Une femme travaillant dans les rizières. Crédit: Jerry Carreon/Oxfam
Une femme travaillant dans les rizières

Philippines : Le combat contre l’exploitation minière

Juanita Cut-ing se souvient du jour où deux soldats armés sont venus chez elle, accompagnés de représentants d’une compagnie d’exploitation minière pour essayer de la forcer à vendre son terrain.

« Ils ont essayé de nous forcer à signer le reçu [d’une offre d’achat de notre terrain] mais nous avons refusé. J’avais peur car ils avaient vu le panneau « non à la mine » à l’extérieur de ma maison. Les soldats étaient là avec le doigt sur la gâchette et ils regardaient derrière la maison et dans la salle de bains », se souvient-elle.

L’histoire de Juanita est une histoire parmi tant d’autres figurant dans le dernier rapport de cas Mining Ombudsman (médiateur des mines) d’Oxfam Australie, qui se concentre sur la proposition de mine d’or et de cuivre de Didipio dans le Centre-Nord de l’île de Luçon, aux Philippines. La région de Didipio est une zone agricole fertile où les agriculteurs font pousser des produits alimentaires pour la consommation ou des cultures commerciales comme les citrus, ce qui signifie dans les deux cas un besoin en eau propre provenant de la rivière située à proximité.

Ce rapport présente la tactique employée par la compagnie d'exploitation minière australienne Oceana Gold pour essayer de développer la mine, malgré l’opposition de nombreux membres de la communauté. Récemment, au mois d’octobre, la communauté de Didipio a élu un nouveau conseil local composé en majorité de conseillers opposés au projet d’exploitation minière.

Notre Mining Ombudsman s'est impliqué dans la proposition de mine, à la demande des membres de la communauté locale, qui affirmaient que la compagnie essayait de faire passer en force le développement de la mine sans écouter les préoccupations de la communauté. Au cours des cinq dernières années, le Mining Ombudsman a mené des entretiens et participé à des réunions de la communauté impliquant des centaines de villageois de Didipio, et a rencontré des représentants du gouvernement, des conseillers locaux et des représentants de la compagnie minière.

Les résultats de ces enquêtes sont alarmants. Tentatives pour faire pression sur les habitants pour qu'ils vendent leurs terres à la compagnie à un prix déterminé, menaces d’action en justice contre les agriculteurs analphabètes, proposition d’argent, d’emplois et de prix de terrains gonflés à des conseillers élus démocratiquement, et incitations délibérées pour créer un climat de confrontation qui a fini par diviser la communauté sur la proposition d’exploitation minière... tout cela fait partie des tactiques qui auraient été employées.

Le droit de tous les autochtones et membres de la communauté locale à se faire entendre et à être capable d’influencer les décisions qui affecteront leur vie est au cœur de cette affaire. Pour la population de Didipio, cela signifie avoir la possibilité d’approuver ou de rejeter le projet de mine, sans contraintes ni manipulation, et en ayant connaissance de tous les faits.

Même si nous pensons que les compagnies d’exploitation minière australiennes peuvent contribuer au développement local et à l’éradication de la pauvreté, le cas de Didipio illustre le besoin d’établir un mécanisme de réclamations formel et indépendant pour les communautés visées par les compagnies minières australiennes à l’étranger.

Un tel mécanisme permettrait de garantir la protection des droits des personnes et des communautés, forcerait les entreprises peu éthiques à améliorer leurs pratiques, et permettrait aux entreprises d’être davantage responsables envers les communautés affectées par l’exploitation minière. Et surtout, cela permettrait aux communautés comme Didipio de se faire entendre.