David, Sabine et Marceline. Photo: Kateryna Perus/O
David, Sabine et Marceline au camp de Corail.

Haïti : « Nous avons besoin d’un véritable foyer »

Deux personnes nous saluent en agitant les bras devant l'une des dernières tentes blanches de la rangée numéro 1A au camp de recasement Corail.   Elles sont Marceline Philidor et sa fille Sabine, toutes deux aussi souriantes et accueillantes qu'il y a plus d'un mois, lors de notre première rencontre.  Leur famille était parmi les premiers groupes à être transportés du terrain de golf de Pétionville où elles étaient menacées d'inondations subites, à ce site hors de Port-au-Prince à 15 km de distance.

Nous continuons jusqu'au bout de la rangée de tentes afin de traverser une tranchée d'écoulement qui passe entre la voie principale et la rangée, puis nous continuons jusqu'à la tente de Marceline.  Elle s'occupe de cuisiner un peu de riz, mais elle dresse quelques chaises en plastique pour nous sous la marquise devant la tente-l'un des rares endroits à l'ombre dans ce camp étendu sous le soleil.  Je lui demande, comment va sa vie pendant ces derniers mois?

Marceline

«Eh bien, la vie est à peu près pareil maintenant, pas beaucoup de changement depuis le déménagement.  Nous avons notre tente.  Nous avons assez d'eau d'Oxfam pour boire, faire la cuisine et nous laver.  Nous avons reçu aussi de la nourriture, de World Vision: du riz, de l'huile, des haricots, de la farine.  Nous avons toujours les latrines d'Oxfam, il y en a assez pour tout le monde-bien que, ce serait agréable d'avoir des toilettes pour nous seul ou pour partager avec quelques autres familles, en les nettoyant entre nous.»

De quoi vit-on ?

Je demande à Marceline de quoi sa famille vit, et s'ils ont cherché du travail en dehors du camp.  Depuis la sélection du site au mois d'avril, Oxfam reconnaît que l'endroit est isolé et n'a pas de marché à proximité.

«J'ai travaillé à creuser les tranchées d'écoulement ici, au camp, les faire plus profondes-alors, nous aurons bientôt un peu d'argent.  C'est moi qui ai travaillé parce que j'avais ma carte d'identité avec moi lorsqu'ils nous ont proposé le boulot. Donc je me suis fait inscrire.  Mon mari sort presque tous les jours chercher du travail.  Parfois il prend le tap-tap (minibus haϊtien bariolé) qui va d'ici à la ville; ça coûte 15 gourdes.  Mais nous n'avons pas beaucoup d'argent, alors parfois il doit aller à pied. »

David, le mari de Marceline nous rejoint. Il nous salue chaleureusement, comme toujours, puis il nous raconte sa recherche d'emploi.

«Je vais régulièrement à Delmas pour chercher du travail, à tous les endroits où je travaillais avant le tremblement de terre-j'étais métallo, puis chauffeur. Souvent je dois marcher, alors je pars d'ici à 4h30 du matin et j'arrive vers 11h.»  David pause, toujours souriant et philosophe.  «Un homme ne doit pas rester à la maison sans travailler, il doit pouvoir sortir et travailler pour soutenir son épouse et ses enfants.  Mais, il n'y a pas d'emplois.»

Ce dont ils rêvent

Marceline intervient, avec un sourire pour son mari, «J'aimerais commencer une petite commerce aussi, avoir de nouveau une boutique et y vendre des choses. Mais je ne le ferais pas ici, j'irais à l'un des marchés près d'ici, à Bon Repos.  Les gens disent qu'on y créera peut-être un nouveau marché, pour que les gens puissent travailler.  Je ne sais pas si c'est vrai. Nous avons demandé un marché, et un hôpital, et une école pour les gens qui vivent ici, dans le camp.»

L'école c'est un propos important pour David  «A part de trouver du travail, notre priorité principale c'est l'éducation de Sabine. L'éducation est très importante. Je ne veux pas que ma fille grandisse assise ici sans rien apprendre. Je veux qu'elle aille à l'école pour apprendre, qu'elle obtienne une éducation. Il y a une bonne école à Bon Repos. J'aimerais l'y emmener. Mais, nous aurions besoin d'argent. Comme avant le tremblement de terre.»

Visions d'un avenir peu certain

Et que sont les pensées de David et Marceline concernant l'avenir? David se hausse les épaules. «Cela ne me gênerait pas d'avoir une maison ici. Ici cela nous plaît, nous ne le détestons pas.  Et nous ne voulons pas retourner à Port-au-Prince. On y est trop serré et il n'y a pas de maisons. Cela ne me déplairait pas d'avoir une maison ici, même en la construisant moi- même.» 

Il sourit en regardent autour de lui: pour l'instant il n'y a pas grande chose, seulement une ou deux petites plantes à l'abri de la bâche de la tente, mais c'est évident qu'il peut l'envisager. «Nous aimerions une petite espace pour planter des arbres, pour qu'ils nous donnent de l'ombre, et nous pourrions avoir des mangues à manger.  Et un endroit pour garder des poules, alors nous pourrions manger du poulet.

«Nous avons besoin d'un véritable foyer.  Nous avons besoin de notre intimité. Nous avons besoin aussi de nous amuser de temps en temps, d'un peu de recréation.»  Il rit vivement. «Peut-être de regarder la Coupe du monde à la télé!»

Puis David retombe dans le sérieux.  «Mais, nous ne savons pas s'il y aura des maisons. Il y a des rumeurs qu'on va nous déplacer de nouveau.  Alors, nous ne savons pas.»

Pour les 5000 personnes qui habitent au camp Corail, la vie est bien plus confortable et plus facile que dans les premiers mois après le séisme.  Oxfam et d'autres organisations non-gouvernementales soutiennent les habitants en fournissant des services de base, telles que l'abri, l'eau, les latrines, la nourriture.  Le site est désigné pour le recasement provisoire mais, personne ne sait combien de temps des gens comme David et Marceline y resteront.

Ces familles ont besoin-et ont le droit-de pouvoir gagner leur vie, envoyer leurs enfants à l'école, avoir une idée claire de quand elles pourront enfin avoir un foyer.  Le gouvernement de Haϊti, avec le soutien des organisations internationales et nationales, a la responsabilité de développer et mettre en œuvre une stratégie pour l'abri, le recasement et la création d'emplois, afin de remettre les gens dans des foyers et communautés et leur permettre de gagner des revenus. C'est le prochain pas crucial pour aider les Haϊtiens à reconstruire leur vie à long terme.

par Julia Gilbert

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Carte de l'intervention d'Oxfam en Haïti

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