Judith Alexandre achète un repas chaud à un restaurant communautaire en Haïti. Ces repas subventionnés sont parmi les initiatives locales qu’Oxfam soutient pour aider les gens pauvres touchés par la crise alimentaire. Credit: Bernard Cherelus
La production nationale est tombée dramatiquement à la suite de la baisse des taxes sur l’importation.

Riz importé, familles affamées en Haïti

“Si les gens ont faim, ils ne parient pas sur la stabilité”
Hedi Annabi
UN

Judith Alexandre, mère de famille veuve, vit avec ses deux enfants en Haïti, pays le plus pauvre de l’hémisphère occidentale. Comme bien d’autres familles, celle-ci n’a qu’un moyen de faire face à la hausse dramatique des prix des denrées alimentaires : sauter un repas.

Le petit déjeuner ne figure plus dans la routine matinale des enfants. Alexandre n’a pas assez d’argent pour l’acheter. La plupart de ce qu’elle gagne comme marchand de rue au quartier Carrefour-Feuilles de Port-au-Prince est destinée à la nourriture. Mais la hausse dramatique du prix du riz, denrée de base en Haïti, empêche Alexandre et sa famille de manger régulièrement.

Il y a moins de 20 ans, le pays était presque autosuffisant en ce qui concerne la production du riz. Mais en 1995, lorsque la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International ont réduit les taxes sur le riz importé (de 50 pourcent à 3 pourcent), du riz subventionné et bon marché provenant des Etats-Unis a commencé à inonder le marché haïtien. Au départ, les consommateurs urbains ont bénéficié des importations peu chères, mais celles-ci ont fait plonger la production nationale du riz. Aujourd’hui le Haïti importe 80 pour cent du riz qu’il utilise— alors que les prix mondiaux ont doublé.

Plus de la moitié de la population du pays est mal nourrie, et plus de 80 pour cent de la population rurale vit en-dessous du niveau de la pauvreté. Les prix en hausse ont provoqué des émeutes dans plusieurs villes haïtiennes cette année et ont poussé le premier ministre à démissionner.

« Si les gens ont faim, ils ne parient pas sur la stabilité » dit Hedi Annabi, représentant spécial des Nations Unies en Haïti. « Ils seront disposés à n’importe quoi—l’anarchie même—parce qu’ils n’ont rien à protéger ni à défendre. »

Le pays entier est touché, mais ce sont les villes—où vit la majorité de la population—qui sont les plus durement frappées.

L’agriculture, qui emploie plus de 60 pour cent des ouvriers haïtiens, est l’un des secteurs les plus touchés par la politique de libéralisation du commerce. On calcule qu’environ 830 000 emplois ont été éliminés en Haïti ces dernières années, surtout dans l’agriculture.

Ce que fait Oxfam

A Port-au-Prince, la capitale, et dans la ville de Jacmel au sud-est du pays, Oxfam aide les familles les plus touchées par la hausse des prix de la nourriture. Par l’intermédiaire de ses partenaires locaux, Oxfam soutient des restaurants communautaires subventionnés et des cantines dans les écoles, et aide les parents endettés à payer les frais de scolarité. On envisage aussi des projets de nettoyage dans plusieurs quartiers de Port-au-Prince, qui paieraient les résidents pour leur travail.

Dans des régions rurales au nord du pays, Oxfam organise un projet de nettoyage d’un canal (payant les ouvriers en argent comptant, là aussi), l’amélioration et la diversification de la récolte et la culture des légumes, ainsi que l’amélioration des liens commerciaux pour les petits cultivateurs.

C’est le restaurant communautaire qui a allégé le fardeau de Judith Alexandre.

« Je suis seule à subvenir aux besoins de mes enfants », dit-elle. « Leur père est mort il y a un an et maintenant, je suis seule. S’il était là, ce serait beaucoup plus facile ».

Alexandre et ses enfants peuvent maintenant s’acheter un repas chaud par jour, subventionné, pour 13 cents seulement à l’un des huit restaurants communautaires aidés par Oxfam.

« C’est inimaginable que je pourrais acheter un repas à 5 gourdes (13 cents) pour mes gosses » dit Alexandre en souriant. « Cela veut dire que tous les jours j’ai pu économiser un peu d’argent pour d’autres choses. Maintenant, tout mon argent ne va pas vers l’achat de la nourriture. »

Gérés par une organisation locale, les restaurants fournissent un secours immédiat aux familles les plus touchées par les prix élevés de l’alimentation. Ils sont ouverts de 10h à midi, quatre jours par semaine. Ils offrent jusqu’à 200 repas par jour, avec du gâteau de maïs, du poisson et du « bouillon », un pot-au-feu robuste aux légumes.

Récit de Oxfam America, Juin 2008.