Credit: Jane Beesley/Oxfam
Plus de 30 000 bateaux de pêche ont été détruits.

Les plus démunis ne bénéficient pas de l’aide au relèvement après le passage du typhon Haiyan aux Philippines

“Sans aide financière ni autre moyen de subsistance, une main-d’œuvre productive et qualifiée n’aura pas de travail pendant des années.”
Justin Morgan
Directeur pays d’Oxfam aux Philippines
Publié le : 6 Février 2014

Une course contre la montre pour les personnes qui vivent des cocotiers et de la pêche

L’immense élan humanitaire au lendemain du super typhon qui a ravagé les Philippines en novembre dernier a sauvé des milliers de vies. Mais trois mois après, les planteurs de cocotiers, les commerçants de produits issus des noix de coco et les pêcheurs les plus pauvres sont les laissés-pour-compte de l’effort de relèvement.

Plus d’un million de familles habitant dans les zones des Philippines qui ont été sinistrées par le typhon vivaient du secteur florissant de la noix de coco. Mais leurs moyens de subsistance ont été anéantis, et ces familles se retrouvent à présent largement tributaires de l’aide humanitaire. Plus de 33 millions de cocotiers ont été détruits par des vents atteignant 300 km/h, et il va falloir six à huit ans pour que des millions d’arbres repoussent.

Selon les derniers chiffres publiés, pas un centime des fonds collectés par l’ONU n’a été affecté aux planteurs de cocotiers et aux pêcheurs, alors que le gouvernement des Philippines tarde à apporter l’aide promise à l’agriculture et à la reconstruction. Avant le typhon, 60 % des petits planteurs vivaient dans la pauvreté ; leur survie dépend désormais de l’aide alimentaire ou financière.

Une course contre la montre

Non seulement les planteurs de cocotiers vont devoir faire face à des années de manque à gagner, mais ils sont aussi engagés dans une course contre la montre pour dégager les arbres abattus avant qu’ils ne pourrissent, soit dans trois mois. La sciure et le bois en décomposition constituent un terrain propice aux nuisibles, comme le scarabée rhinocéros qui va infester les rares arbres restés debout si l’on ne déblaye pas le terrain pour y planter de nouveaux cocotiers. Ce travail des plus urgents est en outre entravé par une législation foncière inégalitaire qui impose aux ouvriers agricoles les plus pauvres de solliciter l’autorisation des propriétaires des terres avant de pouvoir commencer le déblaiement.

L’onde de tempête causée par le typhon Haiyan a détruit plus de 30 000 bateaux de pêche et nombre de familles ont perdu toute source de revenu. La majorité de celles et ceux qui vivent de la mer et des mangroves pourraient en outre être déplacés loin de la côte. En effet, une loi interdisant la construction d’habitations à moins 40 m de la côte risque d’empêcher les populations d’accéder à leur bateau, faute d’un lieu d’habitation sûr à proximité.

Le sort de millions de personnes en jeu

Justin Morgan, directeur pays d’Oxfam aux Philippines, explique : « Le sort de millions de personnes est en jeu, sans garantie aucune de la manière dont elles vont pouvoir survire au cours des prochains mois et des prochaines années. Bien qu’ils fassent partie intégrante de l’un des secteurs les plus rentables aux Philippines, les planteurs de cocotiers et les commerçants de produits issus des noix de coco sont les laissés-pour-compte de l’effort de relèvement. Sans aide financière ni autre moyen de subsistance, une main-d’œuvre productive et qualifiée qui se compte en centaines de milliers de personnes, n’aura pas de travail pendant des années.

« L’acheminement rapide de l’aide d’urgence par la communauté internationale au cours des trois premiers mois a empêché une famine généralisée et l’explosion d’épidémies. Mais si le gouvernement n’entreprend pas d’apporter une aide concrète aux agriculteurs et aux pêcheurs les plus pauvres, nous risquons de perdre tout le bénéfice du travail accompli jusqu’à présent. »

Des besoins considérables non satisfaits

Fin décembre, plus de 29 % de la population touchée par le typhon dépendait d’une aide alimentaire pour survivre, et plus d’un quart des Philippines et Philippins ne mangeaient parfois pas de la journée.

Jusqu’à présent, l’action du gouvernement est loin de répondre aux besoins des personnes sinistrées. Par exemple, le ministère de la Pêche ne s’est engagé à aider à réparer que 1 000 des quelque 10 000 bateaux détruits.

Oxfam a fourni aux coopératives agricoles des tronçonneuses et des scieries pour dégager les terrains en vue d’une replantation et pour aider à transformer les cocotiers abattus en bois d’œuvre. L’organisation aide les familles de pêcheurs à reconstruire leurs bateaux, fournit un capital de départ aux personnes souhaitant monter une petite affaire et distribue du matériel et des filets de pêche, ainsi que des semences et des engrais.

Notre action auprès de 550 000 personnes

Au total, l’organisation a porté assistance à près de 550 000 personnes au cours des trois premiers mois de son intervention. Elle a notamment permis de rétablir l’approvisionnement en eau potable de plus de 200 000 personnes à Tacloban, en aidant la ville à réparer les conduites cassées. Oxfam a également fourni des services d’assainissement, a distribué des kits d’hygiène, une aide financière, des kits de purification de l’eau, des semences de riz, du matériel de construction d’abris, ainsi que des kits d’accouchement aux femmes enceintes, a dispensé des formations à l’hygiène, et a contribué à l’évacuation des décombres et des déchets.

Notes aux rédactions

  1. Pour lutter contre l’insécurité alimentaire et restaurer les moyens de subsistance dans les secteurs de l’agriculture et de la pêche, il faut apporter une aide alimentaire à plus 5,6 millions de personnes. (Source : Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires)

  2. Avant le typhon, les planteurs de cocotiers et les ouvriers agricoles gagnaient en moyenne un dollar par jour. Selon une estimation de la Philippine Coconut Authority, dans les Visayas orientales, la région la plus sinistrée, 33 millions de cocotiers répartis sur 295 191 hectares ont été endommagés, ce qui menace la vie et les moyens de subsistance d’environ 1 160 332 familles paysannes.

  3. Plus d’un tiers de la production du secteur de la pêche est réalisée par des pêcheurs en situation de pauvreté.

  4. Les exportations des Philippines, le premier exportateur mondial d’huile de coco, ont enregistré une baisse de 18,3 % en décembre. Premier produit agricole d’exportation du pays, l’huile de coco génère des recettes d’exportation de 935 millions de dollars par an.

Contacts

Pour de plus amples informations, merci de contacter :

Anna Ridout, aux Philippines : +63 916 674 9742 / +63 919 509 8134 ou aridout@oxfam.org.uk

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