Adaha assise chez elle et parlant du besoin d’égalité entre les hommes et les femmes dans le village d’Intedeyn, Mali. Credit: Ami Vitale/Oxfam
Les pays en voie de développement chancellent face à la diminution spectaculaire du commerce

Les sommes allouées au redressement des banques pourraient mettre fin à la pauvreté durant 50 ans

“Quand on voit les sommes qui ont été affectées au sauvetage des banques, cela semble inconcevable que les dirigeants du G20 laissent la crise détruire la vie des populations les plus pauvres ”
Barbara Stocking
Directrice, Oxfam
Publié le : 1 Avril 2009

Les 8, 420 milliards de dollars promis par les gouvernements des pays les plus riches pour remettre à flot les banques suffiraient à mettre fin à l’extrême pauvreté dans le monde pendant 50 ans, mais contribueraient également massivement à y mettre un frein de manière définitive, déclare Oxfam à la veille du G20 de Londres.

En décidant d’allouer une petite fraction de l’argent destiné à remettre sur pied les banques, les dirigeants du G20 pourraient prendre des mesures conséquentes en faveur des habitants des pays les plus pauvres de la planète, en participant à la création de stimulus économiques, de services sociaux et de services de santé pour les personnes touchées par la crise, selon Oxfam.

Oxfam en appel à la création d’un plan de sauvetage de 580 milliards de dollars par an pour les pays pauvres. Cela serait possible par la création d’un stimulus fiscal immédiat d’au moins 24 milliards de dollars, une annulation de la dette et par la réalisation des promesses faites concernant l’augmentation de l’aide au développement (objectifs du millenium).

Il est également nécessaire de prendre des mesures urgentes contre les paradis fiscaux, qui privent les pays pauvres de centaines de millions d’euros de recette fiscale, des sommes bien supérieures à l’aide au développement perçu.

Barbara Stocking, directrice générale d’Oxfam, déclare : « Quand on voit les sommes qui ont été affectées au sauvetage des banques, cela semble inconcevable que les dirigeants du G20 se détournent et laissent la crise économique détruire la vie des populations les plus pauvres ».

« Les pays en voie de développement chancellent face à la diminution spectaculaire du commerce, à l’affaiblissement des sommes envoyées par leurs diasporas, et à la réduction des investissements étrangers. Les gouvernements des pays riches qui ont contribué à la crise ont le devoir d’aider ceux qui n’ont pas les moyens de financer un plan de sauvetage.

Sans actions urgentes de notre part, des centaines de millions de personnes comptant parmi les plus pauvres de la planète s’enfonceront encore un peu plus dans la pauvreté. Pour quiconque, perdre son emploi est une tragédie, mais pour les millions de personnes dans les pays pauvres qui ne bénéficient pas d’aides sociales pour amortir la crise, le chômage signifie l’exclusion totale. »

Un rapport d’Oxfam publié cette semaine révèle que les femmes sont touchées plus durement que les hommes et sont souvent les premières à perdre leur emploi quand le pays glisse dans la récession. Pour de nombreuses personnes vivant dans ces pays pauvres, la récession vient se greffer à une situation déjà critique, les prix de l’essence et de la nourriture les ayant déjà menées au bord de la rupture.

Oxfam demande aux gouvernements des pays riches de promouvoir un « Green New Deal », qui permettrait de s’assurer que leurs plans de sauvetage aident à enrayer le dérèglement climatique, et à accélérer la transition vers une économie pauvre en émission carbonique.

Oxfam demande également une réforme des institutions financières internationales, y compris de la Banque Mondiale et du FMI (Fond Monétaire International), afin de donner aux pays en voie de développement une voix au chapitre dans la prise de décision qui les concernent.

Stocking déclare que : « Nous ne pouvons revenir à une situation où la cupidité des plus riches prend le pas sur les besoins de millions de personnes. Les dirigeants du G20 ont ici la réelle opportunité de faire le premier pas vers un monde plus juste et plus durable ».

 

Notes aux rédactions

Les 8,42 milliards, constitués d’injections de capital, d’achat d’actifs toxiques, de subventions, de prêts et de cautions, représentent 1, 250 dollars pour chaque homme, femme et enfant de la planète. Le coût annuel pour que les 1,4 millions de personnes vivant avec moins de 1, 250 dollars par jour franchissent ce seuil est de 173 milliards de dollars.