Un villageois près d’une décharge de déchets miniers au centre de Prestea
Un villageois près d’une décharge de déchets miniers au centre de Prestea

Ghana : Les habitants défendent leurs droits face aux compagnies

Les agriculteurs du Ghana parlent franchement de l’impact des mines d’or sur leurs communautés et comment – avec une éducation sur leurs droits de l’homme – ils peuvent rendre responsables de leurs actes les entreprises d’extraction minière et le gouvernement.


Paul Ayensu, un agriculteur de la petite ville de Teberebie, avait une toute petite exploitation – 1200 mètres carrés découpés dans le vert intense de la forêt tropicale ghanéenne. Il y faisait pousser 12 espèces différentes de plantes : des ignames, des palmiers à huile, des ananas, du cacao et de nombreux légumes. « Je faisais pousser beaucoup de nourriture, et je gagnais de l'argent" dit-il. « J'y passais tout mon temps. »


Lorsque le gouvernement a concédé l’exploitation des minéraux qui se trouvaient sous son exploitation à une compagnie minière internationale en 1991, Ayensu, 37 ans, sa femme et ses quatre enfants ont découverts que le prix qu’il devait recevoir pour son terrain avait été arbitrairement amputé des deux tiers. « Je n’étais pas content, et je pleurais » dit ensuite Ayensu. « C’est parce que c’est grâce à cette exploitation que nous pouvions manger… maintenant mes enfants ne vont plus à l’école. Je ne pourrai plus jamais retourner sur mon exploitation. »


C’est une histoire bien courante, qui se répète dans bien d'autres pays miniers, mais à Teberebie les agriculteurs pèsent dans la balance parce qu'ils apprennent, ils comprennent et font valoir leurs droits de base.


La ruée vers l’or


La plus grande partie des richesses générées par les compagnies minières va directement aux entreprises étrangères qui dirigent les mines. Un rapport de 2005 des Nations-Unies a estimé que seulement cinq pour cent des 894 millions de dollars générés par les mines en 2003 sont restés au Ghana, seulement 46 millions de dollars dans l’économie de 1 milliard de dollars du Ghana. « Notre pays est pauvre parce que nos ressources sont sous le contrôle de ceux qui ont tout l’argent », dit Daniel Owusu-Koranteng, directeur général de l'Association Wassa des communautés atteintes par l’extraction minière (WACAM), une organisation qui aide les gens à protéger l’environnement et à défendre leurs droits de l’homme. « Quatre-vingt-quinze pour cent des revenus miniers sortent du pays, et seulement cinq pour cent restent – avec 100 pour cent des problèmes. »


Ces problèmes vont encore bien plus loin que celui des agriculteurs qui perdent leurs terres. La BBC a annoncé en 2006 qu’au moins 12 personnes avaient été tuées par balle lors de confrontations violentes avec les forces de sécurité des mines et la police. Il y a également eu de nombreuses fuites de cyanure près des rivières et des cours d’eau servant à la boisson et à l’irrigation. Daniel Owusu-Koranteng dit que les cinq pour cent des revenus miniers qui restent au Ghana sont très loin de compenser tous ces problèmes.


Triompher de l’injustice


Oxfam Amérique finance le travail de la WACAM, l’organisation de Daniel Owusu-Koranteng. La WACAM enseigne la constitution du Ghana au villageois, ainsi que leurs droits par rapport à la loi 2006 sur les minéraux et les mines. Armés de ces informations, les agriculteurs peuvent faire valoir leurs droits à une juste compensation pour leurs terres, et faire assumer aux entreprises leurs responsabilités en cas de dommages à l’environnement.


Ce que c’est que le respect


Les 400 villageois d’Abekoase, dont la moitié avait déjà été expulsée par la mine de Gold Fields, ont mené la compagnie devant les tribunaux en mars 2002. Fin 2003, Abekoase et Gold Fields avaient conclu une entente à l'amiable qui comportait la construction d'un centre communautaire et un fonds de développement d'environ 27 000 dollars, destiné à construire une nouvelle école et des logements pour les enseignants. Une usine d’huile de palme est également en construction.


« C’était un très bon accord", dit le Chef Nyamiketh, remerciant la WACAM et le CEPIL pour leurs conseils dans cette affaire. « S’il n’y avait pas eu la WACAM, nous n’aurions pas eu d’aide, parce qu'on a bien l'impression que les institutions du gouvernement sont du côté des compagnies minières. »