Ndayi et sa famille ont été forcés de fuir leur maison sous une pluie de balles. Crédit: Oxfam
Ndayi et sa famille ont été forcés de fuir leur maison sous une pluie de balles.

RD Congo: Rêver d’une vie meilleure

“C’est grâce à Dieu qu’on ne s’est pas encore fait agresser”
Ndayi

Depuis la fin août 2008, 250.000 personnes ont été forcées de fuir de chez elles, suite aux intenses combats entre les forces rebelles et les soldats de l’armée congolaise et leur milice alliée. Nous avons augmenté notre aide afin de subvenir aux besoins de 100.000 personnes supplémentaires au nord et à l'ouest de Goma.

Au delà des chiffres, c'est de personnes qu'il s'agit. Voici l'histoire de Nadyi, un déplacé parmi tant d'autres qui lutte pour sa survie.

Ndayi habite dans un des camps de Kibati avec sa femme et ses quatre jeunes enfants. Ils ont été obligés de fuir leur village de Rugari dans la région de Rutshuru, sous une pluie de balles, il y a plus d’un an. Depuis lors, ils vivent dans une toute petite tente, avec à peine assez de place pour y tenir tous, luttant pour survivre avec les rations alimentaires qu’on leur donne. Ndayi a perdu sa main gauche lors d’une agression par des militaires en 1996.

Le jour où Oxfam a rencontré Ndayi, le camp misérable qui s’étale dans l’ombre oppressante du volcan Nyiragongo était enveloppé de nuages gris et de pluie. Ndayi et sa famille étaient obligés de s’entasser dans leur tente pour rester au sec, avec seulement une vieille couverture et deux tabourets sommaires et bancals pour les isoler de la terre nue.

Ndayi a dit que des hommes armés venaient souvent dans le camp, et tiraient avec leurs fusils – en général pour montrer clairement qu’il ne servait à rien de discuter leurs exigences, et qu’ils veulent le peu de nourriture ou d’argent que les occupants peuvent avoir. Ndayi a dit que sa famille recevait six kilos de farine par mois, mais que quand les hommes armés viennent pour prendre leurs rations alimentaires, « nous la donnons pour sauver nos vies ».

« Lorsqu’ils viennent, ils demandent d’abord de l’argent, et quand on n’en a pas à leur donner, ils tirent en l’air avec leurs fusils pour nous faire peur et qu’on leur donne notre nourriture.

C’est grâce à Dieu qu’on ne s’est pas encore fait agresser. Mais pendant la nuit, on ne sait jamais si on va se réveiller vivants. »

Avec les rations qui sont envolées, la femme de Ndayi pourrait aller aux potagers locaux qui sont tenus par la communauté déplacée, pour récolter ce qui est disponible. Mais Ndayi n’aime pas que sa femme fasse cela, parce que les femmes sont quelquefois attaquées et violées quand elles vont aux champs. La seule option qui reste est que Ndayi, avec son unique main, fasse les cinq kilomètres qui le séparent de Goma pour essayer de trouver du travail comme porteur, et gagner assez d’argent pour acheter quelque chose à manger pour sa famille.

Ndayi nous a dit que deux semaines seulement auparavant, un garçon a reçu une balle dans le bras, et une fille avait été tuée d’une balle dans la tête par des hommes armés qui faisaient une incursion dans le camp, en exigeant de l’argent et des téléphones portables.

Sa famille ne retournera jamais dans son village, dit Ndayi. Il rêve plutôt d’une vie meilleure dans le Sud-Kivu, où un ami lui a promis un lopin de terre.