2004: un jeune cantonnier kenyan se repose, son arme à la main. Crédit: Simon Nangiro/Oxfam
Le traité sur le commerce des armes est actuellement en discussion aux Nations unies.

Les transferts irresponsables d’armes aggravent la pauvreté

“Deux tiers des pays qui risquent de ne pas atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement sont en guerre.”
Publié le : 8 Octobre 2008

"Les engagements pris à l’échelle mondiale pour réduire la pauvreté et améliorer les conditions de vie des plus pauvres ne pourront être tenus si la communauté internationale ne prend pas des mesures urgentes pour contrôler les transferts d’armes", affirme Oxfam dans un rapport rendu public aujourd’hui.

Le rapport « Les OMD flingués » affirme que le commerce irresponsable d’armes empêche de nombreux pays d’atteindre les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et démontre que ses conséquences à long terme sont bien plus importantes que les conflits et la violence armée.

De nombreux pays autorisent des ventes d’armes sans en mesurer l’impact sur la pauvreté. Certains gouvernements achètent également des armes à des prix élevés, ce qui les endette encore davantage et réduit drastiquement leurs ressources à allouer à la lutte contre la pauvreté.

Le manque de transparence et de responsabilité dans le commerce des armes facilite la corruption et le gaspillage. Il vide les caisses des Etats des sommes qui auraient pu améliorer la vie de leurs populations.

Le traité sur le commerce des armes (TCA), qui va prochainement faire l’objet de débats cruciaux aux Nations unies, pourrait permettre de stopper un transfert d’armes qui remettrait en cause le développement d’un pays.

“Les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sont des objectifs de base qui visent à garantir une vie décente à tous les humains. De nombreux pays ne parviennent pas à les atteindre. Le commerce non-contrôlé des armes en est une des raisons » a déclaré Jeremy Hobbs, directeur d’Oxfam International.

Tout en prolongeant et attisant les conflits, le commerce irresponsable des armes alimente la corruption et détourne d’importants fonds qui pourraient bénéficier à des populations particulièrement vulnérables en finançant par exemple des hôpitaux, des écoles et d’autres infrastructures.

Oxfam ne s’oppose pas au commerce des armes dans les cas de légitime défense ou de politiques de défense. Mais pour l’instant, les réglementations en la matière sont archaïques et chaotiques et ce business non-régulé détruit les espoirs de vie meilleure de millions de personnes.

A problème mondial, solution mondiale. Un traité sur le commerce des armes est non seulement nécessaire mais tout à fait possible. Il ne manque qu’une volonté politique. Tous les gouvernements doivent accepter d’avancer rapidement dans les négociations.

Le nouveau rapport d’Oxfam démontre le lien entre conflit armé, ventes irresponsables d’armes et échecs en matière de développement.

Deux tiers des pays qui, selon toute vraisemblance, n’atteindront pas les objectifs du Millénaire pour le développement sont actuellement en guerre ou sortent tout juste d’un conflit.

Des pays comme le Burundi, qui ne produisent pas d’armes, sont fortement touchés par les transferts ou la contrebande d’armes de l'étranger. Ceux-ci se sont poursuivis même lorsque les guerres civiles avaient tué des personnes et détruit les infrastructures de base. Résultat, le Burundi n'est pas en bonne voie pour atteindre aucun des objectifs du Millénaire pour le développement.

D’autres pays ont creusé leurs dettes nationales en achetant des armes à tours de bras ou jeté leur argent par la fenêtre dans la corruption qui peut facilement entourer les ventes d’armes. Souvent, les dépenses militaires sont cachées au public  ou même à l’examen minutieux des gouvernements, ce qui engendre inefficacité et réduction des fonds disponibles pour le développement.

La Turquie, dont la dette publique était semble-t-il  de 15.8 milliards de dollars en 2000. Son budget national est en conséquence très serré et les projets en faveur d’une sécurité sociale et de la réduction de la pauvreté touchés.

Le traité sur le commerce des armes (TCA) est actuellement en discussion aux Nations unies. Au cours du mois d’octobre, les Etats débattront des prochaines étapes du processus, Oxfam exhorte l’ensemble des gouvernements à avancer le plus vite possible dans les négociations et demande à ce que le traité inclue des critères clairs sur le commerce des armes prenant en compte leurs effets sur le développement durable et les objectifs du Millénaire pour le développement.