Des jardins inondés dans un village près de Mithankot dans la province de Punjab
"Cette fois, l'inondation est rentrée dans la ville"

Inondations au Pakistan : Voix de Mithankot

“Le jour où nous sommes partis, nous n'avons rien mangé, et vous savez bien que les enfants ne peuvent pas dormir s'ils ne mangent pas bien. Pendant deux jours, nous avons reçu deux repas quotidiens de la part d’Oxfam.”
Khuda Bakhash
Villageois déplacé de Wasti Hayderabad

Le Pakistan fait face à une des pires inondations du siècle. Beaucoup ont perdu leurs proches, leurs maisons, leurs récoltes et leurs effets personnels. Tariq Malik d'Oxfam nous fait entendre les voix des personnes frappées par les inondations de Mithankot, une région de la province du Punjab.

Les inondations ne sont pas chose rare pour les habitants de Mithankot, qui se situe sur la rive occidentale de l'Indus, au Pakistan.

« La particularité de cette inondation, c'est qu'elle est rentrée dans la ville... Nous avons vu de nombreuses inondations passer autour des digues qui encerclent la ville, mais cette fois-ci c'était très différent. C'est une chose à laquelle nous ne nous attendions pas », dit le Dr Najamudin Malik, un résident qui dirige une clinique privée.

« Savez-vous pourquoi cela est arrivé ? » – poursuit-il, « Il y a deux raisons. Tout d'abord, de l'autre côté de la digue qui est au sud-est de la ville, il y a un canal appelé Farid Minor. La ville a été inondée parce que l'eau du canal s'est répandue au-dessous du sol. Et ensuite, l'ingénieur en chef du Ministère de l'irrigation n'avait aucune idée de la pression de l'eau, et le ministère n'avait aucun moyen de vérifier le niveau de pression. » – explique-t-il. Le Dr Malik cite l'ingénieur en chef : « Si on doit se fier à l'expérience, je pense que l'inondation va probablement s'écouler le long des digues, et n'entrera pas dans la ville. »

On hésite à tout laisser derrière

À quelques mètres de la ceinture verte, là où des gens venant des villages ont trouvé refuge sous le ciel nuageux, deux ambulances se ruent vers la station-service. La sirène fait sursauter tout le monde, y compris les enfants qui, malgré tout, s'étaient endormis. Je crois que je devrais poser quelques questions aux membres de l'équipe de secours avant qu'ils ne partent.

« Il y a cinq jours, nous avons demandé aux gens de quitter la ville, mais ils ne l'ont pas fait », – dit le responsable de l'équipe, Haq Nawaz. « Nous leur avons demandé d'emporter leurs effets personnels dans un endroit plus sûr. Seulement quelques-uns d'entre eux l'ont fait, seulement quelques-uns. La plupart d'entre eux ont répondu "Nous connaissons la rivière, elle ne peut pas être si cruelle, elle ne nous fera pas de mal" ».

Lorsqu'on lui demande pourquoi les villageois ont refusé de quitter leurs maisons et leurs fermes, le Dr Malik explique : « Tout d'abord, ils ne s'y attendaient pas, tout comme l'ingénieur en chef ne s'y attendait pas. De plus, la récolte de coton est presque mûre. Cela aurait pris à peu près un mois dans une situation normale. Pour un agriculteur, c'est difficile de quitter la terre qu'il a labourée avec sa sueur et son sang. »

Plus tôt dans la journée, j'avais visité les camps de réfugiés mis en place à Mithankot par une organisation locale, avec le soutien d'une agence internationale des donateurs. Les services des gouvernements locaux se sont également installés : une structure médicale du Ministère de la santé de la région, et une du Ministère du développement de l'élevage et de l'industrie laitière.

Une école est devenue un camp bondé

Les camps, situés principalement dans des bâtiments gouvernementaux, étaient une bonne chose mais pas suffisants : le camp de l'école du Gouvernement présentait un tableau plutôt sinistre : la cour de l'école était transformée en étang du fait qu'il n'y a pas de drainage, et le bâtiment de l'école ne comporte que quatre pièces, une véranda et une petite cour, alors qu'il faut loger environ 300 personnes.

 Matloob Ali/Oxfam

« Cela fait deux jours que nous sommes là », dit Khuda Bakhash, dont le village de Wasti Hayderabad a été inondé. « Nous avons dû payer 100 roupies (€0,91) par personne au propriétaire d'un bateau privé. La plupart de nos parents sont restés [dans notre village]. Le jour où nous sommes partis, nous n'avons rien mangé, et vous savez bien que les enfants ne peuvent pas dormir s'ils ne mangent pas bien. Pendant deux jours, nous avons reçu deux repas quotidiens de la part d’Oxfam. »

Des problèmes de santé croissants

Le Dr Shaheen Sadiq, du Ministère de la santé régional, qui est en charge d'une structure médicale, dit que de nombreux enfants ont de la fièvre, des infections cutanées et des éruptions sur tout le corps. « Il y a de nombreux patients qui sont atteints de diarrhée, et deux problèmes gynécologiques ». Elle explique qu'il y a aussi des personnes qui sont atteintes d'ictère et de paludisme, et que certains souffrent d'infections pulmonaires. La plupart des gens, dit-elle, ont été vaccinés contre les morsures de serpent et de chien.

Une autre structure a été mise en place par le gouvernement régional afin de répondre aux besoins sanitaires et alimentaires des animaux. « Nous avons distribué des lots de fourrage à toutes les familles pour leurs animaux », dit Shehzad Hussian, un assistant vétérinaire qui a été posté à Mithankot, pour ce qu'il appelle le « service d'inondation ». « Nous avons vacciné beaucoup de vaches, de buffles et de chèvres. » Alors que nous parlons au Dr Anwar Mohammed – responsable régional du bétail – au téléphone, au sujet de la pénurie de bottes de fourrage pour les animaux, notre communication est coupée.

Hameed Rehmani, commandant de la police des frontières militaires et par intérim adjoint au revenu du district, dit que les autorités s'occupent d'aider les gens à quitter leurs maisons pour aller dans des endroits plus sûrs. Il affirme avoir mis en place 40 camps, mais on ne les voit pas, la plupart des gens ont trouvé refuge le long de la route de Mithankot et n'ont pas de tentes ou de protection contre les intempéries.

Ce soir, quelques heures après que l'inondation ait submergé les villages environnant Mithankot, des habitants de ces villages sont arrivés aux camps de secours établis dans Mithankot. Une heure après leur arrivée, on leur a demandé de partir (ainsi que ceux qui étaient déjà là depuis deux jours), car on craignait que les eaux n'inondent aussi la ville de Mithankot.

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