Des élèves dans une salle de classe débordée à l'école primaire Montes Namuli, province du Zambèze, au Mozambique le 14 avril 2010. Il n'est pas rare d'avoir 100 enfants dans une classe, sans toilettes ni eau courante. Crédit: Neo Ntsoma/Oxfam
L’éducation et la protection sociale sont les secteurs les plus durement touchés

Les pays pauvres sont contraints de réduire leur réponse à la crise bien trop tôt

“Cette crise a été créée par les banquiers des pays riches. Pourtant, aujourd’hui, ce sont les pays pauvres qui doivent réduire leurs dépenses vitales pour palier la situation.”
Elizabeth Stuart
Porte-parole d'Oxfam
Publié le : 21 Avril 2010

Le FMI doit aider les pays pauvres à maintenir leurs dépenses

Les pays pauvres se voient contraints de mettre un frein à leur réponse à la crise en réduisant leurs dépenses de manière anticipée. C’est ce qu’a annoncé aujourd’hui Oxfam, appelant le Fonds Monétaire International à prendre des mesures pour inverser cette tendance.

Ces pays doivent accroître massivement leurs dépenses sociales alors que la crise économique plonge des millions de personnes dans une situation de pauvreté extrême et que la date butoir des Objectifs du Millénaire pour le Développement est proche. Au lieu de cela, les données budgétaires de 56 pays pauvres qu’Oxfam a étudiées, comprenant la répartition détaillée des dépenses sociales dans un peu plus de la moitié de ces pays, indiquent que les pays pauvres ont dû réduire radicalement les dépenses d’éducation, de santé, d’agriculture et de protection sociale.

  • En 2010, en moyenne, les budgets ont été réduits de 0,2 % du PIB.
  • Les deux tiers des pays dont les états détaillés des dépenses sociales sont disponibles (18 sur 24) réduisent les budgets alloués à un ou plusieurs des secteurs sociaux prioritaires (éducation, santé, agriculture et protection sociale).
  • L’éducation et la protection sociale sont les secteurs les plus durement touchés, avec des dépenses en 2010 inférieures à celles de 2008.

Des trous fiscaux

Pour Elizabeth Stuart, porte-parole d’Oxfam, « Cette crise a été créée par les banquiers des pays riches. Pourtant, aujourd’hui, ce sont les pays pauvres qui doivent réduire leurs dépenses vitales pour palier la situation. C’est exactement le contraire de ce qu’il faut faire. Le FMI doit travailler avec les gouvernements des pays en développement afin qu’ils ne soient pas obligés de mettre un terme trop tôt à leur plan de relance fiscale. Ils doivent augmenter leurs dépenses au lieu de réduire les budgets de la santé et de l’éducation. »

Les pays riches n'apportent pas l’aide nécessaire pour empêcher ces réductions. D’après l'étude menée par Oxfam, suite à la crise économique 56 pays pauvres se retrouvent avec un « trou fiscal » combiné (c’est-à-dire un manque dans le revenu budgétaire) de 65 milliards de dollars en 2009 et 2010. En dépit des promesses du G20 et des pays donateurs qui s’étaient engagés à aider les pays pauvres à surmonter la crise, à peine 13 pour cent de ce manque de revenus ont pu être comblés par les subventions accordées. Suite à ce manquement de la communauté internationale, les pays pauvres ont dû avoir recours à des emprunts domestiques coûteux pour financer leurs dépenses en 2009. Aujourd’hui, ils sont contraints de réduire leurs dépenses prématurément pour éviter une nouvelle crise d’endettement.

Ce constat suit de près le rapport de l’OCDE révélant que l’aide au développement a chuté de 3,5 milliards de dollars en 2009, et les calculs de la Banque Mondiale indiquant que la crise financière pourrait bien être responsable du décès de 50 000 enfants de plus dans les pays d’Afrique Sub-saharienne.

Il faut des subventions au lieu des prêts

« Le monde entier est tourné vers la Grèce et tente de la renflouer pour soutenir les marchés financiers européens mais il devrait également accorder de l'attention aux pays les plus pauvres qui doivent gérer les conséquences d'une crise dont ils ne sont pas responsables, » explique Stuart.

Oxfam a également appelé à des changements dans les règles du FMI afin qu’il puisse accorder des subventions, en puisant sur les ventes d’or, pour financer un accroissement massif des dépenses de santé et d’éducation dans les pays pauvres. Actuellement, les statuts du FMI ne lui permettent que d’accorder des prêts.

« Le FMI et le G20 doivent également soutenir une taxe sur les transactions financières qui, à un taux situé autour de 0,05% par transaction de devises, permettrait de recueillir des centaines de milliards de dollars chaque année. Sans cela, le trou fiscal des pays pauvres pourrait bien se transformer en trou noir où les plus pauvres du monde perdraient tout accès à l'éducation, à la santé et leurs perspectives d'avenir, » ajoute Stuart.

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