Cannes : un tournant pour le G20 ?

“Nous avons maintenant besoin d’un sommet d’action, pas d'un sommet qui se contenterait de répéter des évidences.”
Carlos Zarco Mera
Directeur général d'Oxfam Mexique
Publié le : 27 Octobre 2011

Les questions de sécurité alimentaire, de ressources financières et d’inégalités seront les indicateurs qui permettront de tester la capacité des dirigeants du G20 à transformer l'économie mondiale

Pour Oxfam, le sommet du G20 à Cannes pourrait constituer un tournant pour la stabilité et la prospérité mondiales, si les dirigeants vont au-delà d’une vision étriquée et de leurs intérêts personnels en agissant de manière décisive en faveur des citoyens les plus pauvres du monde.

Aujourd'hui, une personne sur sept dans le monde a faim. L'économie mondiale est chancelante, et les populations les plus pauvres sont les plus touchées. Même au sein du G20, un retour à une forte croissance économique n'empêchera pas des personnes, dans de nombreux pays, de sombrer dans la pauvreté face aux immenses disparités de revenus. Les 3 et 4 novembre prochain, la crédibilité du G20 est en jeu à Cannes.

Selon Oxfam, le succès du G20 dépend de trois questions brûlantes :

  1. Les dirigeants du G20 soutiendront-ils avec force des sources innovantes de financement pour lutter contre la pauvreté et le changement climatique ?
  2. Vont-ils commencer à agir sur les causes de la hausse et la volatilité des prix alimentaires ?
  3. Vont-ils commencer à s'attaquer aux inégalités grandissantes dans leur approche d’une croissance « durable et inclusive » ?

« La crise de l’Eurozone sera en haut de l’agenda, mais si le G20 veut véritablement améliorer durablement la stabilité et la prospérité mondiales, alors il doit agir sur des préoccupations beaucoup plus larges, a déclaré Carlos Zarco Mera, porte-parole pour Oxfam. Le président Sarkozy a présenté un programme audacieux sur ce point, y compris les questions touchant directement les plus pauvres. Nous avons maintenant besoin d’un sommet d’action, et pas un sommet qui se contenterait de répéter des évidences. »

« Ce G20 fait face à une montagne de scepticisme. Ce n’est certes pas la première fois que la politique de la corde raide et l'intransigeance de quelques pays menacent les bonnes intentions affichées avant un sommet, a déclaré Luc Lamprière, porte-parole d’Oxfam. Mais si les dirigeants du G20 relèvent le défi, Cannes pourrait devenir un tournant pour les populations pauvres. Des millions de personnes qui souffrent de la faim comptent sur eux. »

Pour Oxfam, trois dossiers à l'agenda du G20 pourraient, s’ils sont véritablement couverts, contribuer de manière significative à la stabilité et la prospérité mondiales :

  • Constituer davantage de soutiens à la taxe « Robin des Bois » sur les transactions financières et à une taxation juste du transport maritime international

La crise financière a laissé un trou de 65 milliards dans les budgets des pays pauvres. Les flux d'aide sont en baisse. A cause du changement climatique, des millions de personnes sont menacées par la faim et risquent de se retrouver sans toit. Une infime taxe de 0,05% sur les transactions financières pourrait lever jusqu'à 400 milliards de dollars par an, tandis qu’une taxe sur le carbone émis par le transport maritime pourrait aider à réduire les émissions et dans le même temps recueillir 25 milliards de dollars par an. Chacune de ces propositions bénéficie de soutiens de poids.

« Voilà deux solutions véritablement innovantes pour trouver de nouveaux fonds afin d’aider les personnes les plus durement touchées par des chocs mondiaux, souligne Carlos Zarco Mera. Un maximum de dirigeants du G20 devrait soutenir des pays comme la France, l'Allemagne et l'Afrique du Sud pour mettre concrètement en place ces propositions. La question ne se doit même pas se poser, c’est la chose à faire. »

« Il sera difficile de pardonner aux pays qui bloquent délibérément ces propositions alors que la volonté et des bonnes volontés existent », ajoute-t-il.

  • Lutter contre la volatilité des prix alimentaires

En 2009, le G20 s’était dans un premier temps penché sur les fluctuations de prix des matières premières mais deux ans plus tard, très peu a été fait. 44 millions de personnes sont passées sous le seuil de pauvreté lors du second semestre de 2010 en raison de la hausse des prix alimentaires et Oxfam affirme que les prix pourraient encore doubler au cours des vingt prochaines années.

Le président Sarkozy a mis la crise des prix alimentaires élevés à l'agenda du G20. Il a appelé à une régulation forte du marché, une meilleure transparence et plus de travail sur les inventaires et les assurances afin de gérer les conséquences de l'instabilité des prix. En juin dernier, les ministres de l'agriculture ont lancé un appel peu convaincant en faveur de davantage d’études sur les objectifs d’agrocarburants, les réserves alimentaires et la spéculation, mais sans proposer de réelles actions.

« Les ministres de l'agriculture du G20 ont savonné la planche de leurs dirigeants, à qui il reste un travail colossal à accomplir pour aboutir à des améliorations significatives en faveur des producteurs et des consommateurs les plus pauvres », rappelle Luc Lamprière.

  • Préparer le terrain pour une croissance inclusive et durable et terminer le combat contre les paradis fiscaux

Oxfam estime que le G20 doit maintenant tenir les promesses qu'il a faites à Séoul en 2010 pour promouvoir une « croissance partagée et verte ».

« Le G20 a fait espérer qu'il ferait pencher la balance de la politique économique en faveur des populations pauvres, a déclaré Carlos Zarco Mera. Ses politiques doivent maintenant également se concentrer sur la qualité de la croissance, et pas seulement la quantité, afin que la croissance profite à ceux vivant dans la pauvreté. »

Malgré les promesses précédentes pour lutter contre les paradis fiscaux, les membres du G20 n'ont pas obtenu une amélioration durable dans la coopération fiscale depuis 2009 et la plupart des pays sont toujours exclus des négociations. Le G20 doit forcer les paradis fiscaux à être totalement transparents et promouvoir une plus grande transparence des entreprises multinationales.

« Dans des dizaines de paradis fiscaux, de nombreuses entreprises échappent encore à l’impôt. Aucune véritable sanction ou obligation de transparence n’a été mise en place. Pour chaque dollar reçu sous forme d'aide, environ dix dollars s’évadent de ces mêmes pays, principalement vers les paradis fiscaux », ajoute Carlos Zarco Mera.

« Le G20 devra trancher sur le type de réformes systémiques nécessaires pour que l'économie profite équitablement à tous. De telles réformes doivent impérativement protéger les plus pauvres contre les conséquences de plus en plus graves non seulement des revers des marchés financiers et de l’énergie, mais aussi des conséquences des changements climatiques, des inégalités et de l'insécurité alimentaire. Ce sommet du G20 peut potentiellement être décisif dans la lutte contre la pauvreté », conclut Luc Lamprière.

Notes aux rédactions

Lire : note d’information "G20 : courage et ambition à Cannes" http://oxf.am/G20cannesmb-fr

Suivre : Oxfam au sommet 2011 du G20 à Cannes

Participer : rejoindre l'appel en faveur de la Taxe Robin des bois

Voir : Carte Oxfam des zones de tensions des prix alimentaires

Contacts

Oxfam au G20 :

Magali Rubino, mrubino@oxfamfrance.org, +33 630466604

Matt Grainger, matt.grainger@oxfaminternational.org, +44 7730680837

Angela Corbalan, angela.corbalan@oxfaminternational.org, +32 473562260, @angelacorbalan

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