Climat: le premier test des leaders mondiaux après Copenhague risque d'être un échec

“Les dirigeants mondiaux risquent d'échouer à la première épreuve nous permettant de voir si leurs engagements à Copenhague étaient vraiment sincères.”
Antonio Hill
Conseiller climatique - Oxfam International
Publié le : 29 Janvier 2010

Le premier test des leaders mondiaux depuis Copenhague risque de se transformer en échec, mettant le monde sur le chemin d'un réchauffement de près de 4 degrés. C’est ce qu’affirme aujourd'hui Oxfam International en anticipation du 31 janvier, date-butoir à laquelle les pays doivent soumettre leurs objectifs de réduction des émissions selon l'Accord de Copenhague.

Reconnaître que les températures ne devraient pas augmenter au-delà du seuil dangereux de 2 degrés est l'un des rares aspects positifs de l'Accord négocié par les États-Unis, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud et le Brésil au Sommet de Copenhague. Et pourtant, l'on s'attend à ce que les engagements des pays riches concernant la réduction de leurs émissions ne correspondent qu’à une baisse de 11 à 18 % par rapport aux niveaux de 1990 - moins de la moitié des 40 % auxquels les pays riches devraient s'engager pour maintenir les températures à un niveau acceptable.

Les modèles climatiques semblent indiquer que les engagements pris sous cet Accord entraîneront une augmentation des températures mondiales de l'ordre de 3,9 degrés centigrades d'ici 2100. Selon les scientifiques, cela provoquera des sécheresses à travers le monde, avec quatre milliards de personnes affectées par des pénuries d'eau, des sécheresses toute l'année en Afrique méridionale et de sévères sécheresses en Europe tous les dix ans et non plus tous les cent ans.

Oxfam affirme que l'Accord prouve que la démarche ascendante qui a été adoptée, selon laquelle les pays établissent leurs propres objectifs de réduction, ne débouchera pas sur les efforts nécessaires. L'organisme international demande que les réductions des émissions soient alignées sur un objectif mondial et basées sur des données scientifiques, et que les contributions nationales envers cet objectif mondial soient calculées selon la responsabilité historique de chaque pays vis-à-vis de la crise climatique et de sa capacité à combattre cette dernière. Cela signifierait par exemple que l'Europe devrait réduire ses émissions d'au moins 44 % d'ici 2020 par rapport aux niveaux de 1990.


Pour remplir leur part équitable des efforts mondiaux, les pays riches devraient aussi fournir 200 milliards de dollars par an d'ici 2020 pour aider les pays en développement à s'adapter et réduire leurs propres émissions. L'Accord envisage de fournir seulement 100 milliards de dollars par an et les progrès ont stagné concernant la création d'un Groupe de haut niveau qui recommanderait comment ces fonds devraient être levés puis dépensés.

L'Accord promet aussi 30 milliards de dollars de financement rapide - un fonds d'urgence pour aider les pays les plus pauvres et les plus vulnérables à s'adapter au changement climatique au cours des trois prochaines années. Ainsi estime-t-on que le Bangladesh, l'un des pays les plus vulnérables au monde, a besoin de 1,500,000 dollars pour fournir de l'eau potable à ses communautés côtières dont les ressources d'eau traditionnelles ont été contaminées par l'eau salée à cause de la montée du niveau des mers.

Antonio Hill, Conseiller climatique pour Oxfam International, analyse la situation :
« Les dirigeants mondiaux risquent d'échouer à la première épreuve nous permettant de voir si leurs engagements à Copenhague étaient vraiment sincères. Ils ont admis qu'il fallait agir pour que les températures n'augmentent pas au-delà du seuil dangereux de 2 degrés, et pourtant ils parlent toujours de réductions d'émissions qui entraîneront une augmentation de près de 4 degrés et un monde dévasté par la sécheresse. »

« La prochaine grande épreuve sera de voir si les leaders mondiaux seront capables de fournir les fonds destinés au climat qui ont été promis dans le cadre de l'Accord. Il s'agit de débloquer des fonds d'urgence pour que les pays les plus pauvres s'adaptent dès aujourd'hui au changement climatique et de trouver les moyens de fournir 100 milliards de dollars dans l'année à venir. »

« Les molles réactions constatées à ce jour indiquent que cet Accord ne résout rien du tout. Seul un accord de l'ONU pourra garantir que les émissions mondiales soient réduites à un niveau suffisant et que la voix des pays les plus pauvres et les plus vulnérables se fasse entendre. Il faut commencer sans plus tarder de véritables négociations. L'on estime que, tant qu'un accord ne sera pas conclu, le changement climatique entraînera chaque année la mort de 150 000 personnes et le déplacement d'un million de personnes supplémentaires. »

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