Place Tahrir, après l'élection de Morsi. Photo : Abdel Rahman Youssef/Hoqook.com
La foule rassemblée place Tahrir, après l'élection du nouveau président égyptien Mohamed Morsi

Les organisations de la société civile égyptienne gardent foi en la démocratie

“Il existe une autre force au sein de la société égyptienne, une force représentative des aspirations de millions de jeunes et de travailleurs, des personnes à l’origine de la révolte.”
Alaa Shukrallah
Fondateur du Centre de soutien au développement

En Égypte, certains craignent que la victoire du candidat des Frères musulmans, Mohamed Morsi, aux élections présidentielles ne sonne la fin de la révolution et le début de l’hiver arabe. Parmi les partenaires d’Oxfam en Égypte, l’heure reste cependant à l’optimisme.

Selon deux partenaires d’Oxfam, des personnalités éminentes de la société civile égyptienne, l’élection de Morsi constitue un tournant important dans le passage de la dictature à la démocratie en Égypte. Cela ne veut pas dire que les partenaires d’Oxfam se réjouissent de la présidence de M. Morsi. Aucun des candidats du second tour des élections présidentielles ne portait les aspirations exprimées par les manifestants égyptiens, l’an dernier, pour une véritable démocratie fondée sur le pluralisme, la non-discrimination, la justice sociale et la dignité humaine.

La lutte contre la pauvreté et pour les droits des femmes, les droits des minorités et pour l’établissement de l’état de droit demeure indéniablement l’objectif premier des partenaires d’Oxfam en Égypte. Ceux-ci ont bien l’intention de garder un œil attentif sur le nouveau pouvoir en place et de surveiller son respect des droits humains et des droits des femmes et l’attention qu’il accordera aux enjeux des populations pauvres.

Une évolution positive en marche

Les partenaires d’Oxfam ont néanmoins la certitude que les initiateurs de la révolution vont continuer à exercer une influence sur l’évolution de l’Égypte.

« Si vous regardez les résultats du premier tour des élections, Morsi et Shafik [les candidats en lice au second tour] ont à eux deux obtenu 47 % des voix, remarque Alaa Shukrallah, fondateur du Development Support Center (centre de soutien au développement) où il fait également office de consultant. Plus de la moitié des voix sont allées à d’autres candidats, des personnes qui ne faisaient partie ni des Frères musulmans, ni de l’ancien régime. Il existe donc bien une autre force au sein de la société égyptienne, une force représentative des aspirations de millions de jeunes et de travailleurs, des personnes à l’origine de la révolte. »

C’est aussi l’avis de Maher Bushra, directeur général de la Better Life Association à Minya, en Haute-Égypte. « Morsi a été élu par scrutin libre et équitable. Mais il n’a en fait gagné que d’un faible pourcentage. » Si l’on ajoute à cette marge de victoire réduite le fait que seulement 51 % des électeurs en droit de voter se sont rendus aux urnes, on comprend le point de vue de Maher Bushra : Morsi est loin de disposer d’un large mandat populaire.

La société civile se mobilise

En tout état de cause, le succès ou l’échec de l’insurrection ne saurait se mesurer uniquement à l’aune du scrutin. Depuis le début du soulèvement, il y a un an et demi, les Égyptiens et Égyptiennes prennent davantage leur vie en main. Alaa Shukrallah en veut pour preuve le mouvement syndical. « L’ancien régime autoritaire a monopolisé le mouvement durant plus de cinquante ans. Or il existe à présent près de huit cents syndicats indépendants. » Et le mouvement poursuit son essor. Selon Alaa Shukrallah, de nouveaux partis politiques continuent, encore aujourd’hui, de voir le jour. Les gens remettent en question les alliés de l’ancien régime à l’échelon local en constituant des comités populaires.

Face à la pléthore d’initiatives locales, il peut être difficile de dégager un courant national. Pour Maher Bushra, le mouvement réformiste a besoin de plus d’unité : « En nous unissant, nous serons plus forts ». Il préconise la formation d’une large coalition pour représenter les réformistes. Selon lui, la Better Life Association apportera son soutien au nouveau gouvernement puisqu’il a été élu démocratiquement, « mais nous descendrons dans la rue s’il ne tient pas ses promesses ». La société civile continuera ainsi à défendre activement les droits des femmes et les intérêts des plus démunis. « Nous garderons un œil attentif sur le pouvoir en place et surveillerons son respect des droits humains et des droits des femmes », ajoute-t-il.

Maher Bushra précise que les groupes de la société civile tiennent aussi absolument à l’instauration d’un État civil. Après des décennies de dictature militaire, Maher Bushra ne souhaite pas l’émergence d’un pouvoir religieux. Il prône un État fondé sur la primauté du droit, garantissant la justice et l’égalité pour toutes et tous.

Solidarité internationale

Les réformistes égyptiens ont conscience que le passage à la démocratie est un processus et qu’il est loin d’être terminé. Les initiatives locales sont importantes pour ce processus, mais il en va de même des développements régionaux et internationaux. Il appartient aux organisations internationales telles qu’Oxfam de soutenir la transition vers la démocratie. Pour Alaa Shukrallah, Oxfam peut contribuer à développer la solidarité internationale avec le peuple égyptien simplement en montrant une image réaliste du pays, dans toute sa diversité.

Photo de la place Tahrir, après les récentes élections. Photo : Abdel Rahman Youssef/Hoqook.com

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