Oxfam accueille favorablement la première expédition mondiale d’huile de palme durable

“Cette première expédition est une goutte d’eau dans l’océan du commerce mondial de l’huile de palme, mais c'est un premier pas.”
Adrie Papma
porte-parole d’Oxfam
Publié le : 11 Novembre 2008

Les premières expéditions mondiales d’huile de palme certifiée durable ont quitté la Malaisie à destination des Pays-bas, où elle sera utilisée par les supermarchés et les fabricants européens de produits de consommation.

L’expédition de 500 tonnes, devant arriver au port d’ici la fin du mois, est le point culminant d’un projet international de 5 années, nommé « Table Ronde sur l’Huile de Palme durable » (RSPO, Roundtable on Sustainable Palm Oil). L’agence Oxfam est membre du Comité de direction et 340 membres participent à cette initiative, y compris des détaillants, des banques, des ONG et des producteurs de palmiers à huile, ces derniers représentant actuellement 50 % de la production mondiale d’huile de palme.

La Table Ronde cherche à établir des protections pour des millions de communautés, d’agriculteurs et d’ouvriers, parmi les plus pauvres au monde, contre la mainmise sur les terres et les expulsions, l’exploitation et la pauvreté des conditions de vie, les maigres revenus, et les effets environnementaux désastreux comme la déforestation. Les valeurs clés de cette Table Ronde sont la transparence et l’engagement des parties prenantes.

« La première expédition est littéralement une goutte d’eau dans l’océan du commerce mondial de l’huile de palme, mais il s’agit d’un premier pas visant à aider des millions de femmes et d’hommes vulnérables, vivant dans la pauvreté. Notre objectif est que 50 % du commerce mondial de l’huile de palme puisse être certifié « durable » d’ici 2013. Les gouvernements, les négociants, les investisseurs, les fabricants, les détaillants et les consommateurs doivent à présent soutenir cette initiative pour qu’elle puisse réussir », déclare Adrie Papma, porte-parole d’Oxfam.

« La RSPO ne réglera jamais les problèmes liés à l’huile de palme (le principal étant la non maîtrise de la demande mondiale) mais les petits exploitants et les ouvriers agricoles devraient toutefois pouvoir en profiter », déclare Adrie Papma. « La RSPO ne doit pas devenir un moyen pour faire de l’écoblanchiment, et le regard scrutateur de la société civile envers la RSPO et ses membres jouera un rôle fondamental pour y veiller. »

L’huile de palme est utilisée principalement comme « huile végétale » dans les produits de consommation comme les biscuits, le shampooing et les produits frits surgelés. Selon les estimations, la moitié des produits de consommation sous emballage dans les supermarchés contiennent de l’huile de palme. Près de 40 millions de tonnes d’huile de palme d’une valeur supérieure à 20 milliards de dollars sont produites chaque année dans le monde (85 % provenant d’Indonésie et de Malaisie) et exportées vers l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie.

La Table Ronde a été établie pour le commerce de produits alimentaires mais l’huile de palme est également utilisée de plus en plus comme biodiesel et comme carburant pour la production d’énergie. Oxfam est préoccupé par le fait que cela pourrait conduire à une expansion d’une ampleur inadmissible, tout en créant des problèmes environnementaux et sociaux supplémentaires.

Des millions de petits exploitants approvisionnent les fabriques d’huile de palme. Près de 10 millions d’hectares de terres sont aujourd’hui cultivées. Cette superficie augmente rapidement, ce qui conduit au déplacement en masse des communautés et à une déforestation galopante. « Au lieu de profiter des opportunités commerciales, plusieurs millions de personnes ont été prises au piège du cycle de la pauvreté, perdant leurs terres ou se retrouvant coincées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales par de puissants producteurs et négociants », ajoute Adrie Papma.

Oxfam et d’autres ONG de la RSPO ont contribué au développement de critères, de règles de certification fiables et de mécanismes commerciaux concrets. La certification RSPO (lorsqu’elle sera largement adoptée à la fois par les producteurs et les acheteurs) aidera à garantir aux fabricants que leur huile de palme n’est pas produite sur des terres prises à des communautés contre leur volonté et que les petits exploitants sont traités de manière équitable par les fabriques et les acheteurs, et que des conditions de travail convenables prévalent. Pour obtenir la certification RSPO, les producteurs devront également avoir prouvé qu’ils ont arrêté l’abattage de la forêt vierge depuis novembre 2005. Les grandes corporations devront systématiquement certifier toutes leurs plantations, pas seulement leurs principales plantations.

L’année prochaine, Oxfam attend et espère que les parties prenantes auront présenté des exemples de cas types au système de plaintes de la RSPO. « La RSPO n’est qu’un début. Nous sommes bien conscients que les producteurs et les négociants irresponsables poursuivront leurs pratiques non durables. Nous avons à présent besoin d’un contrôle plus fort de la part des gouvernements nationaux et d’une action collective de la part des entreprises. Mais petit à petit, nous espérons pouvoir commencer à faire changer les choses », déclare Adrie Papma.

Notes aux rédactions

Les ONG sociales ou de développement suivantes, membres de la RSPO, ont fait part des commentaires ci-dessous : Sawit Watch, Indonésie :« Début 2008, nous surveillions plus de 500 conflits entre une communauté et les entreprises de plantation de palmiers à huile en Indonésie. Nous espérons que la mise en œuvre de la RSPO aidera à résoudre ces conflits et à éviter que de nouveaux conflits se produisent entre les membres. Nous continuerons à surveiller les problèmes pour veiller à ce que la RSPO soit à la hauteur de la confiance du public », a déclaré Abetnego Tarigan, directeur adjoint.Scale Up (partenariat pour le développement social durable), Indonésie :« Les plantations de palmiers à huile menacent la poursuite de la production alimentaire dans les villages, car les terres fertiles pour les récoltes alimentaires ont diminué ou ont tout simplement disparu avec l’arrivée des entreprises de plantation de palmiers à huile saisissant les terres de force. Un engagement sérieux de la part des membres de la RSPO est nécessaire pour résoudre les conflits sociaux découlant de cette situation, mais aussi pour éviter que d’autres conflits ne se produisent avec les communautés », a déclaré Ahmad Zazali, directeur général. Borneo Child Aid Society/Humana, Malaisie :« La majorité des enfants des plantations manquent complètement d’éducation. Cette question doit être ajoutée avec fermeté à l’ordre du jour et aux critères de la RSPO. La durabilité ne peut être atteinte qu’en prenant soin de ces enfants et en les éduquant comme il se doit », a déclaré Torben Venning, directeur. Both ENDS, Pays-Bas :« Le défi auquel nous devons aujourd’hui faire face est de veiller à ce que les individus au niveau des communautés et des entreprises de plantation (du PDG au responsable de la plantation) développent leur capacité à entamer de sérieuses négociations sur leurs revendications concurrentes concernant les terres, et soient disposés et équipés pour régler les différends. À de nombreux égards, il s’agit d’une mesure clé pour garantir le succès de la RSPO », a déclaré Paul Wolvekamp, directeur adjoint.