Agricultrices dans la région d'Astuare, au Ghana. Photo : Chris Young

Le système alimentaire défaillant et les crises écologiques risquent d’affamer des millions de personnes

“Notre monde produit suffisamment de nourriture pour toutes et tous. Pourtant, 1 personne sur 7 s’endort aujourd’hui chaque soir le ventre vide.”
Jeremy Hobbs
Directeur exécutif d’Oxfam
Publié le : 1 Juin 2011

Oxfam lance une nouvelle campagne internationale : "Cultivons"

Selon Oxfam, le monde est aujourd’hui en train de faire marche arrière dans la lutte contre la faim à cause d’un système alimentaire défaillant et de graves crises écologiques. Si nous ne changeons pas notre façon de cultiver, de consommer et de partager la nourriture, des millions de personnes en plus souffriront de la faim en raison des prix alimentaires sans cesse à la hausse et des crises alimentaires régionales à n’en plus finir.

Oxfam lance aujourd'hui une nouvelle campagne internationale pour s'assurer que chacun et chacune ait suffisamment à manger. Une campagne soutenue par des personnalités telles l’ancien président du Brésil Lula da Silva, l’archevêque émérite Desmond Tutu et l’actrice Scarlett Johansson.

Le nouveau rapport d’Oxfam "Cultiver un avenir meilleur" liste les symptômes du système alimentaire actuellement défaillant : la faim grandissante, la stagnation des rendements, une ruée sur les terres fertiles et l’eau et des prix alimentaires à la hausse. Il insiste sur le fait que nous faisons actuellement face à une nouvelle période de crise marquée par l’épuisement des ressources naturelles et l’augmentation des conséquences des changements climatiques. Une crise aux conséquences majeures sur la vie de millions de personnes supplémentaires qui risquent de souffrir de la faim à travers le monde.

  • De nouvelles recherches prédisent que les prix des aliments de base tels le maïs, déjà exceptionnellement élevés, vont plus que doubler au cours des vingt prochaines années. Plus de la moitié de cette augmentation sera causée par le changement climatique. Et les personnes les plus pauvres, qui peuvent dépenser jusqu’à 80% de leurs revenus pour s'alimenter, seront les plus touchées.
  • 8 millions de personnes, majoritairement des femmes et des filles, font aujourd’hui face à des pénuries alimentaires chroniques en Afrique orientale. L’augmentation du nombre de crises régionales et locales pourrait faire doubler la demande d’aide alimentaire dans les dix prochaines années.
  • D’ici 2050, la demande de nourriture augmentera de 70% alors que notre capacité à augmenter la production alimentaire est en plein déclin. Le taux moyen de croissance des rendements agricoles a presque diminué de moitié depuis 1990 et devrait continuer à diminuer pour atteindre moins d’1% dans la prochaine décennie.

"Notre monde produit suffisamment de nourriture pour toutes et tous. Pourtant, une personne sur sept s’endort aujourd’hui chaque soir le ventre vide, déclare Jérémy Hobbs, directeur exécutif d’Oxfam. En ces temps de crises, alors que les impacts des changements climatiques deviennent de plus en plus rudes et les terres fertiles et l’eau douce de plus en plus rares, nourrir le monde va devenir de plus en plus problématique. Si nous ne changeons pas notre système alimentaire qui fait aujourd’hui fausse route, des millions d’hommes, de femmes et d’enfants en plus souffriront de la faim."

La campagne "Cultivons" d’Oxfam dénoncera les gouvernements dont les politiques inefficaces accentuent la défaillance du système alimentaire ainsi que les 300 à 500 grandes entreprises bénéficiant de ces politiques et faisant énormément pression pour les maintenir. Par exemple :

  • En Inde : bien que la croissance économique indienne ait plus que doublé entre 1990 et 2005, le nombre de personnes souffrant de la faim dans ce pays a augmenté de 65 millions, soit plus que l’ensemble de la population française. Un développement économique et des systèmes de sécurité sociale excluant les populations pauvres en milieu rural en sont les principales causes. Aujourd’hui, une personne sur quatre souffrant de la faim dans le monde vit en Inde.
  • Aux États-Unis : les politiques menées par les États-Unis font que 15% des quantités mondiales de maïs sont utilisées comme carburant, même en période de forte crise alimentaire. La quantité de céréales nécessaire pour faire le plein d’un véhicule de type 4x4 ou SUV avec des agrocarburants permettrait de nourrir une personne pendant un an.
  • Les entreprises : quatre multinationales tiennent entre leurs mains le pouvoir de décisions relatives au système alimentaire mondial. Trois entreprises seulement - Archer Daniels Midland, Bunge et Cargill - contrôlent environ 90% du commerce mondial de céréales. Leurs activités entraînent la volatilité des prix alimentaires, ce dont elles profitent. Lors du premier trimestre de 2008, en pleine hausse mondiale des prix alimentaires, les profits de Cargill avaient augmenté de 86%. Et l’entreprise connaît des profits record cette année grâce à des ruptures d’approvisionnements au niveau mondial.

Oxfam répond aux crises alimentaires depuis 70 ans. Aujourd’hui, l’organisation appelle les gouvernements - plus particulièrement les puissances du G20 - à impulser un changement vers un système alimentaire plus durable et équitable en investissant dans l’agriculture, en valorisant les ressources naturelles, en gérant mieux le système alimentaire et en assurant l’égalité entre les hommes et les femmes, celles-ci produisant une grande part de la nourriture au niveau mondial. Elle incite le secteur privé à adopter un modèle commercial où les profits ne se feront pas au détriment des petits producteurs et productrices, des consommateurs et consommatrices pauvres et de l’environnement.

"Depuis trop longtemps, les gouvernements font passer les intérêts des grandes entreprises et élites au-dessus de ceux des sept milliards d’entre nous qui cultivent et consomment la nourriture, s’indigne Jeremy Hobbs, directeur exécutif d’Oxfam. Les gouvernements du G20 qui se réunissent en France cette année doivent encourager le changement de notre système alimentaire mondial."

"Les gouvernements du G20 doivent investir dans les 500 millions d’exploitations agricoles paysannes des pays en développement car elles offrent la plus grande opportunité d’augmenter les rendements au niveau mondial. Ils doivent les aider à s’adapter au changement climatique, réguler les marchés des matières premières et modifier les politiques biaisées sur les agrocarburants afin de garder les prix alimentaires sous contrôle."

"Les gouvernements doivent également s’assurer que les femmes, qui produisent une grande part de la nourriture au niveau mondial, ont les mêmes droits que les hommes d'accéder à la terre, aux ressources et aux différentes opportunités dont elles sont trop souvent privées. À droits égaux, les femmes productrices pourraient nourrir leurs familles et jusqu’à 150 millions de personnes de plus dans le monde", poursuit Jérémy Hobbs.

L’ancien président du Brésil, M. Lula da Silva, déclare : "Nous ne pouvons pas attendre plus longtemps. Les responsables politiques et les multinationales doivent aujourd’hui agir pour s’assurer que chaque personne peut mettre de la nourriture sur sa table. Aucune excuse n’est acceptable. Nous avons la capacité de nourrir tous les êtres humains aujourd’hui et à l’avenir. Avec de la volonté politique, plus personne ne se verra nier son droit fondamental à être libérée de la faim."

"De nombreux gouvernements et entreprises vont résister au changement par habitude, idéologie ou encore poursuite du profit, ajoute l’archevêque Desmond Tutu. C’est à nous - vous et moi - de les persuader d’opter pour de la nourriture produite de façon équitable et durable, en réduisant notre empreinte écologique et en rejoignant Oxfam et d’autres pour cultiver un monde meilleur."

"Partager de la nourriture est un des plaisirs de la vie, conclut Scarlett Johansson, ambassadrice d’Oxfam. Globalement, nous ne la partageons pas équitablement. Près d’un milliard de personnes s’endorment chaque soir le ventre vide. Notre système alimentaire fait fausse route. Du Kentucky au Kenya, nous méritons toutes et tous d’avoir suffisamment à manger. C’est pourquoi je rejoins la campagne 'Cultivons' d’Oxfam".

Notes aux rédactions

Le rapport et son résumé sont disponibles : Cultiver un avenir meilleur

Des vidéos de qualité, des images haute résolution et des études de cas d'Inde et du Guatemala sont disponibles sur : GROW social media launch release

Des images haute résolution et des vidéos en français retraçant les messages de l'ancien président du Brésil Lula et d’autres personnalités sont disponibles.

Contacts

Anna Mitchell au +44 1865 339157 ou au +44 7796 993 288

Permalink: http://oxf.am/4UG