Côte d'Ivoire : paroles de réfugiés au Libéria
Plus de 100 000 personnes ont fui les violences en Côte d’Ivoire pour se réfugier au Libéria voisin depuis les résultats controversés des élections, fin novembre 2010. Cet afflux massif de réfugiés met à rude épreuve les villages pauvres situés le long de la frontière, des camps et centres de transit étant peu à peu mis en place, notamment dans le comté de Nimba, à l’est du Libéria, et plus au sud, le long de la frontière avec la Côte d’Ivoire.
Oxfam a dépêché sur place des spécialistes et a commencé à intervenir dans les domaines de l’eau potable et de l’assainissement. Nous venons également en aide aux familles d’accueil pour qu’elles soient en mesure de reconstituer leurs stocks alimentaires, en leur fournissant des semences et une aide dans le domaine agricole.
Dans les camps situés à la frontière entre la Côte d'Ivoire et le Libéria, nous avons recueilli les témoignages suivants de réfugié-e-s ivoirien-ne-s qui racontent ceux qu'elles et ils ont vécu. Reconnaissants envers l'aide humanitaire, ils soulignent aussi les difficultés et les points clés sur lesquels des améliorations sont nécessaires : une alimentation trop pauvre et insuffisante (principal problème mentionné), des latrines sales, l'absence de médicaments, pas d'école et des tentes surchargées.

"Si j’avais été à la maison cette nuit-là, ils m’auraient tué." Philippe était professeur d’histoire à Danané, à l’ouest de la Côte d’Ivoire. Installé dans une zone sous contrôle des forces soutenant Alassane Ouattara, il était un fervent partisan de Laurent Gbagbo. La nuit où Ouattara a été déclaré vainqueur, il a aperçu trois hommes devant sa porte, avec des machettes. Il a fui par l’arrière de sa maison, laissant sa famille, et a traversé la frontière du Libéria.
Colette, Alice et Yvonne ont quitté Toulepleu, il y a trois semaines, avec dix autres personnes, dont leurs cinq enfants. Elles disent manquer de nourriture, de savon et d’ustensiles de nettoyage. La nourriture, soulignent-elles, n’est pas adaptée à leurs besoins et leurs enfants ont été pris de coliques. "Nous avons fui et tout quitté. Nous n’avons même pas d’autres vêtements, de chaussures ou du savon pour nous laver... Nous aurions besoin d’un médecin, ici", affirme Colette.
Richard est réfugié à Toe Town, avec 20 membres de sa famille, qui ont fui Toulepleu il y a quelques semaines. Ses remarques sur les conditions dans le camp : l’exiguïté des tentes, qui laissent passer l’eau de pluie, les latrines sales, l’absence d’école, le manque de médicaments et, le plus important, la nourriture insuffisante et pauvre. Ce dernier point revient régulièrement de la part des réfugiés qui ne sont pas habitués au blé concassé considéré comme "la nourriture des poules".
Mariame a quitté Toulepleu pour se réfugier à Toe Town avec ses deux enfants. Séparée de son mari lors de la fuite, elle pense qu’il est en train d’essayer de traverser la frontière, dans la brousse, obligé de faire des détours pour éviter les soldats. Elle n’a aucun moyen de le contacter et sa principale préoccupation est d’obtenir l’aide de la Croix rouge pour le joindre. Dès que la guerre sera terminée, explique-t-elle, elle rentrera le plus tôt possible en Côte d’Ivoire.
Catherine se trouvait dans le camp de Toe Town, avec ses sept enfants, quand nous l’avons rencontrée. Elle était mécontente des rations alimentaires. Selon le chef de ce camp de transit, le nombre de résidents est passé à 814 personnes contre 1 449 quelques jours auparavant, plusieurs ayant été amenées dans des communautés d’accueil alentour.
Bouin a quitté sa maison quand des rebelles soutenant Alassane Ouattara sont entrés dans sa ville et ont commencé à se battre avec les forces partisanes de Laurent Gbagbo, tuant des civils. Il préfère éviter de parler politique et des divisions au sein du camp. C’est du passé, soutient-il, et la clé aujourd’hui est de trouver la paix et d’éviter de se battre. Il n’est pas satisfait des conditions de vie dans le camp. Il souffre d’hypertension mais a pu se procurer des médicaments auprès de MSF.
