Des résidents locaux marchent entre les villages palestiniens de Kherbet Jbara et Azbat Shov. Crédit: Oxfam
Les restrictions des constructions limitent le développement économique des Palestiniens

Une organisation israélienne aide les Palestiniens à faire appel des ordres de démolition de leurs maisons

En un matin calme dans le sud de la Cisjordanie, deux rencontres très différentes ont lieu entre les villageois palestiniens de At-Tuwani et les Israéliens.

A quelques 100 ou 200 mètres du village de 400 habitants, des colons israéliens ont érigé des tentes pour bâtir un nouvel avant-poste, colonie non autorisée qui n’est généralement habitée que par une poignée de colons. Si toutes les colonies israéliens en Cisjordanie occupée sont considérées comme illégales au terme du droit international, ces avant-postes sont en outre juges illégaux par l’Etat israélien.

Depuis le toit de sa maison, Umm Juma, 58 ans, jette un œil fatigué sur ces nouveaux colons et s’inquiète pour ses fils : “les colons bloquent le chemin que nous empruntions pour accéder aux pâturages. Ils ont déjà attaqué mes fils alors qu’ils emmenaient nos moutons paître. Désormais, je n’inquiète pour leur sécurité à chaque fois qu’ils quittent la maison ».

Au même moment, Umm Juma sert le thé à un autre groupe d’Israéliens qu’elle a invités sur son toit terrasse. Ils travaillent pour Bimkom, partenaire d’Oxfam, et sont venus l’aider à protéger sa maison, menacée de démolition.

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Les architectes de Bimkom conseillent les palestiniens. Crédit: Catherine Weibel/Oxfam

Les architectes et planificateurs de Bimkom aident les Palestiniens à faire appel des ordres de démolition de leurs maisons et à dénoncer les politiques restrictives de construction qui sont monnaie courante dans la zone C. Créée par les Accords d’Oslo II en 1995, la zone C représente 60% de tout le territoire de la Cisjordanie palestinienne. 150 000 Palestiniens y vivent et presque deux fois plus de colons israéliens, dont la vaste majorité s’est installée en Cisjordanie au cours des dernières décennies. La zone C est placée entièrement sous contrôle civil et militaire israélien, y compris l’administration de toutes les questions liées à la terre. Selon Bimkom, les statistiques démontrent qu’il est extrêmement difficile pour les Palestiniens d’obtenir des permis de construire dans la zone C, alors même que les colonies continuent à s’étendre.

Même si la maison d’Umm Juma a été bâtie il y a 30 ans, elle doit encore obtenir un permis de construire pour que sa maison soit considérée comme légale aux yeux de l’Administration civile israélienne (ACI), agence militaire israélienne qui décide des plans d’occupation des sols et délivre des permis de construire aux Palestiniens vivant dans la zone C. La maison de Umm Juma est menacée de démolition car elle se trouve 100 mètres en dehors des limites du plan défini par l’ACI. Même si la maison de 6 pièces n’est pas démolie, elle restera en dehors des limites du plan d’occupation des sols défini pour le village. Cela signifie que les 30 membres de la famille d’Umm Juma qui vivent entassés dans la maison ne pourront pas légalement l’agrandir ni la rénover.

Les villageois d’At-Tuwani se plaignent que l’ACI délivre des ordres de démolition mais n’offre aucun service public. Ils affirment demander depuis des années que leur village soit connecté au réseau électrique. Le réseau, qui dessert les colonies israéliennes environnantes, passe toujours au large d’At-Tuwani.

Aucune des institutions de planification de l’Administration Civile israélienne n’intègre de représentants de la population palestinienne. Selon Bimkom, la politique de planification mise en œuvre par Israël dans la zone C est utilisée pour constituer des réserves de terres destinées au développement futur de colonies israéliennes. Les Palestiniens n’ont souvent d’autre choix que de  construire sans permis, en dépit du risque toujours présent de démolition qui menace des milliers de constructions et risque d’entraîner le déplacement forcé de milliers de familles.

Pour le moment, Umm Juma se contente d’espérer que la maison où elle vit depuis 30 ans ne sera pas démolie.