La Banque mondiale doit soutenir la couverture santé universelle

“La société civile attend des actes de la part de la Banque mondiale.”
John Mahama
Ghana Universal Health-Care Campaign
Publié le : 11 Octobre 2012

110 organisations de la société civile signent une lettre ouverte à Jim Yong Kim

Des organisations de la société civile provenant de plus de 40 pays ont rencontré aujourd’hui le président de la Banque mondiale Jim Yong Kim. Elles lui ont demandé de soutenir la mise en place d’une couverture santé universelle dans les pays en développement.

Ces organisations ont présenté à Jim Yong Kim une lettre ouverture signé par 110 organisations du monde entier, dont la Ghana Universal Healthcare Campaign et Oxfam. Ces organisations demandent à la Banque mondiale de promouvoir la couverture santé universelle en aidant les pays en développement à baisser le prix des services de santé. Investir dans la fourniture de services publics de santé est essentiel pour lutter contre la pauvreté et les inégalités.

John Mahama, de la Ghana Universal Healthcare Campaign déclare : « Jim Kim a affirmé que les problèmes de santé et les dépenses de santé complémentaires élevées étaient des causes majeures de pauvreté. La Banque mondiale devrait promouvoir la couverture santé universelle en aidant les pays en développement à baisser les frais des services de santé. Investir dans la santé publique est essentiel pour obtenir une croissance inclusive ».  

La lettre adressée à Jim Yong Kim demande que la Banque mondiale aide les pays à offrir des services de santé gratuits à leurs citoyens, à renforcer les systèmes de santé publics des pays en développement, et à collaborer avec l’OMS et d’autres institutions internationales dédiés à la santé. La société civile attend que la Banque mondiale agisse maintenant pour que l’accès universel à la santé devienne une réalité pour tous.

« La société civile attend des actes de la part de la Banque mondiale pour faire de la couverture santé universelle une réalité pour toutes et tous », conclut M. Mahama.

Notes aux rédactions

Lettre ouverte :

Monsieur le Président Kim,

En tant qu’organisations de la société civile actives dans le domaine de la santé, nous vous invitons à ouvrir un nouveau chapitre dans l'action de la Banque mondiale dans ce secteur. Le moment est venu pour la Banque de jouer un rôle vraiment progressiste et transformateur en matière de santé, en aidant les pays à atteindre la couverture universelle en santé. La couverture universelle ne se réduit pas à une protection contre les dépenses catastrophiques de santé. Cela signifie qu’en cas de besoin, toutes et tous, en particulier les populations les plus démunies, sont en mesure d'accéder à des services médicaux de base de qualité. La réalisation de la couverture universelle en santé est possible dans les pays à faible et moyen revenu, mais cela requiert des gouvernements nationaux et de la communauté internationale, y compris de la Banque mondiale, que tous acceptent de prendre des mesures audacieuses, notamment :

  1. Abolir les barrières financières qui empêchent l'accès aux services de santé, y compris le paiement direct des soins ;
  2. Assurer un financement public conséquent et durable à partir des recettes fiscales générales et de l'aide internationale, et également des mécanismes innovants de financement comme une Taxe sur les transactions financières pour développer et renforcer les systèmes de santé afin d'atteindre toutes les personnes qui nécessitent des soins ;
  3. Investir dans l’amélioration permanente de la qualité des soins pour que les systèmes de santé fournissent des soins efficaces et sûrs. Cela implique d'investir de manière cohérente dans chaque dimension du système de santé : professionnels de santé, centres de santé primaires et secondaires, systèmes d'information sanitaire et systèmes d'approvisionnement en médicaments et spécialement des médicaments génériques de qualité à prix abordable. Cela signifie également de rendre compte de l’amélioration mesurable de la santé des populations, y compris à travers la participation de la société civile dans l'élaboration des politiques et la surveillance de la prestation des services.

De par ses connaissances et son expérience en matière de financement et de réforme des systèmes de santé, la Banque est bien placée pour être un ardent défenseur de la couverture universelle en santé. Toutefois, il est crucial que les programmes et les recommandations de la Banque soient à leur tour réformées afin d’avoir un impact positif sur de la santé des populations les plus pauvres et les plus vulnérables.

Pendant trop longtemps, la Banque a recommandé aux pays en développement de procéder au recouvrement des coûts pour financer les systèmes de santé. La Banque déclare à présent venir en aide aux pays pour abolir le paiement direct, mais seulement si un financement durable et une planification complète sont déjà en place, plutôt que d’aider ces pays à réaliser ces conditions.
Pourtant, il y a une demande très claire de la plupart des pays de supprimer le paiement direct : par exemple, 12 pays d'Afrique sub-saharienne l’ont aboli pour les services de santé maternelle et/ou pédiatrique au cours de la dernière décennie. En matière de lutte contre la tuberculose ou contre le sida, l’abolition d’une contribution financière des malades s’est avérée être une intervention très efficace pour élargir l’accès à des soins de santé vitaux. M. le Président, vous, avez récemment déclaré que la Banque était en faveur de la suppression du paiement direct pour les soins de santé de base. Nous saluons cet engagement et attendons avec impatience sa mise en œuvre.

Par ailleurs, dans ses recommandations politiques, la Banque a souvent promu le recours à des mécanismes d’assurance maladie volontaire et encouragé la privatisation des systèmes de santé publics. L'assurance maladie a conduit à une prise en charge universelle dans certains pays développés seulement après de très longues périodes d'investissement public. Cependant, dans les pays en développement, les primes d'assurance agissent comme un nouvel obstacle financier à des services de santé abordables pour de larges pans de la population tels les travailleurs du secteur informel et agricole qui sont d'ailleurs très souvent des femmes. Il est utile de rappeler que le succès de certains programmes d'assurance maladie, comme les mutuelles au Rwanda, reposent, en partie, sur un financement public massif à grande échelle pour obtenir des gains réels en matière de couverture. Dans son travail auprès des pays en développement, la Banque doit mettre l’accent sur l’importance capitale d’un financement public conséquent et durable pour parvenir à la prise en charge universelle.

La santé est à l’agenda des Assemblées annuelles 2012 de la Banque mondiale, ce qui constitue une occasion pour la Banque de convenir d'une nouvelle approche. C’est pourquoi nous vous exhortons à amener la Banque à :

  1. Soutenir activement les pays afin qu’ils offrent à tous ceux qui en ont besoin des soins gratuits au point d’usage ; 
  2. Augmenter ses investissements dans les systèmes de santé des pays en développement afin de les aider à élargir leur niveau de financement public ; leur fournir des recommandations mesurées qui ne privilégient pas les solutions du secteur privé au détriment de systèmes publics d’organisation et de délivrance des soins financés par les recettes de l’Etat ; 
  3. Veiller à ce que tous ses programmes profitent en priorité aux deux quintiles les plus pauvres dans les pays où elle opère ; 
  4. Soutenir activement la participation de la société civile dans le développement des politiques nationales de santé afin d’obtenir un meilleur contrôle démocratique et une veille par rapport à la responsabilité d’améliorer le niveau de santé des populations ;
  5. Aux côtés de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et d’autres institutions de santé globale, contribuer à la dynamique en faveur de la couverture universelle en santé

Nous nous réjouissons de travailler avec vous pour faire de l'accès universel aux soins de santé une réalité pour toutes et tous.

Liste des signataires :

Organisations internationales

  • Action for Global Health
  • ACT V: The End of AIDS
  • Coalition Internationale Sida, PLUS
  • Council on Health Research for Development (COHRED)
  • Development Alternatives with Women for a New ERA (DAWN)
  • Dignity International 
  • Economic Governance for Health
  • Espace Femmes International
  • Global Initiative for Economic, Social and Cultural Rights
  • Health Innovation in Practice
  • Health Poverty Action
  • Hélène De Beir Foundation
  • International Baby Food Action Network (IBFAN) 
  • International Harm Reduction Association
  • International-Lawyers.Org
  • Imamia Medics International (IMI)
  • International Planned Parenthood Federation
  • Médecins du Monde
  • Medicus Mundi International Network
  • Nord-Sud XXI
  • Oxfam International
  • Terre Des Hommes International Federation
  • World Vision International

National and regional organizations

  • Act Up Paris (France)
  • Africa Europe Faith and Justice Network (AEFJN) (Belgique)
  • AGHA Uganda (Action Group for Health, Human Rights and HIV/AIDS) (Ouganda)
  • AIDOS - Italian Association for Women in Development (Italie)
  • Alma Ata Centre for Healthy Life and Food (ACHEAF) (Indonésie)
  • Alternative Espaces Citoyens (Niger)
  • Amanitare Sexual Rights Network (Afrique du Sud)
  • American Public Health Association (APHA) (USA)
  • Association of Youth Organisations Nepal (AYON) (Népal)
  • ASTRA Central and Eastern European Women's Network for Sexual and Reproductive Rights and Health (Europe centrale/orientale)
  • Baby Milk Action UK (Royaume-Uni)
  • Canadian HIV/AIDS Legal Network / Réseau juridique canadien VIH/sida (Canada)
  • Center for Health and Gender Equity (CHANGE) (USA)
  • Center for Health, Human Rights and Development (Ouganda)
  • Centre for the Development of People (CEDEP) (Malawi)
  • ChildFund Japan (Japon)
  • Children Education Society (CHESO) (Tanzanie)
  • Citizens Coalition for Equal Access (CC=A) (USA)
  • Community Development Association (CDA) (Bangladesh)
  • Community Foundation Tyumen (Russie)
  • Community Working Group on Health (CWGH) (Zimbabwe)
  • Federation of Associations Medicus Mundi Spain (Espagne)
  • FISS – MST/SIDA (Cameroun)
  • Foundation for Leadership Initiatives (FLI) (Asie)
  • Foundation for the Development of Sustainable Policies (FUNDEPS) (Argentine)
  • Forum Mulher (Mozambique)
  • Fundação Abrinq – Save the Children Brazil (Brésil)
  • Fundación Intervida (Espagne)
  • Gender Action (USA)
  • Geneva Infant Feeding Association (IBFAN-GIFA) (Suisse)
  • Ghana Universal Healthcare Campaign (Ghana)
  • Girls’ Power Initiative (Nigeria)
  • Global Health Advocates (France)
  • HADD Hisar Anadolu Destek Dernegi (Turquie)
  • Help - Hilfe zur Selbsthilfe e.V. (Allemagne)
  • HEPS-Uganda (Coalition for Health Promotion and Social Development) (Ouganda)
  • HOSPERSA – Health and Other Service Personnel Trade Union of South Africa (Afrique du Sud)
  • IES Femmes (Burkina Faso)
  • Initiativ Liewensufank (Luxembourg)
  • Interagency Coalition on AIDS and Development (Canada)
  • Jana Arogya Andolana Karnataka (JAAK) (Inde)
  • Jeunes Volontaires pour l'Environment (Népal)
  • KELIN - Kenya Legal and Ethical Issues Network on HIV and AIDS (Kenya)
  • Le Monde selon les femmes (Belgique)
  • Mali Health Organizing Project (USA)
  • Management Sciences for Health (USA)
  • Masimanyane Women’s Support Centre (Afrique du Sud)
  • MEDiCAM (Cambodge)
  • Médecine pour le Tiers Monde (Belgique)
  • Mentoring & Empowering Programme for Young Women (Ouganda)
  • Mouvement Français pour le Planning Familial (France)
  • Movement for the Survival of the Ogoni People (MOSOP) (Nigeria)
  • Participatory Research & Action Network- PRAN (Bangladesh)
  • Pax Romana-International Catholic Movement for Intellectual and Cultural Affairs (Région Asie-Pacifique)
  • Physicians for a National Health Program (USA)
  • Prayas (Inde)
  • Public Health Institute (USA)
  • Regional Public Foundation of Assistance for the Elderly “DOBROE DELO” (Russie)
  • Rahnuma- Family Planning Association of Pakistan (Pakistan)
  • Reproductive Health Matters (Royaume-Uni)
  • Réseau Médicaments et Développement (ReMeD) (France)
  • Réseau Marocain pour le Droit à la Santé (Maroc)
  • RESULTS (USA)
  • Salud por Derecho (Right to Health Foundation) (Espagne)
  • Save the Children (Canada)
  • Save the Children (Japon)
  • Save the Children (Norvège)
  • Save the Children (Royaume-Uni)
  • Save the Earth (Cambodge)
  • Sidaction (France)
  • Sluzhenye NGO Support Centre (Russie)
  • Social Awareness Concerned Forum (SAC) (Népal)
  • Society for Promotion of Education and Development (SPED) (Nigeria)
  • SolidarMed (Suisse)
  • Solthis (France)
  • Stavropol - Public health and advocacy in public health (ZOR-DA) (Russie)
  • Stop TB Partnership (Japon)
  • Ugoku/Ugokasu - Global Call to Action against Poverty Japan (Japon)
  • Union des ONG du Togo (UONGTO) (Togo)
  • Väestöliitto – Family Federation of Finland (Finlande)
  • Wemos Foundation (Pays-Bas)
  • White Ribbon Alliance (Soudan)
  • Women & Law Southern Africa (Zambie)
  • Women Association for Marginalised Women (WAM) (Népal)
  • Women Empowerment Action Forum (WEAF) (Népal)
  • Women's Promotion Centre (WPC) (Tanzanie)
  • Zimbabwe Women’s Resource Centre & Network (Zimbabwe)

Contacts

Caroline Hooper-Box

caroline.hooper-box@oxfaminternational.org

USA: +1 202 321 2967  

Tokyo: 080-6849-1653

Permalink: http://oxf.am/3oS