Comité de la Sécurité alimentaire mondiale : des progrès malgré une approche à courte vue de la part de certains gouvernements

“La mauvaise volonté affichée par certains pays-clefs du G20 pour faire face aux causes principales de la volatilité des prix alimentaires, telles que les agrocarburants, sapent les efforts déployés cette semaine.”
Jean-Cyril Dagorn
Oxfam France
Publié le : 24 Octobre 2011

Le Comité de la sécurité alimentaire mondiale des Nations unies (CSA) a démontré, au cours de sa réunion annuelle qui s’est conclue samedi 22 octobre à Rome, qu’il est à la hauteur de son rôle d’institution centrale de gouvernance mondiale de la sécurité alimentaire, de l’agriculture et de la nutrition. Cependant, plusieurs gouvernements, notamment des pays exportateurs membres du G20, ne sont pas encore prêts à faire face aux causes profondes des défaillances du système alimentaire mondial ni à reconnaître les vérités qui dérangent sur les lacunes de leurs politiques.

La réunion de Rome a mis en évidence l’importance croissante du CSA – avec une participation forte de ses membres et de vrais progrès vers la définition de directives fermes en matière de gouvernance foncière. La participation des organisations de la société civile qui ont rappelé les gouvernements à leurs responsabilités a été cruciale. Enfin, le Panel des experts de haut niveau (HLPE), l’organe scientifique indépendant du CSA, a prouvé qu’il constitue un élément capital en formulant des propositions précises fondées sur des observations solides. Il y a désormais un consensus large entre la société civile, les organisations internationales, et le HLPE sur ce qui doit être fait pour garantir que chaque être humain mange à sa faim aujourd’hui et à l’avenir.

« Malgré des débats animés et constructifs, certains gouvernements ont voulu endosser le rôle des trois singes de la sagesse en prétendant n’avoir “rien vu, rien entendu, rien dit”. Une obstruction revenant à refuser obstinément de reprendre les recommandations des experts et de la société civile et d’aller au-delà de leurs intérêts immédiats. Plusieurs gouvernements puissants ont abordé les discussions comme s’il s’agissait d’une négociation commerciale à somme nulle oubliant qu’il s’agit en fait d’aider près d’un milliard de personnes à sortir du fléau de la faim », souligne Jean-Cyril Dagorn d’Oxfam France depuis Rome.

Après sa réforme récente le CSA a pu, pour la première fois, se concentrer exclusivement sur son rôle d’amélioration de la cohérence et de la coordination des politiques en traitant de 4 sujets majeurs : la volatilité des prix alimentaires, les accaparements de terres, le genre et les investissements dans l’agriculture des petits producteurs et productrices.

Le CSA doit finaliser aussi rapidement que possible les Directives volontaires sur la gouvernance foncière, le premier instrument international sur le foncier qui pourrait devenir un outil utile pour contribuer à empêcher les accaparements de terres. « Le CSA doit de toute urgence fixer une date-butoir pour finaliser les directives sur le foncier. Les personnes affectées par les accaparements de terre ne peuvent plus attendre », poursuit Jean-Cyril Dagorn.

Tous les pays, de l’Afghanistan au Zimbabwe, ont reconnu que pour assurer la sécurité alimentaire mondiale, il est crucial de soutenir les femmes et leur accorder des droits à la terre égaux à ceux des hommes. « Nous espérons désormais que les gouvernements joindront le geste à la parole en prenant des mesures de discrimination positive en faveur des femmes pour faire progresser leur droit à l’alimentation et rééquilibrer la situation des petites productrices », ajoute Jean-Cyril Dagorn. Investir en faveur des petites productrices pourrait conduire à augmenter la production agricole de 2,5 à 4% dans les pays en développement, contribuant ainsi à nourrir jusqu’à 150 millions de personnes supplémentaires.

Tous les gouvernements ont reconnu que les petits producteurs sont au centre de la lutte contre la faim, qu’ils ont besoin de soutien et qu’ils doivent avoir leur mot à dire dans toutes les décisions prises sur l’agriculture et l’alimentation.

« Cela fait des années que nous entendons des promesses jamais tenues. Nous ne savons pas encore comment les nouvelles déclarations se concrétiseront sur le terrain. Ce qu’il faut aujourd’hui c’est une feuille de route claire pour soutenir les personnes le plus vulnérables de la planète », déclare Jean-Cyril Dagorn.

Tous les gouvernements ont également admis l’importance de limiter la spéculation excessive pour réduire la volatilité des prix, mais ils n’ont pas réussi à aborder sérieusement la question des les agrocarburants, alors que pou ceux-ci, ce qu’il faut c’est éliminer les objectifs de production, les subventions et les tarifs pour les agrocarburants. « Le CSA s’est assuré que la volatilité des prix alimentaires figurait à l’agenda. Cependant, la mauvaise volonté affichée par certains pays-clefs du G20 pour faire face aux causes principales de la volatilité des prix alimentaires, telles que les agrocarburants, sapent les efforts déployés cette semaine. Il semble évident que le seul objectif de la France et des pays les plus puissants ici à Rome était de défendre coute que coute, malgré ses faiblesses et lacunes, le plan d’action du G20 agricole de juin dernier, pour mieux pouvoir le promouvoir dans deux semaines au Sommet de Cannes. Il est par exemple particulièrement frustrant de voir que ces pays savent très bien qu’il faut bouger sur les agrocarburants et pour les réserves alimentaires, mais ont choisi de ne rien faire et de temporiser », conclut Jean-Cyril Dagorn.

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