Oxfam appelle une entreprise d'huile de palme à remédier aux violations des droits des communautés en Indonésie

“Si Sime Darby ne bouge pas, il devra en assumer les conséquences. Les agriculteurs victimes de ces agissements en ont le droit.”
Farah Karimi
Directrice générale d’Oxfam Novib (Pays-Bas)
Publié le : 14 Octobre 2011

Oxfam demande à la multinationale malaisienne Sime Darby de traiter les problèmes liés à sa plantation de palmiers dans l’ouest de Kalimantan, en Indonésie.

Dans son rapport Terres et Pouvoirs publié en septembre 2011, Oxfam révélait un conflit de longue date dans une plantation de palmiers à huile appartenant à Sime Darby, conflit qui a démarré avant le rachat de la plantation par Sime Darby. Malgré des promesses formulées depuis 2007, Sime Darby n’a pas toujours pas pris de mesures pour améliorer la situation.

Si, avant le 23 octobre, Sime Darby ne présente pas un plan concret d’action pour résoudre le problème, Oxfam déposera une plainte officielle à la Table ronde sur l’huile de palme durable (RSPO), dont Sime Darby est membre.

La RSPO est un partenariat mondial des producteurs, négociants et industriels qui utilisent l’huile de palme dans leurs produits. Les membres de la RSPO sont engagés à améliorer les conditions sociales et environnementales de la production d’huile de palme en accord avec des normes mondiales portant sur la production et le commerce. Oxfam est membre de la RSPO pour s’assurer que les intérêts des populations locales, des petits agriculteurs et des ouvriers sont pris en considération dans la production d’huile de palme.

La semaine dernière, une plainte contre Sime Darby a été déposée à la RSPO par l’ONG Forest Peoples Programme en partenariat avec des organisations libériennes. Au Libéria, Sime Darby est également accusé d’avoir illégalement confisqué des terres à des agriculteurs locaux, en violation avec les procédures RSPO.

Pour Farah Karimi, directrice générale d’Oxfam Novib : "Il est inacceptable que des entreprises d’huile de palme comme Sime Darby ne tiennent pas compte des droits et des besoins des populations locales. Les membres de la Table ronde sur l’huile de palme durable reconnaissent tous que quelque chose doit changer dans le secteur de l’huile de palme. Il est maintenant temps de passer à l’action."

Oxfam est depuis sept ans un membre actif de la RSPO et a contribué à créer une procédure de plainte qui permet aux communautés de porter directement plainte en cas d’abus. Cette procédure est importante car la plupart des autorités locales et des systèmes juridiques dans les pays impliqués dans la production d’huile de palme ne respectent pas les droits des communautés dans les litiges fonciers.

"Nous avons rejoint la RSPO car qu’il n’y avait pas d’autre possibilité permettant aux communautés de revendiquer leurs droits. Tous les membres de la RSPO se sont engagés en faveur d’activités durables. Il est maintenant temps de demander des comptes aux membres qui violent cet engagement. Il existe une procédure de plainte et un mécanisme de sanctions. Si Sime Darby ne bouge pas, il devra en assumer les conséquences. Les agriculteurs victimes de ces agissements en ont le droit", poursuit Farah Karimi.

Sime Darby a informé Oxfam de son intention de résoudre au plus vite ce dossier. Oxfam continuera à surveiller Sime Darby, en partenariat avec d’autres membres de la RSPO, notamment avec Sawit Watch, une organisation indonésien, qui soutient directement les habitants de Bornéo Ouest.

Notes aux rédactions

  1. Dans le milieu des années 1990, une société désormais filiale de Sime Darby a commencé les plantations de palmiers à huile dans la région de West Sanggau Kalimintan. Vingt-quatre communautés ont perdu une grande partie de leurs terres. Les principales questions sous-jacentes de ce conflit sont les suivantes :
    • L’appropriation de terres fondée sur de fausses informations. Des communautés avaient été approchées pour louer leurs terrains à la société, pour un cycle de vie complet des palmiers (25 ans). Elles ont alors signé des lettres qu’elles pensaient être des baux. Mais ces lettres ont permis à l’entreprise de changer le statut des terrains, alors que les communautés n’étaient pas au courant.
    • Des promesses non tenues. L’entreprise avait promis en retour la construction d’infrastructures, telles que des routes, des écoles, des maisons et des cliniques. Seule un partie a été construite.
    • L’organisation des terres. Sur les 7,5 hectares que chaque famille remettait, il leur avait été promis de récupérer 2 hectares, plantés de palmiers à huile. Pourtant, pour de multiples raisons, la plupart des familles n’ont pas obtenu assez de terres pour pouvoir en vivre.

    Sime Darby affirme que la législation nationale a, à l’époque, été respectée.
     
  2. La Table ronde internationale sur l’huile de palme durable est une initiative commune d’une multitude d’acteurs impliqués dans l’industrie de l’huile de palme, y compris les producteurs, les transformateurs, les fabricants, les détaillants, les investisseurs et les ONG environnementales et de développement. La RSPO représente 50% de la production mondiale, et environ 15% du marché. Elle favorise la production et l’utilisation d’huile de palme durable à travers l’autorégulation du marché, la transparence et le dialogue multipartite.
     
  3. Le 22 septembre, Oxfam a lancé un nouveau rapport, Terres et Pouvoirs, soulignant le rythme croissant des transactions foncières dans le monde. Depuis 2001, 227 millions d’hectares ont été vendus, loués ou sous licence dans de cadre de transactions foncières à grande échelle. Une partie non négligeable de ces transactions sont en fait des accaparements de terres ignorant les droits et besoins des populations locales concernées. Ces dernières se voient ainsi privées de logement et de terre où cultiver de quoi se nourrir et gagner leur vie.

Contacts

Pour de plus amples informations, merci de contacter :

Magali Rubino (Oxfam France) : mrubino@oxfamfrance.org / + 33 (0) 1 56 98 24 45

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