La hausse des prix alimentaires a un impact sur ce que nous mangeons, révèle une enquête mondiale

“Nos habitudes alimentaires changent rapidement et pour beaucoup de personnes, ce changement se fait dans un sens négatif.”
Jeremy Hobbs
Directeur exécutif d’Oxfam
Publié le : 15 Juin 2011

Des responsables politiques, des acteurs et des musiciens des quatre coins du monde lancent aujourd’hui un débat sur l'alimentation au niveau mondial

Selon une nouvelle enquête sur l'alimentation menée au niveau mondial publiée aujourd’hui dans le cadre de la campagne CULTIVONS, des personnes changent aujourd’hui leurs habitudes alimentaires aux quatre coins du monde à cause de la hausse des prix de la nourriture. Les ministres de l’Agriculture du puissant G20 se réuniront en France la semaine prochaine et discuteront de la crise des prix alimentaires au niveau mondial.

L’enquête d’opinion a été menée dans 17 pays : l’Australie, le Brésil, l’Allemagne, le Ghana, le Guatemala, l’Inde, le Kenya, le Mexique, les Pays-Bas, le Pakistan, les Philippines, la Russie, l’Afrique du Sud, l’Espagne, la Tanzanie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

50 % de l’ensemble des personnes interrogées et la majorité des personnes dans la plupart des pays où l’enquête a été menée déclarent ne pas manger la même nourriture qu’il y a deux ans, c’est-à-dire avant le début de l’actuelle crise des prix alimentaires. Au total, 39 % des personnes ayant déclaré avoir changé leurs habitudes alimentaires rendent la crise alimentaire responsable de ce changement et 33 % invoquent des raisons de santé.

Au Kenya par exemple, 76% des personnes interrogées déclarent avoir changé d’alimentation et 79 % d’entre elles accusent les prix alimentaires élevés d’avoir provoqué ce changement. Au Royaume-Uni, sur les 46 % de personnes ayant déclaré avoir changé leurs habitudes alimentaires, 41 % déclarent l’avoir fait suite à la hausse des prix alimentaires. Des résultats similaires ont pu être observés aux quatre coins du monde (voir en annexe).

Le coût était de loin la principale préoccupation en ce qui concerne la nourriture : 66 % de l’ensemble des personnes interrogées le citant comme un de leurs principaux soucis. 43 % des personnes interrogées déclarent que le caractère sain et la valeur nutritionnelle de la nourriture qu’elles mangent est aussi une préoccupation majeure. Pourtant, dans les pays les plus pauvres, l’accès à la nourriture est un problème bien plus important : 57 % des personnes interrogées au Kenya et 45 % des personnes interrogées en Tanzanie le citant comme un de leurs principaux soucis en ce qui concerne la nourriture.

Jérémy Hobbs, le directeur exécutif d’Oxfam déclare : "Nos habitudes alimentaires changent rapidement et pour beaucoup de personnes, ce changement se fait dans un sens négatif. De très nombreuses personnes, en particulier dans les pays les plus pauvres mangent moins ou de la nourriture de moins bonne qualité à cause de la hausse des prix alimentaires. Les leaders mondiaux – en particulier les leaders du puissant G20 – doivent agir aujourd’hui pour réparer notre système alimentaire défaillant. Ils doivent réguler les marchés des matières premières et réformer les politiques biaisées concernant les agrocarburants pour garder les prix alimentaires sous contrôle, investir dans les petits producteurs et les petites productrices dans les pays en développement et les aider à s’adapter au changement climatique."

L’enquête, menée par l’institut de sondage GlobeScan, révèle aussi un autre changement dans les habitudes alimentaires des gens consécutif à la mondialisation : les pizzas et les pâtes arrivent ainsi en tête des plats préférés dans de nombreux pays à côté des plats nationaux. Les seules exceptions sont les pays africains où les plats traditionnels à base de maïs continuent d’être préférés.

Oliver Martin, directeur de recherches chez GlobeScan, déclare : "Les conséquences de la hausse des prix alimentaires au niveau mondial sont manifestes dans les résultats de l’enquête".

Des entretiens additionnels menés par Oxfam confirment que beaucoup de personnes dans les pays en développement mangent moins, achètent des produits moins chers, ou mangent de la nourriture moins diversifiée à cause de la hausse des prix alimentaires. Les femmes ont tendance à être plus affectées par la hausse des prix alimentaires car elles sont plus souvent responsables de nourrir leurs familles.

Glenda Marisela Galindo Castro, une vendeuse guatémaltèque de 22 ans, déclare : "Le sucre était l’aliment le plus important pour nous. Nous en mettions dans notre café et dans d’autres boissons mais aujourd’hui nous ne le faisons plus car le prix du sucre a augmenté. L’huile que nous utilisons coûtait 5 quetzals pour un demi-litre. Elle en coûte désormais 8. Je suis la seule qui travaille et mon salaire ne suffit pas à répondre aux besoins de ma famille."

Edson James Kamba, 69 ans, du Malawi, déclare : "Mon plat favori est composé de riz avec des haricots secs et de la viande mais c’est très cher. Les prix alimentaires continuent d’augmenter. J’aimerais boire du lait mais je ne peux pas en acheter. Avant, je mangeais du pain avec de la margarine et du jambon mais aujourd’hui, je ne peux plus me le permettre. Quand je vois des personnes à la télévision, elles mangent toujours des aliments délicieux comme de la viande, du poulet et des œufs. Si je le pouvais, je mangerais ces choses là. Nous aimerions bien mais nous n’avons pas assez d’argent."

La campagne CULTIVONS d’Oxfam lance un débat au niveau mondial sur la façon dont nous pouvons améliorer notre façon de cultiver et de partager la nourriture aujourd’hui et à l’avenir. Des personnalités médiatiques participent à ce débat. On peut notamment citer : l’ancien président brésilien Lula da Silva, l’archevêque Desmond Tutu, la musicienne Angelique Kidjo du Bénin, les acteurs Gael Garcia Bernal du Mexique et Amr Waked d’Egypte et l’actrice Hai Qing de Chine.

L’ancien président du Brésil, Lula da Silva, déclare : "Comme beaucoup de Brésiliens, je n’aime rien de plus qu’un plat composé de riz, d’haricots secs, de steak, d’oignions et d’œufs. Mais comme de nombreuses personnes au Brésil, je sais aussi ce que c’est de souffrir de la faim. Il m’est arrivé de nombreuses fois de me réveiller le matin sans pain pour le petit-déjeuner et en sachant que je ne mangerais rien au déjeuner. Cette partie de ma vie est très importante pour moi parce qu’elle m’a donné la force de survivre et la détermination à me battre pour mettre fin à la faim dans le monde. Il n’est pas acceptable qu’un enfant ne puisse pas boire son verre de lait quotidien, ne serait-ce qu’un seul jour. Le droit à l’alimentation est un droit fondamental. »

« La nourriture est un des plus grands plaisirs de la vie et un des droits humains les plus basiques. Il est important que nous nous impliquions tous dans le débat pour changer la façon dont nous cultivons et partageons la nourriture afin que chacun et chacune ait suffisamment à manger aujourd’hui et demain. La campagne CULTIVONS d’Oxfam invite les gens à se joindre dès aujourd’hui au débat sur www.oxfam.org", déclare Hobbs.

En savoir plus

La campagne CULTIVONS d'Oxfam

Notes aux rédactions

Une analyse détaillée des résultats au niveau mondial et par pays peut être téléchargée.

Au total, 16 421 citoyens de 17 pays ont été interviewés soit sur internet, soit par téléphone, soit lors d’entretiens individuels, entre le 6 avril et 6 mai 2011. L’enquête a été menée pour Oxfam par l’institut de sondages GlobeScan. Dans la majorité des pays, les personnes ont été interrogées sur internet. Dans quelques pays, les personnes ont été interrogées par téléphone ou lors d’entretiens individuels. Le panel de personnes interrogées sur internet a été constitué pour être représentatif de la population surfant en ligne d’un pays. Dans certains pays, ce profil diffère de la population nationale car une importante partie de la population n’a pas accès à internet. La marge d’erreur des résultats de cette enquête est située entre 2,1 à 4,4 % (selon le pays), ce qui signifie que les résultats sont justes 19 fois sur 20 dans chacun des 17 pays.

Détails des résultats de l’enquête d’opinion en ce qui concerne le changement de régime alimentaire

(tous les chiffres sont exprimés en pourcentage)

Pays Pourcentage de personnes qui ne mangent plus la même nourriture qu’il y a deux ans Pourcentage de personnes qui ont changé leurs habitudes alimentaires à cause de la hausse des prix de la nourriture Pourcentage de personnes qui ont changé leur régime alimentaire suite à des préoccupations concernant leur santé
Global 53 39 33
Kenya 75 79 4
Afrique du Sud 69 37 47
Mexique 65 54 26
Guatemala 61 48 26
Australie 62 39 36
Inde 56 13 59
Pakistan 57 44 32
Russie 57 31 12
Etats-Unis 55 31 49
Brésil 55 34 31
Tanzania 47 49 21
Espagne 46 45 29
Royaume-Uni 46 41 36
Ghana 42 32 38
Philippines 42 26 56
Allemagne 37 25 32
Pays-Bas 36 30 18

Les 10 plats préférés au niveau mondial

Les 10 plats préférés au niveau mondial sont : les pâtes, la viande, le riz, la pizza, le poulet, le poisson et autres produits de la mer, les légumes, la cuisine chinoise, la cuisine italienne et la cuisine mexicaine.

Les citations et les enregistrements vidéo de célébrités pour le débat mondial sur la nourriture

Des enregistrements vidéos de Kristin Davis, l’archevêque Desmond Tutu, l’ancien président brésilien Lula da Silva, d’autres personnalités médiatiques et des personnes ordinaires interrogées au sujet de la nourriture sont disponibles à télécharger.

Gael Garcia Bernal, ambassadeur d’Oxfam et acteur mexicain déclare :

« Mon plat préféré vient de la mer. A Mexico, on peut manger des produits de la mer, qui sont frais et viennent juste d’être pêchés, dans des endroits formidables. Ma principale préoccupation en ce qui concerne la nourriture est l’exploitation massive des ressources naturelles telles que le poisson. Il est choquant de réaliser à quel point les prix du poisson ont augmenté ces derniers temps. La manière dont se déroule la pêche industrielle est épouvantable. Il y a peu d’endroits où les activités de pêches se déroulent en protégeant les stocks de poissons pour les générations futures. »

« Personne – encore moins un milliard de personne – ne devrait souffrir de la faim dans un monde qui est capable de nous nourrir tous. Alors que le monde fait marche arrière après des décennies de progrès dans la lutte contre la faim et que les crises environnementales mettent des millions de personnes dans des situations à risques, nous devons exprimer notre mécontentement. C’est pourquoi je soutiens la campagne « Cultivons » d’Oxfam en demandant à ce que les entreprises du secteur alimentaire et les gouvernements qui dirigent notre système alimentaire défaillant, changent la façon dont ils se comportent afin que plus personne ne souffre de la faim ni aujourd’hui, ni demain. »

Angélique Kidjo, ambassadrice d’Oxfam et musicienne d’Afrique de l’Ouest déclare :

« Je sais ce que c’est de se coucher le ventre vide car je viens d’un pays et d’une famille pauvres. Nous n’avons jamais eu plus que du pain et du thé avant d’aller dormir et il y avait des jours où je n’avais rien à manger du tout. Souffrir de la faim n’est pas quelque chose de drôle. C’est comme si quelqu’un mettait le feu à votre ventre. C’est une sensation que je ne souhaite à personne parce que ce n’est pas humain, ce n’est pas normal, ce n’est pas acceptable. »

« Nous gaspillons de la nourriture partout dans le monde parce que notre vie est trop rapide. Je vois tellement de gaspillage que ça me brise le cœur. Je me pense au nombre de familles que cela pourrait nourrir en Afrique. »

« J’ai rejoint la campagne « Cultivons » parce que je veux bien manger, parce que j’ai un enfant, parce que je veux être grand-mère – que mangerons mes petits-enfants ? Je pense que nous avons tous la responsabilité de participer à cette campagne et de changer nos habitudes alimentaires. C’est un petit effort qui peut avoir un immense impact sur le futur de la planète. »

« J’ai beaucoup de plats préférés parce que j’adore manger et j’adore cuisiner. Je ne peux pas vivre sans riz parce que je suis africaine. Nous mangeons beaucoup de riz en Afrique. J’adore le poisson, le riz, les légumes et les bananes plantains. »

Julie Goodwin, Chef cuisinière australienne et gagnante de l’émission de télévision « Master Chef Australia » :

« Quand je choisis de la nourriture pour ma famille, je fais attention à ce qu’elle soit saine et nutritive. J’aime acheter des produits frais et je n’aime pas acheter de la nourriture industrielle tout prête. Je fais aussi attention d’acheter des produits locaux. Nous nous sommes habitués à pouvoir manger ce que nous voulons à n’importe quelle période de l’année. Nous demandons des produits hors saison et qui ont par conséquent été transporté sur de longues distances. Si nous apprenions à cuisiner les produits de saison, je crois que cela aurait un impact positif sur l’environnement et les personnes du monde entier. »

Hai Qing, ambassadrice d’Oxfam et actrice chinoise, déclare :

« Mon plat préféré est composé de riz chinois d’une espèce particulière et de légumes verts. Je crains qu’un jour mon enfant n’ait pas la chance de goûter à ce genre de riz parce que le changement climatique ait rendu le climat très instable. »

« Il est important pour mon enfant de savoir qu’il y a encore tellement d’enfants de son âge qui souffrent de la faim. »

Dolf Jansen, ambassadeur d’Oxfam et comédien hollandais déclare :

 « Je viens d’une famille nombreuse. Chaque soir, nous mangions tous ensemble. J’ai deux grandes préoccupations concernant la nourriture. L’une est qu’il n’y ait déjà plus assez de nourriture dans de nombreuses parties du monde alors que dans mon pays, et dans de nombreux autres, nous sommes habitués à avoir suffisamment de nourriture chaque jour sur la table et à en jeter beaucoup trop. Il est étrange qu’il soit normal pour nous de mettre à la poubelle 10 à 20 % de notre nourriture parce que nous ne l’aimons plus ou parce que la date d’expiration est dépassée et que dans d’autres parties du monde il n’y ait pas assez à manger. Cela m’irrite. Mon autre préoccupation concerne ce que nous mangeons : par exemple en mangeant de la viande, nous consommons beaucoup plus que d’autres ne le peuvent. Je trouve cela plutôt inquiétant. Le système doit changer dans son ensemble. »

Amr Waked, ambassadeur d’Oxfam et acteur égyptien, déclare :

« Un milliard de personne vont se coucher le ventre vide chaque soir et le problème s’aggrave. La population mondiale augmente mais la production alimentaire ne suit pas le rythme et les prix alimentaires augmentent. Au même moment, les ressources naturelles s’épuisent et le changement climatique affecte la capacité des personnes à cultiver la terre. De plus, plus de la moitié de la nourriture cultivée est jetée ou laissée pourrir. »

« La campagne « Cultivons » d’Oxfam plaide pour un avenir meilleur. « Cultivons » est une campagne pour nous tous qui produisons, achetons, cuisinons et mangeons de la nourriture. Il est facile pour nous de se dire que les solutions ne sont pas entre nos mains mais ‘est faux. Chaque fois que nous choisissons de la nourriture produite dans des conditions sûres, justes et durables ; chaque fois que nous récoltons ce que nous avons semé ; chaque fois que nous utilisons les restes ; chaque fois que nous faisons pression sur les gouvernements et les entreprises pour qu’ils changent leur comportement, nous cultivons un changement positif. »

Oxfam est une confédération internationale de 15 organisations de solidarité internationale qui travaillent ensemble dans 98 pays, en collaboration avec des partenaires et des alliés dans le monde entier, pour trouver des solutions durables à la pauvreté, les injustices et les inégalités.

GlobeScan Incorporated est une entreprise de conseil international. Nous fournissons aux organisations internationales un service pour les aider à définir leur stratégie et modeler leurs communications. Les entreprises, les institutions multilatérales, les gouvernements et les ONG, font confiance à GlobeScan pour son expertise unique sur la gestion de la réputation, le développement durable et les relations avec les partenaires. GlobeScan conduit des enquêtes dans plus de 90 pays, est certifié ISO 9001-2008 et est signataire du Pacte mondial des Nations unies. Créé en 1987, GlobeScan est une entreprise indépendante, administrée par ses propriétaires, avec des bureaux à Toronto, Londres, San Francisco et Washington DC. www.GlobeScan.com

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