Camp de Farchana en 2004. Cinq ans plus tard, 180.000 déplacés dépendent directement de l'aide alimentaire. Crédit: Jane Beesley/Oxfam
La communauté internationale doit promouvoir une paix inclusive

Passage de relais UE – Nations unies : l’insécurité persiste au Tchad

“La nouvelle force doit faire de la lutte contre l’insécurité sa priorité. Les femmes sont victimes d’attaques et de viols lorsqu’elles partent à la recherche de nourriture pour leurs familles.”
Pauline Ballaman
Responsable des programmes d’urgence au Tchad, Oxfam
Publié le : 13 Mars 2009

La paix est toujours illusoire dans l’atmosphère tchadienne très volatile

Alors que la force européenne au Tchad est sur le point de passer le relais à la mission de l’ONU le 15 mars, Oxfam International affirme que l’insécurité des civils et le banditisme continuent de sévir à l’Est du Tchad.


Bien que le déploiement des soldats de l’Union européenne, l’année dernière, ait contribué à ramener un sentiment de sécurité au sein d’une partie de la population, la situation sécuritaire sous-jacente ne s’est pas améliorée de manière significative. Oxfam International ici souligne que l’actuel processus de paix et de démocratisation est dans l’impasse, mettant en danger la sécurité des civils à travers le pays. La nouvelle force (MINURCAT II) souffrira des mêmes défauts que son prédécesseur si elle n’adopte pas une approche plus globale.


« Les crimes demeurent impunis et le banditisme une réalité à laquelle des milliers de civils sont confrontés au quotidien. Les soldats de l’ONU doivent faire preuve de détermination et réagir contre ces violations dès leur arrivée au Tchad. La MINURCAT devrait contribuer à résoudre la situation sécuritaire en s’attaquant directement aux pillages et au banditisme rampants», déclare Pauline Ballaman, responsable des programmes d’urgence d’Oxfam International au Tchad.


Selon Oxfam International les violences sexuelles augmentent et les groupes armés continuent de recruter des enfants soldats en toute liberté. De récents affrontements interethniques au Nord Est du Tchad ont blessé et déplacé de nombreuses personnes et forcé les familles à fuir leurs foyers. Les femmes ont quant à elles peur de quitter les camps pour cultiver leurs champs et ramasser du bois de chauffe.
 

Oxfam International relève également que les organisations humanitaires sont désormais des cibles délibérées et que, suite à des attaques contre leurs personnels et leurs opérations, elles sont contraintes dans certains cas de suspendre des opérations et d’abandonner à elles-mêmes les populations. Depuis le mois de novembre dernier, on enregistre en moyenne 25 attaques chaque mois, alors que plus de 10 attaques contre des travailleurs humanitaires ont été déclarées depuis le début de l’année 2009. Plusieurs ONGs ont dû temporairement suspendre leurs opérations à cause du haut niveau d’insécurité.


« La nouvelle force onusienne doit faire de la lutte contre l’insécurité à grande échelle sa priorité. Les habitants continuent de vivre dans la peur et l’insécurité au Tchad. Les femmes sont victimes d’attaques et de viols lorsqu’elles partent à la recherche de nourriture pour leurs familles et les travailleurs humanitaires subissent également de plus en plus d’attaques.», commente Pauline Ballaman.


La communauté internationale et l’UE en particulier doivent intensifier leurs efforts pour promouvoir un processus de paix inclusif.


« L’Union européenne, en tant que négociateur de l’Accord du 13 août, devrait promouvoir une paix inclusive. La société civile, les groupes armés, ainsi que les dirigeants traditionnels et religieux doivent être rassemblés pour régler les causes profondes du conflit. Sans un processus politique global, il n’y aura pas de paix durable au Tchad » affirme Nicolas Vercken, d’Oxfam France – Agir ici.


L’association exprime également ses craintes après la décision du Soudan de révoquer les autorisations de travail de 13 ONGs internationales au Nord du Soudan, ce qui est susceptible de provoquer de nouvelles arrivées, les réfugiés soudanais recherchant aide et protection au Tchad. On compte déjà plus de 250 000 réfugiés soudanais, 180 000 déplacés internes (IDPs) et environ 70 000 réfugiés de République centrafricaine au Tchad. Oxfam International s’inquiète quant à la capacité tchadienne d’absorber encore davantage de réfugiés alors que la situation sécuritaire demeure des plus instables. 
 

Information supplémentaire: Oxfam et la crise au Tchad