Des associations craignent qu’une action militaire contre les rebelles de la LRA n’entraîne une nouvelle vague de représailles

“Nous doutons vraiment qu’une intervention militaire, quelle qu’elle soit, permette désormais de protéger toutes ces personnes contre les représailles de la LRA.”
Ernest Sugule
Président de l’organisation congolaise SAIPD
Publié le : 20 Avril 2012

Dix organisations locales et internationales affirment aujourd’hui qu’une nouvelle action militaire contre l’Armée de résistance du Seigneur (LRA, Lord’s Resistance Army) risque d’avoir une fois encore des conséquences dévastatrices pour les populations locales de la République démocratique du Congo (RDC), de la République centrafricaine (RCA) et du Sud-Soudan si rien n’est fait pour protéger les civils et prévenir les représailles de la part de l’un des groupes rebelles les plus violents d’Afrique.

Alors que le monde porte plus que jamais son regard sur la LRA et que la force conjointe des Nations unies et de l’Union africaine se prépare à lancer une nouvelle offensive forte de 5 000 soldats, les habitants des régions où sévit la LRA redoutent chaque jour davantage les conséquences pour les communautés isolées d’Afrique centrale. Les organisations caritatives, dont Oxfam et Conciliation Resources, ont lancé aujourd’hui même un appel aux Casques bleus pour qu’ils renforcent leurs opérations de protection des populations civiles tout en s’attaquant également aux causes profondes du conflit.

Sans rien résoudre, les tentatives précédentes visant à combattre militairement la LRA ont eu des conséquences catastrophiques pour les populations locales, entraînant des représailles contre les civils et dispersant les rebelles sur un périmètre bien plus vaste, leur donnant ainsi l’occasion de cibler encore plus de villages isolés.

Selon les organisations qui œuvrent auprès des communautés, les populations de la RDC, de la RCA et du Sud-Soudan continuent de craindre pour leur vie. Rien que pour le premier trimestre 2012, l’ONU a enregistré 33 attaques dans deux provinces de la RDC au cours desquelles trois personnes ont été tuées et 16 enfants et 35 adultes enlevés.

Les organisations locales qui travaillent dans les zones concernées préviennent que le nombre de morts et d’enlèvements risque d’augmenter après le lancement de l’opération conjointe.

Des opérations suivies de représailles

Au cours des trois semaines suivant le réveillon de Noël 2008, 865 femmes, hommes et enfants ont été tués et des centaines d’autres enlevés en RDC et au Sud-Soudan au cours d’attaques meurtrières. Il s’agissait d’une action de représailles contre l’opération « Éclair de Tonnerre », une offensive militaire lancée par les armées de RDC, de l’Ouganda et du Sud-Soudan, avec l’appui des États-Unis, qui n’a pas pu éviter les pertes civiles.

« Nous doutons vraiment qu’une intervention militaire, quelle qu’elle soit, permette désormais de protéger toutes ces personnes contre les représailles de la LRA, confesse Ernest Sugule, président de l’organisation congolaise SAIPD. La LRA est un groupe guérillero principalement constitué de commandants impitoyables et d’enfants enlevés et enrôlés de force. La nouvelle offensive militaire ne pourra pas faire la différence entre les combattants et les non-combattants et se traduira donc par de nouvelles pertes de vies innocentes. »

Sans une meilleure protection des civils et suite à la reprise des violences, les organisations humanitaires craignent que le nombre de personnes forcées de fuir de chez elles dans cette région ne dépasse la barre actuelle des 440 000.

« Des millions de personnes à travers l’Afrique centrale vivent constamment dans la hantise d’une attaque, affirme Olivia Kalis, responsable de la politique d’Oxfam au Congo. Après avoir subi des traumatismes psychologiques et vécu dans la terreur pendant des années, beaucoup ont aujourd’hui trop peur de cultiver leurs terres, d’aller à l’école ou de se rendre au marché. Même des incidents mineurs ou le simple fait d’apercevoir des soldats de la LRA peut pousser les habitants à fuir. C’est pourquoi le renforcement de la sécurité des villages isolés permettra non seulement de réduire les risques pour les populations, mais aussi de limiter les conséquences humanitaires et à long terme du conflit. »

Le point de vue des victimes

Les organisations ont également appelé les forces de maintien de la paix de l’ONU à patrouiller activement les zones qui risquent d’être attaquées et à renforcer leur action visant à encourager les rebelles à quitter la LRA, une stratégie qui a déjà fait ses preuves et que les communautés locales considèrent souvent comme une clé du conflit. Toute stratégie mise en place dans la région devrait prendre en compte le point de vue des communautés touchées, et plus particulièrement des femmes, les principales victimes du conflit.

À long terme, les communautés ont besoin d’une force nationale de sécurité qui soit responsable, bien formée et bien équipée. Dans la région, les droits humains ont été bafoués non seulement par la LRA, mais aussi par les armées. Prévenir les violences contre les populations locales implique de s’engager à réformer l’armée, à rendre des comptes aux communautés touchées et à développer les régions isolées.

Selon Anne Street, analyste humanitaire pour la Cafod, « tant que les personnes ayant fui la LRA ne bénéficieront pas d’un soutien et d’une protection accrus et que la réintégration des anciens combattants dans les communautés ne sera pas une priorité, il n’y aura ni paix ni réconciliation dans la région. Une approche uniquement militaire mettra des innocents dans une situation très dangereuse. Nous ne pouvons pas nous permettre, sur le plan humanitaire, de voir des centaines de milliers d’autres personnes fuir leur maison, perdre leurs moyens de subsistance et devenir dépendantes de l’assistance humanitaire. Au contraire, il nous faut un processus de justice, de réhabilitation et de développement qui apportera une paix durable dans la région. »

En savoir plus

Diaporama : Isolement et insécurité en RDC

Rapport Oxfam : « Nous sommes pleinement exploitables » : Le manque de protection des civils à l’est de la République démocratique du Congo

Notes aux rédactions

  1. Six des dix organisations sont locales. Trois sont basées en République démocratique du Congo : la Commission pour la justice, la paix et la réconciliation en RDC (CJPR-R), Aru-Faradje ; Solidarité et assistance intégrée aux populations vulnérables (SAIPD), Réseau des organisations de femmes des Uélés (ROFU). Une au Sud-Soudan : Comité pour la paix inter-églises (ICC, Interchurch Peace Committee), et deux en Ouganda : Commission pour la justice et la paix (CJP) et l’initiative pour la paix des chefs religieux acholis (Acholi Religious Leaders Peace Initiative, ARPLI). Les organisations internationales sont : Cafod, Christian Aid, Conciliation Resources et Oxfam. 
  2. Au cours des 25 dernières années, la LRA a tué plus de 100 000 personnes, enlevé 70 000 autres et forcé plus de deux millions de personnes à fuir leur maison et leur village, dans quatre pays différents.
  3. En 2011, Oxfam a mené une enquête dans les régions du Congo où sévit la LRA. Dans sept des neuf communautés étudiées, les personnes interrogées ont confié que les casques bleus ne patrouillaient pas suffisamment dans les endroits les plus importants, tels que dans les champs et sur les routes qui mènent aux marchés.
  4. La mission conjointe ONU-UA en RDC et en RCA fait suite au lancement en mars, à Juba (Sud-Soudan), de l’Initiative de coopération régionale contre la LRA (ICR-LRA) dirigée par l’UA et appuyée par l’ONU, et de sa composante militaire, la Force régionale d’intervention (FRI).
  5. La FRI sera composée de 5 000 soldats originaires des quatre pays touchés par la LRA : l’Ouganda, la RDC, la RCA et le Sud-Soudan. Le quartier général de la FRI se trouve à Yambio (Sud-Soudan). Elle aura également des bases à Dungu, Obo et Nzara (Sud-Soudan).
  6. Pour vous tenir informé(e) des attaques de la LRA et connaître les perspectives des régions touchées, consultez le bulletin d’information de la Force civile régionale d’intervention, « The Voice of Peace »

Contacts

Pour de plus amples informations, merci de bien vouloir contacter :

Anna Ridout, Chargée de relations presse, Oxfam : +44 (0)7766 443506 / ARidout@oxfam.org.uk

Louis Bélanger, Responsable médias - questions humanitaires, Oxfam : +1 917 224 0834 / Louis.Belanger@oxfaminternational.org / Twitter : @louis_press

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