Salama et sa fille Eaman, Yémen. Photo : Caroline Gluck/Oxfam
Salama va marier sa fille Eaman, 16 ans, pour pouvoir nourrir le reste de sa famille

Des organisations humanitaires tirent la sonnette d'alarme : la crise alimentaire menace le développement et la stabilité du Yémen

“Les parents retirent les enfants de l'école pour aller mendier, marient tôt leurs filles et vendent leurs maigres possessions pour avoir juste de quoi manger aujourd'hui.”
Colette Fearon, directrice pays d'Oxfam au Yémen
Publié le : 27 Septembre 2012

La réponse humanitaire est encore largement en deçà des milliards promis

Huit organisations humanitaires internationales et yéménites appellent aujourd'hui à répondre de toute urgence à la crise alimentaire en cours au Yémen, qui affecte pratiquement un Yéménite sur deux et expose près d’un million d'enfants aux risques de malnutrition, pour que ce pays fragile puisse se diriger vers un avenir meilleur.

Un appel pour un financement spécifiquement destiné à cette urgence humanitaire a été lancé alors que les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, du Royaume-Uni, d'Arabie Saoudite et d'autres pays vont rencontrer le gouvernement yéménite à la conférence des donateurs des Friends of Yemen, à New York.

Ces organisations humanitaires (Oxfam, Mercy Corps, Islamic Relief, CARE International, Merlin, International Medical Corps, Yemen Relief and Development Forum (YRDF) et Humanitarian Forum) ont déclaré que malgré les promesses généreuses de 6,4 milliards de dollars faites à la conférence de Riyad, la réponse humanitaire reste encore dangereusement sous-financée car la majorité des fonds promis a été allouée aux infrastructures et à la stabilité macro-économique. L'appel des Nations unies, lancé cette année, de 585 millions de dollars pour financer les besoins urgents du Yémen est encore loin d'être satisfait, à moins de la moitié. Ce manque pourrait être comblé avec une petite part (un peu plus de 4 % seulement) des fonds promis à Riyad. Selon les organisations, aucune raison ne saurait justifier le sous-financement de la réponse humanitaire.

Des études récentes ont révélé des taux élevés de malnutrition à Lahj, dans le Sud, et à Hajjah, dans le Nord. Et les organisations tentent maintenant de répondre aux besoins d'Abyan qui était jusque-là une zone interdite, rongée par les combats entre le gouvernement yéménite et les insurgés. D'après les organisations humanitaires, bien qu'un financement à plus long terme soit essentiel, il n'aidera pas le Yémen à se développer et à se stabiliser si un financement immédiat n'est pas débloqué pour lutter contre l'aggravation de la crise humanitaire.

Colette Fearon, directrice d'Oxfam pour le Yémen déclare : 

« La crise s'aggrave de jour en jour. L'avenir des enfants est en danger avec un des taux de malnutrition infantile les plus élevés au monde. Des femmes ont rapporté à Oxfam que leurs conditions de vie s’étaient détériorées depuis les bouleversements politiques de l'année dernière. Elles n'ont pas les moyens de se nourrir et ne trouvent pas de travail. Les parents retirent les enfants de l'école pour aller mendier, marient tôt leurs filles et vendent leurs maigres possessions pour avoir juste de quoi manger aujourd'hui. Ils savent que la vie en sera plus difficile à l'avenir mais n'ont pas d'autre choix. Les gens ne peuvent pas vivre de promesses, si généreuses soient-elles. L'appel au financement des Nations unies serait comblé par une petite partie des fonds déjà promis. »

Les organisations humanitaires exhortent les donateurs à ne pas répéter les erreurs du passé, lorsque des fonds avaient été promis au Yémen mais n’avaient jamais été versés. En 2006, cinq milliards de dollars ont été promis au Yémen mais moins de 10 % seulement ont été déboursés au début de l'année 2010. Ces organisations demandent aux Friends of Yemen de s’assurer qu’une stratégie globale et un plan transparent et responsable seront élaborés, détaillant comment et quand l'argent sera dépensé, avec des indicateurs clairs que la société civile, aussi bien au niveau national qu’international, pourra suivre. Cela devrait, selon elles, permettre de garantir que l’aide humanitaire sera rapidement suivie d'investissements destinés à lutter contre les causes profondes de la crise alimentaire au Yémen.

Mohammed Qazilbash, directeur de Mercy Corps pour le Yémen déclare :

« La crise humanitaire est considérable et le Yémen a besoin d'une assistance immédiate pour aider des millions de Yéménites qui ont faim maintenant. Alors que les dirigeants du monde sont rassemblés pour discuter de l'avenir du Yémen, nous les exhortons à répondre non seulement aux besoins urgents sur le terrain, mais aussi à veiller à l'établissement d'un plan pour remédier aux causes profondes de la crise. Les gens n'ont pas les moyens de se nourrir aujourd'hui à cause du chômage et des prix élevés de la nourriture. En investissant dans le secteur privé, en soutenant le développement du marché, les programmes de formation professionnelle et d'emploi des jeunes, les bailleurs de fonds peuvent offrir un meilleur avenir aux Yéménites et briser le cycle de la faim. »

Les Nations unies s’apprêtent à demander 92 millions de dollars supplémentaires pour satisfaire les besoins à Abyan dans les mois à venir. Selon les organisations, un peu plus d'1% des 6,4 milliards de dollars promis suffiraient à financer cette demande.

« Les taux de malnutrition à Hodeidah ont dépassé de 100% le seuil d'urgence. Islamic Relief a donc mis en place un programme de santé, de nutrition et de développement des moyens de subsistance dont le but est de sauver des vies », souligne le directeur pays d'Islamic Relief, Hashem Awnallah. Son organisation prévoit aussi de venir en aide aux populations d’Abyan et Lahj, mais « il faut davantage de ressources pour maintenir les opérations actuelles et les étendre », précise-t-il.

Cet appel des organisations humanitaires internationales est également repris par la société civile yéménite. Lors d’une conférence récente de la société civile à Riyad, plus de 100 représentants de la société civile de tout le Yémen ont convenu que la priorité, en matière de financement, devait être donnée à la lutte contre la crise humanitaire. La diaspora yéménite milite également pour faire prendre conscience de la gravité de cette crise alimentaire, à travers sa campagne Hungry4Change.

En savoir plus

L'action d'Oxfam face à la crise au Yémen

Le travail d'Oxfam au Yémen

Notes aux rédactions

  1. Le gouvernement yéménite demande 11 milliards de dollars pour reconstruire le Yémen et préparer des élections démocratiques en 2014. Les Nations unies ont demandé au total 585 millions de dollars pour les besoins humanitaires, auxquels s’ajouteront 92 millions de dollars lorsque les plans pour Abyan seront intégrés. 
  2. Friends of Yemen est un groupe de plus de 30 pays et organisations internationales ayant un intérêt pour la transition et l'avenir du Yémen. Ce groupe est codirigé par les gouvernements britanniques et saoudiens. La réunion d'aujourd'hui abordera les besoins politiques, humanitaires, économiques et sécuritaires du Yémen.
  3. Un gouvernement de transition a été formé lorsque l'ancien président Ali Abdullah Saleh s'est retiré en février 2012, après plus de trente ans au pouvoir, suite à des mois de protestation qui ont paralysé le système politique du Yémen. 
  4. Des évaluations récentes ont révélé un taux global de malnutrition aiguë de 23 % et un taux de malnutrition aiguë sévère de 4,5 % dans les plaines du gouvernorat de Lahj, et un taux global de malnutrition aiguë de 21,6 % dans les plaines du gouvernorat de Hajjah. Ces taux dépassent considérablement le seuil d'urgence de 15 %. Environ 10 millions de personnes, quasiment la moitié de la population, souffrent de la faim au Yémen.

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