Urgence Syrie

Un bénévole aide une femme au camp Aero, un camp pour les personnes déplacées, Bunia, RDC. Février 2004. Crédit : Jane Beesley/Oxfam
Les raisons du conflits et la situation actuelle

DR Congo: Questions/réponses

La lutte doit s’arrêter si nous voulons porter assistance à tous ceux qui en ont besoin. Un soutien militaire supplémentaire est nécessaire de toute urgence pour aider la force de maintien de la paix de l’ONU à protéger la population congolaise. En même temps, la pression diplomatique doit se poursuivre afin de résoudre la crise une fois pour toutes.

1. Comment est la situation humanitaire au Congo en ce moment ?

Depuis la fin août 2008, 250.000 personnes ont été forcées de fuir de chez elles, suite aux intenses combats entre les forces rebelles du général Laurent Nkunda et les soldats de l’armée congolaise et leur milice alliée.

La population s’est dispersée dans une vaste zone inhospitalière, sans pouvoir trouver d’abris, d’eau, de nourriture et de médicaments. À cause des combats, les agences d’aide ont énormément de difficultés à accéder jusqu’aux populations dans le besoin.

Avec la recrudescence des combats ces deux derniers jours, un grand nombre de personnes supplémentaires ont été contraintes de fuir à nouveau en quête de sécurité.

2.    Dans quelles conditions vivent ces populations en fuite ?

Les populations ont fui les combats dans pratiquement toutes les directions, sur une vaste zone inhospitalière. Beaucoup se cachent dans les forêts et autres zones reculées où les routes sont mauvaises ou inexistantes, et sans accès à des abris, de l’eau, de la nourriture et des médicaments.

Des milliers de personnes ont fui jusqu’à Goma, la capitale provinciale, et ses alentours. Elles ont trouvé refuge dans les bâtiments publics, auprès de familles en ville et dans les camps existants. Beaucoup ont changé de lieu quatre ou cinq fois au cours des derniers mois, et risquent de bouger à nouveau, sauf si la sécurité s’améliore.

La très grande insécurité a gravement compromis les efforts internationaux visant à porter assistance à tous ceux qui ont fui le conflit.

3. La situation au Congo n’était-elle pas déjà très mauvaise de toutes façons ?

Même avant les récents combats, la situation humanitaire au Congo était sombre. Les provinces de l’est sont en conflit depuis 1998.

Les effets sur les hommes, femmes et enfants du pays ont été désastreux. Le pays a perdu 5,4 millions de personnes dans le conflit et lors de la famine et des épidémies que ce dernier a déclenchées. Ceci équivaut à la population entière du Danemark. Même avant la récente montée de la violence, plus d’un million de personnes étaient à la rue dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.

Les viols systématiques et brutaux commis par des groupes de miliciens ont caractérisé l’extrême violence régnant au Congo. En moyenne, environ 1.100 femmes par mois ont déclaré avoir été violées cette année, mais les chiffres réels risquent d’être bien plus élevés car peu de femmes déclarent effectivement avoir été violées.

4. Quelles sont les raisons du conflit en République démocratique du Congo ?

Plusieurs éléments sont à l’origine du conflit au Congo, comme la pauvreté, la faible autorité de l’État, l’exploitation illégale des ressources naturelles, la disponibilité des armes, et la manipulation des communautés sur le plan ethnique et identitaire pour tenter de s’emparer du pouvoir politique.

Une extrême pauvreté

Des décennies de violents conflits ont laissé les habitants des provinces du Kivu pratiquement sans aucune infrastructure moderne et aucune véritable industrie. Pour les jeunes (représentant plus de la moitié de la population congolaise), les possibilités d’accès à l’éducation et à l’emploi sont limitées, et rejoindre une milice armée est donc l’une des rares opportunités pour gagner sa vie. Par conséquent, il n’est pas difficile pour les groupes armés de recruter des combattants.

La faible autorité de l’État

L’État congolais est un nouvel État faisant suite à des décennies de corruption et de mauvaise gestion. L’autorité étatique locale n’est pas encore complètement établie dans une grande partie des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu et certaines zones restent contrôlées par la milice.

L’exploitation illicite des ressources naturelles

Le manque d’infrastructures et une mauvaise gouvernance économique ont permis aux groupes armés de financer leurs activités militaires en profitant de la considérable richesse minérale et naturelle du Congo. Les groupes armés contrôlent une importante partie du commerce de l’or, de la cassitérite, des diamants, du colombo-tantalite (coltan), du pétrole, du bois, du charbon, du café, des produits manufacturés importés et même des produits dérivés de la faune comme les poissons et les hippopotames.

Disponibilité des armes

La porosité des frontières congolaises (manque de surveillance adaptée) et la corruption généralisée permettant au commerce illicite de prospérer ont également facilité l’entrée d’armes et de matériel militaire dans le pays par les groupes armés. En plus du commerce d’armes transfrontalier, les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu sont déjà inondées d’armes et de munitions et il n’est pas rare que les groupes armés lancent des attaques simplement pour piller les ressources militaires des autres.

Manipulation des communautés au niveau ethnique et identitaire

Les questions relatives à l’insécurité des terres, la faible autorité de l’État et les griefs historiques, entre autres, sont régulièrement manipulées par les élites et les groupes armés pour mobiliser les populations locales.

5. Que fait la force de maintien de la paix de l’ONU pour mettre fin aux combats et protéger les civils ?

Les troupes de la MONUC (force de maintien de la paix de l’ONU en République démocratique du Congo) essaient de stopper l’insurrection dans l’est du Congo, mais elles ont été mises à rude épreuve par l’ampleur des combats. La MONUC a jusqu’à présent été incapable d’assurer la paix et de protéger les populations dans l’est du Congo.

Un soutien militaire supplémentaire est nécessaire de toute urgence pour aider la MONUC à mettre fin à la violence, protéger la population et permettre aux agences d’aide de porter assistance à tous ceux qui en ont désespérément besoin.

En même temps, la communauté internationale doit redoubler d’efforts au niveau diplomatique pour garantir la paix et trouver une solution durable au conflit. La MONUC ne peut être efficace et valable que s’il existe effectivement une paix à maintenir.

6. Que peut faire la communauté internationale pour permettre au Congo de s’en sortir ?

Une coopération internationale durable est nécessaire pour mettre fin une fois pour toutes aux souffrances de la République démocratique du Congo. Oxfam demande :

  • Un changement radical au niveau de l’engagement politique mondial dans le conflit au Congo.
  • Un soutien militaire supplémentaire pour aider la force de maintien de la paix de l’ONU (MONUC) à mettre fin à la violence, établir la sécurité, protéger les civils et permettre aux agences d’aide de porter assistance aux populations qui en ont désespérément besoin.
  • L’intervention d’Olusegun Obasanjo, l’envoyé spécial de l’ONU, pour unifier les efforts de paix internationaux et traiter les causes sous-jacentes du conflit.