La population suit un processus d'enregistrement exhaustif.  pour quitter le camp de Kibati, en direction d'un nouveau camp, à l'ouest de Goma, qui dans six mois aura la capacité d'accueillir 60 000 personnes. Credit: Ian Bray/Oxfam
Oxfam procure de l'eau, des soins sanitaires, et des soins de premiere urgence.

La situation dans la région Est de la RDC est aussi grave qu’en 2008

“Ces terribles tragédies humaines se produisent dans des régions éloignées, loin des caméras de télévision, mais la souffrance n’en est pas moins réelle pour ceux et celles qui la subissent.”
Marcel Stoessel
Directeur d' Oxfam Grande Bretagne, République Démocratique du Congo
Publié le : 7 Avril 2009

L’organisation humanitaire accroît son aide pour fournir de l’eau et des services sanitaires à 150 000 personnes récemment déplacées

La crise humanitaire qui sévit en République démocratique du Congo est aussi grave qu’elle l’était à la fin de 2008, a affirmé aujourd’hui Oxfam international (6 avril 2009) alors qu’elle annonce un accroissement de son aide d’urgence pour pouvoir soutenir 150 000 nouveaux déplacés à travers les provinces du Nord et du Sud Kivu dans la région Est de la RDC.

Selon les chiffres des Nations unies, environ 250 000 personnes dans les provinces du Nord et du Sud Kivu ont été déplacées depuis la mi-janvier à la suite d’opérations militaires ciblant le groupe rebelle des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Ce nombre est équivalent à celui des populations déplacées l’automne dernier alors que des combats intenses éclataient. L’ONG rapporte que les personnes nouvellement déplacées se cachent dans des zones particulièrement enclavées.

Marcel Stoessel, directeur d’Oxfam Grande Bretagne en République démocratique du Congo a déclaré : « La guerre est loin d’être terminée pour les civils congolais. Ces terribles tragédies humaines se produisent dans des régions éloignées, loin des caméras de télévision, mais la souffrance n’en est pas moins réelle pour ceux et celles qui la subissent. »

« Les maisons et les commerces sont pillés et saccagés, les femmes et les fillettes sont violées et les civils ont dû fuir, souvent pour la troisième ou la quatrième fois. Nous les aidons à repartir à zéro en accroissant nos services d’urgence. Il est tragique de voir les civils congolais pris une fois de plus dans une situation d’une telle violence. » 

Il a également été rapporté que des hommes armés tuaient des civils en représailles, bloquant les routes et dans certains cas, brûlant les maisons et chassant les habitants. Dans certaines parties du Lubero, où la plupart des habitants vivent d’agriculture vivrière, les civils arrivent à peine à accéder  à leurs champs pour la récolte en raison de l’insécurité qui règne et du pillage généralisé.

Alors qu’il est prévu d’étendre les opérations contre les FDLR  jusqu’au Sud Kivu, l’inquiétude est de plus en plus grande parmi les habitants, dont des dizaines de milliers ont déjà été forcés de quitter leurs maisons. Selon l’ONU, près de 300 000 personnes ont pu retourner dans leurs foyers dans certaines parties du Nord Kivu. Cependant, le calme revenu dans certaines régions, comme dans le territoire de Rutshuru, s’est accompagné d’une montée de l’insécurité dans d’autres, comme dans les territoires de Lubero et de Walikale.

Oxfam international met en place une réponse adaptée à la nouvelle crise afin de fournir de l’eau et des services sanitaires et de promouvoir une hygiène élémentaire auprès de personnes en cours de déplacement ou qui ont trouvé refuge et se sont fixées sur des sites en particulier. Les combats et l’insécurité ont déjà compromis l’accès des travailleurs humanitaires cette année et une intervention plus rapide et plus légère est nécessaire pour atteindre les personnes dans le besoin pendant des périodes de répit. Oxfam vient en aide à un demi-million de personnes dans la région Est de la RDC. Malgré les nombreuses contraintes, Oxfam prévoit d’aider par le biais d’interventions accrues un total de 650 000 personnes. A Lubero, Oxfam fournit déjà de l’eau potable et des services sanitaires élémentaires à 40 000 personnes déplacées en raison de la crise, notamment dans le but de prévenir les risques d’épidémies.

Marcel Stoessel poursuit :

« Toutes les parties impliquées dans le conflit, tant les forces armées gouvernementales que les groupes paramilitaires, doivent prendre leurs responsabilités en vertu du droit international humanitaire afin de protéger les civils et fournir aux organisations humanitaires un accès sûr aux civils dans le besoin. »

Oxfam affirme également que l'insuffisance de troupes de maintien de la paix sur le terrain représente une contrainte supplémentaire pour la protection des civils.

Nicole Widdersheim, directrice du bureau d’Oxfam international à New York, a déclaré : « Plus de quatre mois après la décision du Conseil de sécurité de l’ONU d’envoyer 3 000 casques bleus de plus, aucun soldat supplémentaire n’a jusqu’à présent été déployé. En attendant l’arrivée des renforts, la MONUC doit s’assurer que les troupes actuellement sur le terrain font tout ce qu’elles peuvent pour protéger les civils. Un plus grand nombre de patrouilles à pied est nécessaire dans les villes et le long des routes principales pour assurer la sécurité des civils. » 

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit discuter de la MONUC jeudi prochain. Oxfam appelle les dirigeants du monde à saisir cette occasion pour fournir rapidement les troupes supplémentaires nécessaires. L’ONG les exhorte également à garantir que les ressources existantes soient déployées dans les endroits les plus dangereux, de manière à protéger plus efficacement les populations civiles.

Notes aux rédactions

  1. Le 20 janvier dernier, les armées rwandaise et congolaise, , ont lancé conjointement avec la milice du CNDP une offensive pour désarmer par la force le groupe rebelle des FDLR. L’armée rwandaise a quitté l’ Est de la RDC à la fin du mois de février de cette année.
  2. L’année dernière, les combats entre les forces gouvernementales et les rebelles du CNDP ont entraîné le déplacement de plus de 250 000 personnes.
  3. D’autres régions du Congo Est, comme les provinces du Haut Uélé et d’Ituri, à l’extrême Nord-Est du Congo, sont également frappées par la violence. Les combats entre les forces gouvernementales et le groupe rebelle de la LRA ont forcé plus de 190 000 personnes à quitter la région depuis le mois de décembre, selon les chiffres de l’ONU. La LRA a tué plus de 700 personnes et en a kidnappé plus de 300, dont de nombreux enfants. Dans la province d’Ituri, des rapports préliminaires indiquent que les combats qui ont eu lieu la semaine dernière entre le FPJC, les rebelles du FRPI et l’armée du gouvernement ont entraîné le déplacement de dizaines de milliers de personnes.
  4. En novembre 2008, le Conseil de sécurité de l’ONU promettait d’envoyer 3 000 casques bleus supplémentaires en RDC. Le Bangladesh et l’Égypte se sont également engagés à envoyer des troupes, mais jusqu’à présent, aucun soldat supplémentaire n’a été envoyé sur le terrain.