Les financements climat ne doivent pas alourdir la dette des pays pauvres

“Cela équivaut à accidenter la voiture de votre voisin et à lui proposer ensuite un prêt pour couvrir les dégâts”
Antonio Hill
Conseiller politique pour Oxfam
Publié le : 31 Mai 2010

Pour Oxfam International, les 100 milliards de dollars par an promis par les pays riches pour aider à combattre les changements climatiques pourraient affaiblir les plus pauvres si de récentes initiatives visant à proposer des financements climat par le biais de prêts étaient confirmées.

Oxfam publie aujourd’hui un rapport, Les financements "climat" après Copenhague : Les questions à 100 milliards de dollars, alors que s’ouvrent les premières négociations de l’ONU sur le climat depuis le sommet de Copenhague l’année dernière. Tout en reconnaissant la nécessité de prêts à taux réduit pour aider les pays pauvres à adopter un développement sobre en carbone, l’ONG s’oppose fermement à l’utilisation des prêts pour aider ces communautés à s’adapter aux impacts du changement climatique.

Les préoccupations d’Oxfam interviennent au moment où il est devenu clair qu’une part importante des financements précoces, qui doivent être versés entre 2010 et 2012, seront des prêts et non des subventions.

« Dans un contexte de crise économique, alors même que plusieurs pays pauvres sont contraints de réduire considérablement leurs budgets santé et éducation, les pays riches envisagent de les endetter davantage en réponse à une crise dont ils ne sont pas responsables et dont ils sont les premiers à subir les conséquences » souligne Antonio Hill d’Oxfam.

« Cela équivaut à accidenter la voiture de votre voisin et à lui proposer ensuite un prêt pour couvrir les dégâts » ajoute-t-il.

Le rapport établit une feuille de route claire sur la façon dont les pays riches peuvent non seulement garantir les 100 milliards de dollars promis, mais aussi les doubler d’ici à 2020. Il propose de nouveaux mécanismes de financement pour garantir que les gouvernements ne ponctionneront pas les budgets d’aides existants ou futurs. Cela inclut :

  • 100 milliards de dollars par an grâce à une taxe sur les transactions financières mondiales – une petite taxe de 0,05% qui pourrait fournir 400 milliards de dollars par an pour la santé, l’éducation et la lutte contre les changements climatiques.
  • 20 à 30 milliards de dollars par an grâce à la création d’un régime d’échange de droits d’émissions dans les secteurs maritimes et aériens internationaux. Cela permettrait de plafonner les émissions de ces secteurs, mais aussi de dégager des financements climat.
  • 75 milliards de dollars par an en contributions publiques pour les pays riches selon leur responsabilité historique et leur capacité financière. Elles pourraient être retenues sur les revenus de la mise aux enchères des quotas d’émission ou prélevées sur les budgets actuellement utilisées pour subventionner les énergies fossiles et les industries à fortes émissions carbone.
  • 16 milliards de dollars par an d’ici à 2012 par le FMI sous la forme de prêts à faible taux d’intérêt pour un développement sobre en carbone. En utilisant 120 milliards de dollars des droits de tirage spéciaux des pays riches comme capital, des «titres verts » pourraient être émis et permettre de récolter 40 milliards de dollars par an qui permettraient de garantir des prêts concessionnels pour des investissements dans les énergies propres dans les pays en développement. Sur les 40 milliards de dollars prêtés chaque année, le transfert net dont bénéficieraient les pays en développement serait de 16 milliards de dollars.

Le rapport souligne également la nécessité de financements publics pour le climat afin que les pays les plus pauvres ne soient pas privés d’investissements dans le futur. Les grandes entreprises doivent investir pour créer une économie verte mondiale, mais il est peu probable qu’elles se concentrent sur les projets à petite échelle à faible rendement financier. Conçus pour aider les plus pauvres à s’adapter au changement climatique, ces projets proposent par exemple de planter de développer des systèmes d’irrigation. 80% de la nourriture dans les pays pauvres est produite par les agricultrices : se reposer sur les forces du marché pour agir contre les impacts du changement climatique pourrait constituer une grave menace pour la faim dans le monde.

Oxfam appelle les négociateurs présents à Bonn à faire des financements climat leur priorité pour 2010. Un cadre clair pour récolter et doubler les 100 milliards de dollars promis de fonds publics doit être approuvé d’ici au sommet de Cancun en décembre cette année.

« Les pays riches n’ont pas réussi à s’entendre à Copenhague. Ils se doivent aujourd’hui d’apporter une plus grande dose de confiance dans les négociations » rappelle Antonio Hill.

« Démontrer leur bonne volonté en garantissant des financements à ceux qui en ont le plus besoin permettra de combler un peu le fossé creusé par le sommet de Copenhague, et d’alléger le sort de ceux qui sont au quotidien en première ligne face aux changements climatiques » conclut-il.

En savoir plus

Téléchargez le rapport: Les financements "climat" après Copenhague : Les questions à 100 milliards de dollars

Notes aux rédactions

Une pétition internationale est également lancée aujourd’hui à destination des chefs d’état les plus influents. La société civile les exhorte à prendre des décisions fortes et concrètes contre le changement climatique, la pauvreté et les inégalités mais aussi à repenser le système économique mondiale lors des rencontres du G8 et du G20 en juin prochain au Canada.