Hôpital à Lilongwe, Malawi. Photo : Abbie Trayler-Smith/Oxfam

Forte baisse de l’aide au développement : les promesses d’aide aux pays pauvres abandonnées

“À cause de ces coupes, trop d’enfants ne vont pas recevoir l’éducation nécessaire, et trop de femmes ne vont pas pouvoir bénéficier des soins médicaux qui assureraient la santé de leur bébé.”
Jeremy Hobbs
Directeur général d'Oxfam International
Publié le : 3 Avril 2013

Le non-respect des promesses d’aide aux pays pauvres va priver des millions de personnes en situation de pauvreté de vivres et de médicaments vitaux, avertit aujourd’hui Oxfam en réaction à la publication des statistiques de l’OCDE dont il ressort que l’aide accordée par les pays riches s’est chiffrée à 125,586 milliards de dollars en 2012, ce qui représente en valeur réelle une baisse de 5,36 milliards de dollars. En part du revenu national, l’aide est passée de 0,31 % à 0,29 %. Autant dire que les pays riches ont purement et simplement enterré leur promesse d’accorder 0,7 % de leur revenu national aux plus démunis.

Les amputations les plus lourdes ont eu lieu en Espagne et en Italie, mais la Belgique et l’Allemagne ont aussi radicalement coupé leurs budgets d’aide. En Australie, l’activité économique et les finances publiques se portent mieux que dans la plupart des pays de l’OCDE. Pourtant, sa part des apports aux pays pauvres a relativement stagné l’année dernière, après des retards dans la mise en œuvre de ses promesses d’augmenter l’aide. Les apports de l’Australie aux pays pauvres représentent la moitié du montant qu’atteindront les dépenses d’aide du Royaume-Uni cette année.

Une question de volonté politique

Oxfam appelle les pays riches à ne pas abandonner les promesses qu’ils ont faites aux pays les plus pauvres du monde. Bien qu’en récession, le Royaume-Uni a prévu d’atteindre son objectif de 0,7 % cette année. Preuve s’il en faut qu’honorer les promesses d’aide aux pays les plus pauvres est une question de volonté politique et que couper l’aide relève plus du choix politique que de la nécessité budgétaire.

61 millions de dollars, soit 47 millions d’euros – le montant des primes versées par la banque Barclays à neuf de ses cadres supérieurs cette année – pourraient permettre à plus d’un million de personnes d’accéder à l’eau potable au Mozambique, où seulement 5 % de la population rurale y a accès.

Des coupes budgétaires qui coûtent des vies

« Une telle réduction de l’aide va coûter des vies, s’inquiète Jeremy Hobbs, directeur général d’Oxfam International. La crise économique mondiale a épuisé les réserves des pays pauvres, alors même qu’ils se trouvent confrontés à des prix alimentaires élevés et au coût énorme du changement climatique. Ce n’est pas le moment que les pays riches laissent tomber des engagements qu’ils ont pris de longue date.

« Le fait que le Royaume-Uni a maintenu son aide montre que d’autres pays donateurs pourraient honorer leurs engagements s’ils s’en souciaient vraiment. L’aide permet de construire des hôpitaux, de payer des médecins et d’acheter des manuels scolaires et du matériel médical. Les pays tels que le Japon et la Belgique, qui opèrent des coupes sombres dans leurs budgets d’aide, doivent songer au coût humain et revenir immédiatement sur leur décision.

L'aide est un investissement

« L’aide au développement n’est pas de la charité ; c’est un investissement infime mais essentiel pour construire un monde meilleur et plus sûr. À cause de ces coupes, trop d’agriculteurs ne vont pas recevoir l’aide dont ils ont besoin pour accroître leur production de denrées alimentaires, trop d’enfants ne vont pas recevoir l’éducation qui leur donnerait de meilleures perspectives d’emploi, et trop de femmes ne vont pas pouvoir bénéficier des soins médicaux qui assureraient la santé de leur bébé. Ce désinvestissement massif signifie que les pays pauvres souffriront davantage de la gabegie des banquiers dans les pays riches et disposeront de moins de ressources pour contribuer à redynamiser l’économie mondiale. »

Le Danemark, la Suède, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Norvège continuent à tenir leur promesse d’accorder plus de 0,7 % de leur revenu national à l’aide au développement.

Compte tenu de la taille de l’économie américaine, les États-Unis se classent à la 19e place des bailleurs de fonds. Dans le pays, les dépenses en boissons gazeuses de la population – 77 milliards de dollars l’an dernier – sont supérieures aux dépenses d’aide du gouvernement. .

À 125,6 milliards de dollars, le montant total des dépenses mondiales d’aide paraît minuscule par rapport aux richesses entre les mains des 100 plus grandes fortunes du monde : 1 900 milliards de dollars.

Des financements innovants indispensables

Les chiffres publiés aujourd’hui confirment que les financements principalement destinés à l’adaptation au changement climatique sont passés de 3,3 milliards de dollars en 2011 à 1,8 milliard l’an dernier. Ces chiffres 2012 n’ont pas encore été confirmés, mais tout annonce déjà la poursuite de cette tendance à la baisse. Le financement de la lutte contre le changement climatique n’est certes pas considéré comme faisant partie de l’aide traditionnelle, mais les pays en développement en ont besoin pour faire face aux effets de plus en plus graves des phénomènes météorologiques extrêmes, aux pénuries d’eau et à la réduction des rendements agricoles.

Face à l’abandon général de l’objectif de consacrer 0,7 % du revenu national à l’aide, de nouvelles sources de financement du développement deviennent indispensables. Oxfam préconise une taxe sur les transactions financières (TTF) destinée à aider les populations pauvres touchées par la crise économique, ainsi que des mesures énergiques de lutte contre l’évasion fiscale qui, chaque année, ponctionne des milliards aux pays pauvres. La Commission européenne estime qu’une TTF adoptée par 11 États membres de l’Union pourrait générer 35 milliards d’euros. Selon une étude récente de l’Institut allemand de recherche économique (DIW), les recettes pourraient se monter à 37 milliards d’euros par an.

Pour Jeremy Hobbs, « il est plus que jamais nécessaire de trouver des moyens innovants de mobiliser davantage de fonds pour la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. Absolument rien n’empêche les pays donateurs de mettre en place une taxe sur les transactions financières ; elle ne coûte rien, mais génère des milliards. Bien que timidement, la France a montré que c’est possible et il lui appartient à présent de montrer aux autres pays donateurs qu’ils peuvent eux aussi appliquer la taxe et l’utiliser pour financer le développement. »

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Notes aux rédactions

  • Au Népal, 91 millions de dollars permettraient de payer les salaires de plus de 15 500 médecins et 21 000 infirmiers , lesquels pourraient soigner près d’un million de personnes par jour.
  • 152 millions de dollars permettraient d’acheter 3 millions de vaccins contre la méningite et de vacciner 3 habitants des pays à faible revenu sur 8.
  • 760 millions de dollars permettraient de fournir plus de 188 millions de moustiquaires de protection contre le paludisme.
  • 365 millions de dollars permettraient de traiter plus de 2 millions de séropositifs aux antirétroviraux pendant un an.
  • Un investissement de 911 millions de dollars dans l’agriculture permettrait de sortir de la pauvreté un demi-million d’Africains.
  • Les consommateurs américains dépensent 2,1 milliards de dollars en œufs de Pâques.

Consultez le communiqué de l'OCDE sur les statistiques de l'aide internationale

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