Photo : Irina Fuhrmann/Oxfam
Mahamat Suleiman répare son grenier avant les prochaines récoltes.

Crise alimentaire au Tchad : Mahamat protège ses champs de la sécheresse et des inondations

“Les inondations ont tout détruit. Il faut remettre en état les greniers à grain avant leur retour avec la récolte.”
Mahamat Suleiman

Après les inondations de septembre 2010, Mahamat Suleiman répare le grenier à grain familial qui accueillera la maigre récolte de cette année à Tireda, son village. D'après une enquête menée par Oxfam, 55 % des familles de cette région du Tchad ont dû s'endetter et près de 20 % se sont vues obligées de réduire leur ration alimentaire quotidienne.

"Pour le moment, je ne manque pas de travail", sourit Mahamat tandis qu'il achève de couvrir de boue les murs de la grande réserve qu'il est en train de construire pour stocker la récolte de grains de la famille. "Les inondations ont tout détruit. Il faut remettre en état les greniers à grain avant leur retour avec la récolte", explique-t-il sans s'interrompre dans son travail.

Tireda est une petite communauté d'environ 1 000 habitants dans la région d'Abou Deia, qui en septembre 2010 a été noyée sous des pluies abondantes. En raison des inondations, les communautés se sont retrouvées isolées. Les pluies diluviennes ont détruit un grand nombre de maisons et ont dévasté des hectares de champs cultivées.

"Nous avons perdu une grande partie de notre bétail", raconte Mahamat, qui grâce à ses connaissances de maçonnerie a construit une petite digue pour éviter que l'eau ne pénètre dans son habitation. Quatre mois plus tard, la terre est desséchée, il ne reste plus une goutte d'eau dans toute la région. Il n'y a plus une trace des habitants. Seuls Mahamat le maçon et Damré Alkali, qui est blessé, sont à eux deux chargés de protéger le village des intrus, parmi lesquelles les terribles hyènes. "Nous avons placé des mâts en forme de croix, avec un chiffon en haut pour les faire fuir", explique-t-il.

En septembre, quand les pluies ont inondé la région, les équipes d'Oxfam se sont rendues sur la zone pour une intervention d'urgence. "Les inondations avaient détruit les rares points d'eau dont disposait la région et l'eau qu'utilisaient les populations ne répondait pas aux critères minimums de salubrité. Le risque de propagation des maladies, notamment le choléra qui commençait à se répandre dans d'autres régions du pays, était très élevé", explique Passiri Moubané, collaborateur d'Oxfam.

L'organisation a distribué un produit floculant pour traiter l'eau et a procédé à la désinfection de certains puits. Outre la distribution de bidons, de savon et de moustiquaires, elle s'est employée avec détermination à sensibiliser la population sur les mesures d'hygiène élémentaires mais particulièrement nécessaires en de telles circonstances.

"Cela fait au moins dix ans que l'on n'a pas vu de pluies d'une telle intensité et les champs n'ont pas résisté. Nous avons perdu la récolte de millet. Nous ne pourrons compter que sur le béré-béré [variété qui se récolte pendant la saison sèche] pour subvenir à nos besoins alimentaires au cours des prochains mois", se plaint Mahamat, s'appliquant toujours à la construction du grenier. Ces conteneurs, où sera stockée la récolte qui doit nourrir les familles jusqu'à la saison prochaine, doivent garantir au maximum la conservation du grain.

La crise alimentaire qui touche toute la bande sahélienne frappe encore plus durement la région d'Abou Deia où les ravages du climat, comme la sècheresse des années précédentes et les récentes inondations, réduisent les ressources de la population. D'après une enquête menée par Oxfam, 55 % des familles ont dû s'endetter et près de 20 % se sont vues obligées de réduire leur ration alimentaire quotidienne. Ils n'ont que ces seules solutions qui, avec la vente du bétail, le travail à la journée et la consommation de fruits et de feuilles sauvages leurs permettent temporairement de faire face à la pénurie.

En savoir plus

Crise alimentaire au Sahel

Campagne sur le changement climatique

Permalink: http://oxf.am/oLZ