Distribution de châles, de couvertures et de pulls. Photo : Jane Beesley
Des femmes pakistanaises gagnent de l'argent en fabriquant couvertures et vêtements pour l'hiver, dans le cadre d'un programme d'Oxfam

Femmes au Pakistan : "Avec mon argent, j'ai compris que je n'étais redevable à personne"

A la suite des inondations qui ont détruit maisons, biens et principaux moyens de subsistance, l’une des premières interventions d’Oxfam, dans la vallée du Swat, fut de distribuer de l’argent liquide. Alors que les hommes pouvaient être impliqués dans des programmes "argent-contre-travail", qui leur permettaient de toucher une rémunération contre leur participation à des travaux de réhabilitation de routes, de canaux d’irrigation et de canalisations, il était culturellement inacceptable pour les femmes de faire de même.

En septembre 2010, nous avons rendu visite à des femmes dans le petit village de Jarray. Elles venaient tout juste de commencer à coudre des châles, cette fois-ci elles-aussi impliquées dans un programme "argent-contre-travail", adapté aux femmes, en préparation de l’hiver. Jane Beesley, chargée de communication humanitaire pour Oxfam, a recueilli leurs témoignages.

Sadar Jehan

Roupies pakistanais
Sadar n'était jamais allée dans une banque auparavant.

"Depuis votre dernière visite en septembre, nous sommes un peu plus à l’aise. Avec l’argent que nous avons gagné grâce au programme "argent-contre-travail", nous avons acheté de la nourriture et des habits pour nos enfants et nous avons pu payer le médecin.

Après avoir reçu le chèque, je suis allée à la banque à Fatipur. Je leur ai donné le chèque et ils m’ont remis de l’argent liquide. Je n’avais jamais été dans une banque avant. J’avais peur. Quand j’y suis allée, j’ai demandé au garde de sécurité ce que je devais faire et il m’a montré où aller. Je me suis sentie vraiment heureuse quand j’ai reçu l’argent. Dès que je l’ai eu, j’ai pensé à la façon dont j’allais le dépenser !

J’ai cinq enfants : une fille et quatre garçons. Le plus âgé a vingt ans. Il vit à Karachi. Le plus jeune a sept ans. J’ai d’abord reçu 5 600 roupies pour avoir fait deux châles, puis un mois plus tard, 5 600 autres roupies pour deux châles de plus. J’ai dépensé la plupart de l’argent en nourriture.

Avant les inondations, je gagnais ma vie comme couturière. Je touchais entre 60 et 70 roupies par tenue et je pouvais en faire deux par jours. Mais ça, c’était quand il y avait de l’électricité. Maintenant il n’y a plus d’électricité dans le village. Je ne peux donc plus faire qu’une seule tenue par jour."

Haya Begum

Broderies
"Ce programme nous a aussi permis de trouver une occupation et d'oublier nos soucis", confie Salma.

"Nous sommes vraiment très heureuses du programme "argent-contre-travail". Maintenant, nous y sommes habituées ! Nous voudrions continuer à travailler dans le cadre de ce programme car nous n’avons pas d’autre perspective et parce que nous avons besoin de gagner plus d’argent. Avec l’argent, j’ai payé les frais de scolarité de mes enfants et j’ai acheté un gilet pour l'uniforme scolaire. J’ai quatre enfants.

Qui a décidé comment l'argent devait être dépensé ?

C’était moi qui prenais les décisions ! C’était la première fois. Mon mari est parti du pays donc les enfants dépendaient de moi. J’ai senti que j’avais du pouvoir. J’ai senti que comme c’était moi qui avais gagné cet argent, j’étais donc la personne qui pouvait le dépenser. J’avais ce droit et personne ne pouvait me l’enlever en me disant de quelle façon le dépenser.

J’ai senti le pouvoir de l’argent que j’avais moi-même gagné et je n’étais redevable à personne ! Avec l’argent de mon mari, je devais toujours rendre des comptes sur mes dépenses."

Salma

Fillette pakistanaise avec un châle
Habiba et les enfants de l'Institut Maskan pour filles ont reçu des châles et des chandails.

"J’ai vraiment été très très heureuse grâce à ce programme car il m’a permis de rester à la maison et de gagner de l’argent pour mes enfants. J’ai quatre enfants et mon mari est au chômage. 

C’est moi qui ai choisi la façon dont l’argent serait dépensé parce que c’est moi qui l’avais gagné. Mon mari n’a contesté aucune de mes décisions. J’ai remboursé un emprunt de 5 000 roupies qui avait été fait pour régler des frais médicaux. Un de mes enfants a, en effet, souffert d’une infection des voies respiratoires et je devais payer les frais médicaux pour la naissance de mon bébé.

J’ai aussi apprécié ce programme car il nous a permis de trouver une occupation et d’oublier nos soucis. Comme nous n’avons pas fait d’études, nous pouvons seulement travailler chez nous. Il n’y avait pas de perspective. Mais ce programme nous a permis de pouvoir faire quelque chose pour répondre aux besoins de nos enfants ; avant, nous ne pouvions pas.

Aujourd'hui, dans quelle situation est-elle ?

Nous sommes bouleversées et inquiètes car nous nous demandons comment nous allons gagner de l’argent. Nos terres et nos maisons ont été détruites. Nous ne savons pas comment retrouver la vie que nous avions. Je ne pense pas que nous nous en remettrons complètement, du moins de mon vivant. Peut-être que cela se fera quand nos enfants seront encore en vie, mais pas nous.

J’ai envie de continuer à travailler pour ce programme car nous n’avons pas d’autres ressources et nos terres sont dévastées. Nous n’avons pas de revenus stables et beaucoup de personnes sont dans le même cas. Peut-être que nos enfants suivront des études et seront capables de gagner de l’argent. C’est pour cette raison que nous faisons tout ce que nous pouvons pour l’éducation de nos enfants. C’est un véritable combat mais peut-être que nos situations changeront grâce à cela."

Le programme "Argent-contre-travail" d’Oxfam implique 807 femmes qui cousent des châles, des couvertures et tricotent des pulls. Chaque femme produit quatre articles. Elles ont ainsi produit 390 couvertures, 400 châles et 1 860 pulls. Ceux-ci ont été distribués à 482 personnes dans des kits de préparation à l’hiver distribués par Oxfam.

En savoir plus

Pakistan : Soutenir les femmes après les inondations

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