Perspective de meilleures récoltes au Sahel: une bonne nouvelle, mais les gouvernements et les Nations Unies ne devraient pas baisser la garde

“Ce serait une grave imprudence que de se retirer dès les premiers signes d'amélioration.”
Al Hassan
Coordinateur des Politiques Régionales pour la Sécurité Alimentaire d’Oxfam en Afrique de l’Ouest
Publié le : 7 Septembre 2012

L’ONG internationale Oxfam et le principal réseau régional de producteurs ROPPA ont accueilli favorablement les conclusions de la réunion du PREGEC annonçant des perspectives de récoltes  améliorées dans la région du Sahel. Cependant, ces organisations rappellent  aux  gouvernements et à l'ONU que la crise est loin d'être terminée et qu’une augmentation de l'aide est  encore  nécessaire pour aider les agriculteurs et les éleveurs à surmonter le  triple défi des sécheresses récurrentes, de la pauvreté persistante et de l'instabilité socio-politique. Ces prévisions ont été révélées ce jour par un collectif d’organisations régionales spécialisées en sécurité alimentaire, des gouvernements, des bailleurs et d’agences onusiennes, dont le Programme Alimentaire Mondial

 «Les prévisions de meilleures récoltes sont encourageantes, mais les gouvernements, l'ONU et les organisations humanitaires ne devraient pas voir cela comme une excuse pour lever  le pied. La crise alimentaire qui affecte des millions de personnes est loin d'être terminée. Les prix des denrées alimentaires restent extrêmement élevés, les moyens et les revenus ont été épuisés et  des millions de personnes vont avoir encore besoin d’un appui pour se rétablir. Ce serait une grave imprudence que de se retirer dès les premiers signes d'amélioration. Nous perdrions les gains durement acquis grâce au  soutien fourni jusqu'à présent  et mettrions à rude épreuve  la capacité des populations  à se relever et se construire un avenir ", a déclaré Al Hassan Cissé, Coordinateur  des Politiques Régionales pour la Sécurité Alimentaire d’Oxfam en Afrique de l’Ouest.

Alors que les perspectives pour la récolte de 2012 semblent être au-dessus de la moyenne et présagent d’une amélioration pour de nombreuses personnes dans la région, il y a des  zones qui rencontrent toujours des difficultés. Au Mali le gouvernement estime que la production pourrait réduire de 20 à 30 pour cent. L’agence a déclaré que, même pendant « une bonne année », 20 pour cent de la population souffre de malnutrition/a faim et 230.000 enfants meurent de causes liées à la faim.

« De nombreux agriculteurs estiment qu’ils vivront des moments meilleurs en perspective, mais beaucoup d'autres n'ont pas pu planter avec succès ou ont vu leurs récoltes touchées par les inondations. Pour sortir de cette crise alimentaire, les agriculteurs auront besoin de semences, d'outils et d'engrais pour les aider à préparer la prochaine saison ainsi qu’un soutien pour augmenter les rendements pour les années à venir. Il est impérieux d’éviter que cette crise ne se reproduise à nouveau. La perte inutile de vies et de moyens ainsi que la souffrance morale qu’elle engendre devraient inciter les gouvernements à être plus proactifs dans la recherche de solutions durables à ces crises alimentaires récurrentes en commençant par s’attaquer aux causes profondes du mal" a déclaré Djibo Bagna Président du Réseau des organisations paysannes et des producteurs agricoles de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA).

A la date d’aujourd’hui, les pluies sont  globalement bonnes dans toute la région, mais elles sont faibles dans quelques poches des régions de Tilaberi, de Dosso et de Tahoua au Niger et de Matam au Sénégal. Des fortes pluies ont cependant causé d’importantes inondations qui ont occasionné  la destruction de milliers d'hectares de terres cultivées  au Niger, au Nigeria, et au Tchad.

Dans certaines poches, les pâturages pour le bétail sont faibles notamment dans le Nord du Sénégal, dans le Sud Est de la Mauritanie,  à  l’Est du Burkina Faso, au Nord Est du Nigeria, dans la région de Mopti au Mali et les régions de Tillabery et Tahoua au Niger.

Et même dans les régions où les précipitations ont été bonnes, tous les agriculteurs n’ont pas pu en profiter dû aux pertes subies à cause de la crise alimentaire actuelle. Le financement de l'aide d'urgence à l'agriculture est couvert de 24 pour cent à peine nécessaire, et les organisations humanitaires n'ont  pas été en mesure de fournir assez de semences, d'outils et d'engrais pour moins de la moitié des 9,9 millions des personnes vulnérables ciblées.

Les prix alimentaires sont toujours élevés dans la région. En août, le prix du mil était de 62 pour cent plus élevé que la moyenne des cinq dernières années à Niamey, au Niger et 73 pour cent plus élevé  à Ouagadougou, au Burkina Faso. A Bamako, au Mali, il était de 96 pour cent de plus que la dernière moyenne des quatre années.

Il y a aussi la menace d'une invasion acridienne dans certaines parties dans la région,  spécialement au Mali ou les efforts de contrôle sont rendus difficiles pour des raisons de sécurité. Le risque sera encore plus élevé à partir de  mi-septembre à octobre, quand les essaims pourraient se former, migrer et menacer les récoltes.

L'instabilité persistante au Mali et la tension accrue sur les personnes déplacées et les communautés d'accueil  créent  inévitablement de nouveaux défis et besoins. La production de riz dans le Nord du Mali pourrait baisser de 30 pour cent par rapport à une année normale et la moitié de tout le cheptel pourrait être perdue dans certaines régions et ceci, du fait de l'insécurité qui limite les mouvements, causant un manque d'alimentation pour le bétail et l’accès aux services vétérinaires.

Oxfam  et ROPPA déclarent  que c'est la troisième crise alimentaire de grande ampleur qui frappe la région en moins d'une décennie. Pour éviter  que la prochaine sécheresse ne  se transforme en une urgence  humanitaire,  les bailleurs ont besoin de soutenir l'investissement dans les capacités de production des petits producteurs, les systèmes de protection sociale et les réserves alimentaires  qui permettraient de réagir rapidement aux crises futures et aider les communautés à gérer  la volatilité des prix alimentaires.

En savoir plus

Plus d’informations sur la crise alimentaire au Sahel

Télécharger le rapport : « La Terre se réchauffe, les prix flambent : le coût alimentaire du changement climatique »

Rapport d’étude : Extreme Weather Events and Crop Price Spikes in a Changing Climate: Illustrative global simulation scenarios

Enjeux : Flambée des prix alimentaires

Rejoignez la champagne CULTIVONS d’Oxfam pour garantir que nous pourrons toutes et tous manger à notre faim à l’avenirs

Notes aux rédactions

  • Le Réseau des organisations paysannes et de producteurs de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA) a formellement été fondé en juillet 2000 à Cotonou. Actuellement il regroupe 13 organisations paysannes nationales membres et des organisations paysannes membres associées.
  • Projections faites pendant la rencontre du PREGEC à Dakar à laquelle ont participé le CILSS,  l’UEMOA, le PAM,  la FAO,FEWSNET, OXFAM, l’APESS, l’ACDI  les représentants des Gouvernements et les représentants de la coopération Française, Américaine, du Canada et la Commission Européenne.

Liens photos :

http://wordsandpictures.oxfam.org.au/?c=11718&k=2c998f8752
http://www.flickr.com/photos/16885132@N04/sets/72157631435021260/

Contacts

Pour plus d’information et pour arranger des interviews  merci de contacter :

Irina Fuhrmann (Oxfam)
+226 75420508  –  Email:ifuhrmann@intermonoxfam.org

Yaye Fatou Marone (Oxfam)
+221 77 510 54 44 – Email:ymarone@oxfam.org.uk

Ian Bray (Oxfam)
+44 (0)7721 461339 – Email:ibray@oxfam.org.uk

Laurent Quenum (ROPPA)
+226672959690  - Email: laurentquenem@gmail.com

Permalink: http://oxf.am/Jrd