Lettre ouverte aux Membres du Quartet et aux donateurs internationaux

Publié le : 12 Avril 2006

La confédération internationale d’organisations de coopération au développement, Oxfam International, est inquiète : la situation humanitaire, déjà grave, que les Palestiniens doivent affronter risque de devenir beaucoup plus sérieuse, par les conséquences des restrictions israéliennes continues sur les services sociaux et l’activité économique et puisque certains donateurs envisagent de ne plus offrir de financement à l’Autorité Palestinienne aujourd’hui dirigée par le Hamas.

Oxfam International a écrit une lettre ouverte demandant instamment à la communauté internationale d’assurer que les financements indispensables aux services essentiels fournis par les institutions palestiniennes se poursuivent. Cette lettre souligne également la manière dont les restrictions israéliennes sur la circulation des biens et de l’aide alimentaire accroît la détresse des 1,3 million de Palestiniens qui vivent à Gaza. Durant cette période critique, toutes les parties doivent travailler ensemble pour négocier la paix et s’abstenir de recourir à la violence.

La confédération internationale d’organisations de coopération au développement, Oxfam International, est inquiète : la situation humanitaire, déjà grave, que les Palestiniens doivent affronter risque de devenir beaucoup plus sérieuse, par les conséquences des restrictions israéliennes continues sur les services sociaux et l’activité économique et puisque certains donateurs envisagent de ne plus offrir de financement à l’Autorité Palestinienne aujourd’hui dirigée par le Hamas.

Oxfam International pense que l’aide internationale devrait être dispensée à travers les institutions palestiniennes et les autorités locales chargées d’assurer les services essentiels, y compris la santé et l’éducation, quel que soit le parti au pouvoir. L’Autorité palestinienne a été créée par la communauté internationale afin de s’occuper des besoins des civils palestiniens et constitue un canal légitime pour l’acheminement des fonds humanitaires.

L’aide que l’Autorité palestinienne a reçue de ses donateurs en 2005 représentait un quart du revenu brut disponible palestinien et paie le salaire de 152 000 employés, offrant un soutien vital à presque un million de personnes, soit 25% de la population palestinienne. La cessation de cette aide aurait évidemment un impact d’une ampleur exceptionnelle sur le commun des mortels.

Nous estimons qu’il s’agit là du plus mauvais moment pour mettre un terme aux financements. Les élections qui ont eu lieu récemment, à la fois dans les Territoires palestiniens occupés et à Israël, représentent d’importants changements dans le contexte politique et offrent une opportunité exceptionnelle de faire avancer le processus de paix. La communauté internationale se doit de saisir cette occasion. En coupant ces financements, on risque de laisser passer tout le potentiel que ces nouveaux gouvernements pourraient offrir et rendre une situation déjà fragile plus dangereuse encore. Quoiqu’il advienne au niveau politique, ce sont les simples habitants qui continueront de souffrir.

On peut presque parler de survie pour désigner la situation des Palestiniens, puisque plus de 60% de la population vit avec moins de 2,10$ par jour. Leur fardeau va encore s’alourdir si les donateurs internationaux refusent leur aide à l’Autorité palestinienne. Une telle situation affaiblirait également cette dernière et priverait les Palestiniens de services de santé et d’une éducation dont ils ont cruellement besoin à une époque où l’économie palestinienne connaît un important retour en arrière des suites de l’occupation des territoires par Israël et de la continuité du conflit.

Les propositions selon lesquelles, en réponse à la victoire du Hamas aux élections, les donateurs internationaux devraient faire parvenir l’aide humanitaire par l’intermédiaire d’organisations non gouvernementales internationales (ONGI) ne constituent pas une solution. Cela nuirait encore plus aux institutions palestiniennes qui sont indispensables à la fois pour assurer une aide immédiate et a toute perspective d’un développement à plus long terme. De plus, peu d’ONGI ont la capacité de véhiculer de tels fonds et les services essentiels en souffriraient.

D’autres mesures vitales sont nécessaires afin d’assurer que l’Autorité palestinienne est capable de fournir les services essentiels et aussi maintenir l’économie palestinienne à flot. Israël a retenu les recettes fiscales palestiniennes, qui s’élevaient l’année passée approximativement à la moitié des recettes de l’Autorité palestinienne, ce qui est en violation avec les accords internationaux d’Oslo et avec le Protocole de Paris. Israël devrait reverser ces recettes sans délai.

Les moyens d’existence des Palestiniens sont menacés : le Mur de séparation et les restrictions sur les déplacements sous l’occupation empêchent les agriculteurs d’accéder à leurs champs, aux alimentations en eau ou aux sources d’intrants et de vendre leurs produits sur les marchés proches. De plus, Israël ferme la frontière entre Karni (frontière avec l’Egypte) et la Bande de Gaza de manière répétée et souvent pour de longues périodes. Ces fermetures ont lieu actuellement 60% de l’année, ce qui a un effet dévastateur pour les 1,3 millions d’habitants de Gaza, où des vivres essentiels tels que le pain, le sucre et les yaourts sont devenus extrêmement rares.

Les fermetures de la frontière de Karni sont également catastrophiques pour l’agriculture palestinienne : elles coûtent aux Palestiniens 500 000$ par jour, selon des estimations du Bureau des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires (UNOCHA), et coïncident avec la principale saison de végétation des concombres, tomates et poivrons destinés au marché européen. Il est vital qu’Israël autorise les Palestiniens à accéder librement aux marchés, en accord avec les obligations du Protocole de Paris. Ce sont les civils qui souffrent le plus du conflit et ils ont urgemment besoin de la protection du droit international. Les civils ne seront véritablement protégés que lorsque une paix juste pour les Palestiniens et les Israéliens existera. Tout cadre de négociation doit inclure les résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies n°242 et 338, qui exigent le départ des Israéliens des territoires occupés depuis 1967, et réaffirment le droit d’Israël et d’un futur état palestinien à vivre dans des frontières sûres.

La quatrième convention de Genève détermine la responsabilité légale d’Israël, en tant que puissance occupante, d’assurer le bien-être des civils palestiniens. La communauté internationale a également la responsabilité légale de tenir Israël pour responsable de toute violation commise à l’encontre des Palestiniens sous le droit international.

Tandis que le Quartet discute du statut des nouveaux représentants palestiniens élus, la pression croissante actuellement exercée sur les Palestiniens souligne à quel point il est urgent que la communauté internationale rassemble tous les acteurs à la table de négociation afin de chercher une solution durable au conflit en accord avec le droit international.

Étant donné que la crise humanitaire va en s’empirant et que les nouveaux gouvernements à la fois à Israël et dans les Territoires palestiniens occupés offrent une occasion unique d’améliorer la situation, nous vous demandons de ne pas couper les financements à l’Autorité palestinienne et de redoubler vos efforts diplomatiques pour répondre a la situation humanitaire afin que les civils soient protégés.

 Jeremy Hobbs signature




Jeremy Hobbs
Directeur exécutif
Oxfam International