principales, en détruisant les munitions non explosées et en positionnant des bataillons autour des camps lors des combats entre troupes rebelles et gouvernementales. Mais l’EUFOR est seule sur le terrain et, en tant que force militaire, et non pas de police, est moins à même de faire face à la montée du banditisme et de la criminalité.

S'attaquer aux véritables causes de l’insécurité

« L’Union européenne (UE), et en particulier la France, en tant que principal pays contributeur de troupes de l’EUFOR et partenaire traditionnel du gouvernement tchadien, doit s’assurer de la pertinence de la réponse de la communauté internationale à la crise tchadienne. La France et l’UE ont déployé des troupes mais, jusqu’ici, elles n’ont pas réussi à s’attaquer aux véritables causes de l’insécurité au Tchad. L’UE, en tant qu’important bailleur de fonds de la MINURCAT, doit veiller à ce que cette dernière soit déployée et mandatée afin de renforcer l’Etat de droit. La France, au sein de l’UE et du Conseil de Sécurité de l’ONU, devrait plaider en faveur de solutions davantage de long terme » a déclaré Nicolas Vercken, de l’ONG Oxfam France – Agir ici.

Alors que le mandat de la mission arrive à échéance et doit être renouvelé le 24 septembre, Oxfam en appelle au Conseil de Sécurité des Nations unies afin qu’il garantisse que la mission soit en mesure de gérer la situation sécuritaire actuelle à l’Est du Tchad et qu’elle procure aux populations la protection dont elles ont urgemment besoin. Pour cela, il doit :

  • déployer immédiatement la MINURCAT et accélérer les formations
  • modifier et renforcer le mandat initial de la MINURCAT afin de déployer des unités de police onusiennes dans les camps pour combler le vide sécuritaire à court terme
  • étendre  le mandat de la MINURCAT à l’ensemble du pays, et non uniquement à l’Est, afin de pouvoir renforcer les capacités judiciaires et administratives, ainsi que de promouvoir les droits de l’homme et l’équité entre les sexes.

Oxfam en appelle également à la communauté internationale afin qu’elle commence à oeuvrer en faveur d’une solution négociée à la crise tchadienne. Sans une paix globale et inclusive, ainsi qu’un réel processus de démocratisation, la violence continuera à décimer les populations civiles à l’Est du Tchad.

Pour un processus de paix inclusif

“Le Tchad mérite mieux que des sparadraps. Si les causes structurelles de cette crise prolongée ne sont pas traitées, la mission aura inutilement gaspillé des ressources et mis en péril la vie de son personnel. Le Conseil de Sécurité des Nations unies doit charger le Représentant Spécial des Nations unies au Tchad de développer un processus de paix inclusif, car c’est seulement avec un tel mandat politique que la mission sera véritablement en mesure de protéger les gens et de garantir le futur du Tchad » a ajouté R. Van Hauwermeiren.

Notes aux rédactions

1. Les trois volets de la mission des Nations unies à l’Est du Tchad :

  • La MINURCAT, la mission des Nations unies en République Centrafricaine et au Tchad, qui comprend des formateurs de police onusiens et du personnel civil, chargée d’aider à construire le système judiciaire tchadien et de surveiller la situation relative aux droits de l’Homme ;
     
  • La mise en place d’une nouvelle force de police et de gendarmerie tchadienne de 850 hommes, le Détachement Intégré de Sécurité (DIS). Les personnels du DIS doivent être formés et encadrés par la police des Nations unies afin de garantir 24h / 24  la sécurité dans les camps de réfugiés et les sites de déplacés ;
     
  • L’EUFOR, une force militaire de l’Union européenne de 3 700 soldats. Conçue à l’origine pour créer la vaste zone de sécurité nécessaire au déploiement des deux premières composantes de la mission, elle est également mandatée pour « contribuer à la protection des civils en danger, en particulier les réfugiés et les personnes déplacées »

2 . Près d’un demi million de personnes, des réfugiés du Darfour mais également des personnes fuyant des conflits internes tchadiens, ont été déplacées à l’Est du Tchad.

Plus de 160 000 personnes à l’Est du Tchad bénéficient des programmes d’aide d’urgence d’Oxfam : accès à l’eau potable, assainissement, programme alimentaire ou promotion de la santé publique.